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En Bretagne, le fabricant d'isolants en polystyrène Hirsch Isolation met le paquet sur le recyclage et les économies d'énergie

En Ille-et-Vilaine, à Guipry-Messac, Hirsch Isolation réduit la consommation d’énergie de son usine de panneaux isolants en polystyrène. L’entreprise relance aussi le recyclage de déchets de chantier.

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 HIRSCH Isolation
L'usine de Guipry-Messac produit 18 000 mètres cubes d'isolants par mois.

A Guipry-Messac (Ille-et-Vilaine), à 45 kilomètres de Rennes, le polystyrène expansé (PSE) voit plus vert. Pas de transition vers un autre matériau d’isolation par l’extérieur, mais du recyclage, de nouveaux approvisionnements énergétiques et une chasse aux pertes. Un programme mis en oeuvre dans l’une des cinq usines d’Hirsch Isolation, entreprise codétenue par l’allemand Hirsch (le leader européen du polystyrène) et le norvégien Bewi (transformateur de matières) qui a repris, en janvier 2020, l’activité PSE de Saint-Gobain sur le marché français.

« Aujourd’hui, le polystyrène, dérivé du pétrole, a mauvaise réputation, concède Amaury Omnès, directeur général d’Hirsch Isolation. 20% de matières recyclées sont incorporées en moyenne dans nos produits. Pour pouvoir monter à 100% de matières premières recyclées, il faut que nos fournisseurs de matières premières puissent récupérer les matériaux. » Un sujet sur lequel l’usine de Guipry-Messac (2,5 hectares, 31 salariés, 18 000 mètres cubes produits par mois) ouvre la voie dans l’entreprise. Elle couvre toute l’isolation en PSE du bâtiment : gamme sol, entrevous découpés, isolation extérieure, étanchéité et parois enterrées.

Un nouveau compacteur pour les déchets

Dans un hangar situé en bout de process, une petite machine, encore à l’état de prototype, attire le regard : un compacteur, qui densifie vingt fois le polystyrène. Les opérations ont démarré en janvier 2022. De premiers tests de recyclage de déchets de chantier avaient eu lieu en 2011. « En 2015, à la suite de l’interdiction des produits bromés en France, nous ne pouvions plus recycler des polystyrènes dont nous ne connaissions pas l’origine. Avec notre compacteur, nous avons repris », se félicite Amaury Omnès.

L’an dernier, cette activité a été relancée sous le nom « ReUse ». Hirsch collecte des déchets de chantier en Bretagne, en allant les chercher directement ou par apports volontaires. Un cahier des charges spécifie les conditions de reprise des matériaux non-souillés. Hirsch Isolation n’effectue pas de rachat. Pour le polystyrène dont l’origine est inconnue (pour du calage d’emballages, par exemple), les matériaux passent par le compacteur et sont renvoyés chez des fournisseurs de matières premières, qui rachètent des marchandises.

A Guipry, deux tonnes de PSE sont récupérées par mois. Avec la mise en place de la filière de responsabilité élargie du producteur des produits et matériaux du bâtiment, Hirsch Isolation compte monter à 30 tonnes par mois sur tous les sites. Le coût d’un compacteur est compris entre 50 000 et 60 000 euros. Hirsch a engagé une pré-adhésion au projet d’éco-organisme Valobat. Le Réseau national des recycleurs de polystyrène, un groupement d’intérêt économique destiné aux détenteurs de déchets de PSE, a participé au projet.

De l'électricité d'origine éolienne

Film d'emballage à rétracter - Usine Hirsch Guipry (mars 2022)Franck Stassi
Film d'emballage à rétracter - Usine Hirsch Guipry (mars 2022) Film d'emballage à rétracter - Usine Hirsch Guipry (mars 2022)

Pour le packaging, une nouvelle machine a été installée en 2021. Photo : Franck Stassi

En termes de transition écologique, le site de Guipry a réduit de moitié sa consommation d’électricité en dix ans, en passant de 10,9 à 5,4 kW par mètre cube produit. Son nouveau propriétaire ne compte pas s’arrêter là. En 2021, sur les lignes d’emballage, les fours à rétracter ont disparu. Le nouveau film étirable, non-chauffé, contient jusqu’à 30% de recyclé. « Il n’y a pas encore d’alternative au plastique fiable économiquement », regrette toutefois Amaury Omnès. 400 000 euros ont été investis dans ce changement.

De manière plus pragmatique, les déperditions d’énergie ont été listées : « Dans une usine classique, la moitié des compresseurs tournent à vide », considère le dirigeant. L’an dernier, la chaudière à fioul a cédé sa place à une chaudière GPL en 2021. 100% de l’énergie électrique du site provient quant à elle du parc éolien de Grand-Fougeray (Ille-et-Vilaine), situé à 18 kilomètres. La production est entièrement dédiée à Hirsch Isolation. En complément, un contrat en fourniture d’électricité renouvelable (hors nucléaire) et d’origine française a été signé avec Alpic, moyennant un surcoût de 2% à 3%. Une autre entreprise était cliente du parc jusqu’en janvier dernier. Pour les autres usines, des réflexions sont en cours sur l’installation de panneaux photovoltaïques.

Numéro deux du marché

Les billes de PSE, produit de base d'Hirsch Isolation, se dispersent facilement. Photo : Dominique Fontenat

Hors énergie, Hirsch Isolation a adhéré au programme européen Clean Sweep, piloté par des entreprises du secteur. « Le problème du polystyrène réside dans la dispersion des granulés. L’objectif est de contenir les pertes sur site, pour que rien ne parte dans l’environnement », expose Dominique Radin, chef de marché Grand-Ouest. Les opérateurs ont été sensibilisés à la question, tandis que des grilles permettent de collecter les matériaux.

« Si l'on prend le mix performance thermique, impact environnemental, poids et coût, le polystyrène est le meilleur compromis », veut croire Amaury Omnès. La laine de verre occupe le premier rang du marché (environ 40%), devant le polystyrène (22% et 27% de parts de marché). Numéro deux du marché derrière Knauf, Hirsch doit composer avec l’envolée des prix des matières premières (25% entre janvier 2021 et janvier 2022 sur la bille de PSE, son produit de base). Ce poste représente plus de 50% du coût de revient des produits.

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