En prouvant sa résistance au feu, le béton de chanvre vise des bâtiments plus hauts

Des essais de résistance au feu ont prouvé la capacité du béton de chanvre à répondre aux exigences réglementaires. La filière espère désormais être éligible à des bâtiments de hauteur et de capacité d’accueil plus importantes, pour se défaire de son image de "maison de paille des trois petits cochons".

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Essai au feu Lepir - Béton de chanvre
Le béton de chanvre doit prouver ses capacités de résistances au feu pour se voir qualifié pour la construction de bâtiments plus capacitaires. Ici, un test en octobre 2020 au Cerib.

C’est par un spectaculaire essai de résistance au feu que s’est achevé, en octobre, le programme Pacte (Programme d’action pour la qualité de la construction et de la transition énergétique) de la filière chanvre. Un travail entamé en 2018, pour un montant de 303 000 euros, destiné à établir de nouvelles règles de construction pour les bâtiments en béton de chanvre, afin de rehausser la hauteur et la capacité admissibles.

“Nous souhaitons construire des bâtiments plus hauts et amenés à recevoir plus de monde. Donc, il faut laisser le temps aux personnes le temps d’évacuer l’ouvrage, et le temps aux pompiers d’intervenir pour maîtriser le feu. Il faut prouver que notre système constructif est conforme”, indique Philippe Munoz, chargé de mission pour l’association Construire en Chanvre, qui regroupe les professionnels de la filière (chanvriers, fabricants de liants et de matériels, entreprises de chantier, architectes, bureaux d’études). En discussion depuis un an avec la commission prévention produits de l’Agence qualité construction, elle espère obtenir la publication de nouvelles règles professionnelles courant 2021.

De nouvelles règles en vue

Jusqu’alors, le cadre s’appliquant au béton de chanvre concernait des constructions d’habitation montant à deux étages au-dessus du rez-de-chaussée (R+2) et aux combles. Seuls des établissements recevant du public de cinquième catégorie (dans lesquels l'effectif du public n'atteint pas le chiffre minimum fixé par le règlement de sécurité pour chaque type d'exploitation) pouvaient être construits avec ce matériau. Des règles validées en 2012.

Les professionnels planchent sur un nouveau cadre réglementaire, afin d’étendre l’assurabilité à des immeubles dotés de planchers jusqu’à 28 mètres de haut, soit environ de R+6 à R+7. Pour les établissements recevant du public, ils visent un classement en troisième catégorie, dont l’effectif admissible est compris entre 301 et 700 personnes.

Parmi les essais au feu réalisés au long du programme, le dernier en date s’est déroulé dans les locaux du Centre d’études et de recherches de l’industrie du béton, à Epernon (Eure-et-Loir). Une façade en béton de chanvre de 30 centimètres d'épaisseur, 5,75 mètres de large et 6,55 mètres de haut, dotée d’une ossature bois noyée et une finition extérieure avec un enduit chaux-sable, a été soumise à un feu “très violent” pendant une heure. Le feu ne devait pas se diffuser par la jonction entre la façade et le plancher entre les deux étages. Il convenait aussi de s’assurer que la température ne dépasse pas 180°C sur la face supérieure du plancher. L’élément a été déclaré conforme à la réglementation applicable vis-à-vis de la non-propagation du feu par les façades pour une durée de 60 minutes.

Une image à déconstruire

"Notre matériau est parfois victime de l’image de la maison de paille des Trois petits cochons", regrette Philippe Munoz. Constitué d’un liant minéral, d’un granulat issu du chanvre (obtenu après défibrage de la tige) et d’eau, le béton de chanvre a pour la première fois été mis en œuvre en 1986, lors d’une rénovation à Nogent-sur-Seine (Aube).

"En remplaçant un granulat minéral par un granulat végétal, on s’appuie sur une ressource renouvelable. La legèreté - au maximum à 300 kg par mètre cube en moyenne en masse volumique apparente, contre 2 400 pour des bétons dits traditionnels - s’avère intéressante pour la rénovation ou le parasismique, les efforts produits par les séismes étant proportionnels au poids des structures. En revanche, on ne peut pas reprendre les charges du bâtiment. Il faut donc noyer une ossature (en bois, en béton, ou métallique), tandis que l’isolation thermique et acoustique est reportée sur le béton de chanvre”, explique Philippe Munoz.

Objectif RE2020

Prochaine échéance pour la filière : faire valoir les atouts de son matériau en vue du déploiement de la nouvelle réglementation environnementale (RE2020). "Nous avons hélas encore peu de chantiers à déconstruire. L’idée est de broyer le béton de chanvre, pour en produire de nouveaux". Côté sourcing, cinq chanvrières sont labellisées en France.

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