[L'industrie c'est fou] Recycler le polystyrène grâce à des vers de farine

En tirant profit de la capacité des vers de farine à digérer le polystyrène, deux designers américaines sont parvenues à mettre au point des emballages biodégradables. Un processus écologique qui pourrait aider à réduire la pollution plastique.

Chitofoam polystyrène vers de farine
La chitine est un biopolymère qui confère aux insectes et crustacés la solidité et la souplesse de leur carapace.

Après les verres en terre cuite, les verres en verre et les verres en plastique, boira-t-on bientôt nos boissons favorites dans des verres... en vers ? Charlotte Böhning et Mary Lempres, deux designers américaines, ont en effet développé divers emballages biodégradables à l'aide de larves de ténébrions meuniers, plus communément appelées vers de farine. Ces animaux ont été choisis en raison de leurs talents d'opérateurs du recyclage grâce à leur super-pouvoir : la digestion du polystyrène.

En 2015, des chercheurs de l'Université de Stanford (Etats-Unis) ont démontré que 100 vers de farine pouvaient manger jusqu'à 40 milligrammes de mousse de polystyrène chaque jour, sans impact sur leur santé ou leur comestibilité. Les deux designers ont ainsi commencé à élever des vers en les soumettant à ce régime alimentaire, avant de prélever leur exosquelette dans le but d'en extraire un biopolymère appelé chitine. Celui-ci, qui confère aux insectes et crustacés la solidité et la souplesse de leur carapace, est ensuite traité avec une solution alcaline, grâce à un processus appelé désacétylation, puis dissous dans de l'acide citrique.

Doper le recyclage

Le résultat final prend la forme d'une mousse résistante à l'eau et aux chocs, plus flexible et élastique que le polystyrène expansé d'origine fossile, tout en ayant des propriétés antifongiques et antimicrobiennes naturelles et une toxicité moins élevé. Baptisée Chitofoam, cette mousse peut être chauffée puis réutilisée pour façonner de nouveaux produits ou enterrée pour une décomposition totale en trois semaines maximum. Les designers ont déjà confectionné des gobelets et des emballages de cacahuètes grâce à ce procédé, en attendant de pouvoir l'industrialiser.

Cette initiative écologique pourrait permettre d'endiguer en partie l'importante pollution causée par le polystyrène. S'il protège les colis fragiles, isole certains bâtiments, enveloppe la plupart de nos yaourts et remplace la neige à merveille pour les enfants débordant d'imagination, il cause également des dommages irrémédiables à la faune marine. Afin d'éviter d'empirer encore la situation, les fabricants et utilisateurs de polystyrène français ont signé mi-juin une charte dans laquelle ils se sont engagés à développer une filière visant à recycler en 2025 100% des emballages composés de ce plastique, contre seulement 4% aujourd'hui. Pour atteindre cet objectif, l'industrie misera avant tout sur les solutions chimiques, mais le potentiel des vers de farine a déjà séduit plusieurs spécialistes. La start-up lorraine Worm Generation, par exemple, prévoit d'ouvrir d'ici à 2023 une ferme dans laquelle elle produira des farines animales avec des vers nourris au polystyrène.

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