Après l’euphorie, le retour à la réalité ? Candidate au titre de championne d’Europe de l’hydrogène vert, produit à base d'électricité renouvelable, l’Espagne va sans doute revoir ses ambitions à la baisse. Repsol a annoncé le gel de ses trois grands projets d’investissements dans la production d’hydrogène renouvelable à Tarragone en Catalogne (avec une capacité de 100 mégawatts), à Carthagène dans le sud de l’Espagne (150 MW) et près de Bilbao au Pays Basque (100 MW).
Bataille fiscale
Officiellement, le géant pétrolier met en stand-by ses investissements pour faire pression sur le gouvernement espagnol qui a annoncé son intention de pérenniser l’impôt exceptionnel visant les bénéfices des grands groupes énergétiques et des banques. Mise en place en 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie pour financer des mesures de soutien au pouvoir d'achat, cette taxe avait vocation à ne durer que deux ans. Mais le gouvernement Sanchez entend la maintenir car il considère qu’elle n’affecte pas le dynamisme des grands groupes. Iberdrola a ainsi affiché un bénéfice de 4.8 milliards d’euros en 2023, malgré cet impôt exceptionnel. «Les investissements dans le secteur des énergies renouvelables vont ralentir et des milliards partiront dans d’autres pays» a dénoncé Josu Jon Imaz, PDG de Repsol qui vient de mettre ses menaces à exécution en annonçant la construction d’un électrolyseur au Portugal.
Si Repsol est le seul groupe à avoir annoncé un gel de ses projets, Cepsa, Iberdrola, Enagas et Naturgy sont vent debout contre cette taxe et pourraient également remettre en cause leurs investissements.
L'hydrogène a besoin de subventions
Mais pour Joan Vila, ingénieur industriel, spécialiste des questions énergétiques, si Repsol se lance dans un bras de fer avec les pouvoirs publics, c’est avant tout pour obtenir plus d’aides et payer moins d’impôts au moment où des questions se posent sur le modèle économique de l’hydrogène vert. «Pour l’instant, l’hydrogène vert est incapable de concurrencer en termes de prix et d’efficience l’énergie électrique. Ces grands groupes se rendent compte que l’hydrogène vert est beaucoup plus cher que l’hydrogène gris. Et puis ça demande beaucoup d’eau, ce qui est un problème en Espagne avec les sécheresses chroniques que l’on connaît».

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Avec 139 projets de sites de production d’hydrogène vert recensés dans tout le pays, l’Espagne va-t-elle trop vite ? Sans doute analyse l’expert. «Le secteur de l’automobile et des camions n’est pas intéressé par l’hydrogène vert. On ne sait pas si cela sera utile pour les avions. Seule la pétrochimie et peut être le transport maritime pourront passer à l’hydrogène vert. Ce n’est pas assez ! La demande reste trop faible».
La viabilité des grands projets en question
Avec ses champs de panneaux solaires et ses éoliennes, l’Espagne a bien le potentiel pour devenir un leader de la production d’hydrogène vert. Mais la demande risque de ne pas suivre alors que Madrid se fixe désormais un objectif de 12 gigawatts de capacité d’électrolyseurs d’ici 2030. «C’est un objectif incompréhensible», déplore Fernando Ferrando, directeur de la "Fundación Energías Renovables". «La Cour des comptes européenne a indiqué en juillet dernier que les investissements prévus pour l’hydrogène vert ne reposaient sur aucune analyse solide et réaliste».
La construction de l’hydrogénoduc H2Med entre l’Espagne et la France fait également l’objet de sérieuses critiques par ceux qui dénoncent la bulle de l’hydrogène. «Ce tube n’a aucun sens. Je suis incapable d’expliquer son utilité» insiste Joan Vila. Malgré les incertitudes qui planent autour de ce vecteur énergétique propre, Enagas a reçu cet été le feu vert du gouvernement espagnol pour commencer à construire la canalisation, estimée à 2,5 milliards d’euros, entre Barcelone et Marseille.



