Le groupe japonais d’électronique Sony a procédé le 28 mars à la cérémonie officielle d’ouverture de sa nouvelle usine d’assemblage et de test de puces à Bang Kadi, en Thaïlande. Il s’agit de sa première usine de semi-conducteurs en dehors du Japon. Entrée en service en février 2024 avec 1600 personnes, elle devrait s’agrandir jusqu’à employer 2000 personnes. L’investissement, autour de 70 millions de dollars, reste modeste pour les standards du secteur.
Sony dispute à son compatriote Renesas Electronics le titre de champion japonais des semi-conducteurs. Il se spécialise dans les capteurs d’image Cmos, un marché qu’il domine à plus de 40% selon le cabinet Yole Développement. Il en est d'ailleurs le fournisseur exclusif à Apple depuis 2011. Ces composants servent d’yeux électroniques aux caméras intégrées dans les iPhone, iPad et autres MacBook.
Une ligne de fabrication de diodes laser
La nouvelle usine en Thaïlande assure l’assemblage et le test de capteurs d’images Cmos dédiés à l’automobile. Elle comprend également une ligne de fabrication de diodes laser destinées aux dispositifs d’interconnexion optique dans les datacenters.
La production de semi-conducteurs suit deux étapes, effectuées dans deux usines distinctes : la fabrication des plaquettes de puces, une étape sophistiquée et intensive en investissement, puis l’assemblage et le test des composants, une étape à moindre valeur ajoutée, mais intensive en main-d’œuvre. C’est pourquoi cette dernière activité est souvent localisée dans des pays à faible coût de main-d’œuvre comme la Chine, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande ou le Vietnam. Cela offre aussi l'avantage de la proximité avec les sites d'intégration de ses composants dans des équipements comme les PC, smartphones, téléviseurs ou décodeurs vidéo.
Sony se démarquait jusqu’ici en réalisant presque l’intégralité de ces opérations au Japon. L’ouverture de l’usine en Thaïlande s’inscrit dans sa diversification vers l’automobile. Aujourd’hui, le groupe tire plus de 85% de ses revenus dans les capteurs d’image Cmos des mobiles et plus de 40% du seul client Apple. C’est pour sortir de cette double dépendance qu’il cherche à se diversifier dans l’automobile, où les capteurs d’image jouent un rôle croissant dans les fonctions d'assistance à la conduite et la conduite autonome.
Sécuriser la chaine logistique
Le groupe japonais subit les impacts des tremblements de terre à répétition au Japon. La mise en place d’une production en Thaïlande vise à éviter les arrêts d’usines que ces évènements provoquent et de sécuriser ainsi sa chaine logistique, un point très sensible dans l’automobile depuis la pandémie du Covid. L’autre objectif est de profiter d’une main-d’œuvre abondante et bon marché pour améliorer sa compétitivité et mieux rivaliser ainsi avec l’américain Onsemi qui domine à plus de 60% le marché des capteurs d’images pour l’automobile.
Selon Yole Développement, le marché des capteurs d’image Cmos devrait passer de 21,3 milliards de dollars en 2022 à 28,8 milliards de dollars en 2028. L’automobile offre l'une des opportunités les plus prometteuses avec un marché qui devrait passer de 2,2 à 3,6 milliards de dollars sur la même période.



