Pour recycler en boucle des emballages alimentaires, il faut activer plusieurs leviers. «Il faut à la fois une filière de collecte et de tri efficace des déchets, une technologie de recyclage adaptée au type de polymère concerné et une appétence des industriels pour ces matières recyclées», énumère Valérie Goff, la directrice polymères de Total. Pour les pots de yaourts, si l'innovation technologique est notable, ça a bloqué à tous les étages.
Une collecte (pas encore) généralisée
Au stade de la collecte, il a fallu attendre que le gisement soit significatif. En clair, que se déploie l’extension des consignes de tri pour qu’un nombre suffisant de Français soit invité à mettre ses pots de yaourt post-consommation dans la poubelle de tri. Au début de l’année 2020, 30 millions de Français pouvaient trier tous leurs emballages alimentaires, leur zone d’habitation dépendant désormais d’un centre de tri modernisé et équipé pour trier tous ces plastiques (dont les barquettes, films et pots de yaourts). Ils n’étaient encore que 24 millions mi-2019, l’extension des consignes de tri ayant pris un sérieux retard sur le calendrier initial. Elle doit être effective sur tout le territoire fin 2022.
Désormais, le gisement est là. Il est en tout cas suffisant pour que se développent des projets de recyclage à l’échelle industrielle. Encore faut-il que le tri soit d’une qualité satisfaisante pour approvisionner ces unités industrielles. Or le surtri nécessaire à l’élimination des derniers "polluants" (autres polymères, notamment) n’est pas encore déployé partout. «Heureusement, le polystyrène a une signature infrarouge relativement facile à identifier, donc le tri optique IR fonctionne bien», explique Frédéric Chapuis, responsable stratégie emballages durables de Yoplait (groupe General Mills).

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Le Consortium PS25 – créé fin septembre par Syndifrais, l’éco-organisme des emballages Citeo, Valorplast et plusieurs industriels et distributeurs utilisateurs d’emballages en polystyrène – devrait accélérer la création d’une filière du recyclage de ce plastique en France pour mettre en adéquation le gisement, la transformation et les besoins. Tout comme le projet Recyqualipso, auquel participent Total, Syndifrais, Valorplast et Citeo.
Pour produire ce premier lot de rPS (polystyrène recyclé) agréé contact alimentaire, donc utilisable par Yoplait, Total n’a pas encore pu utiliser de pots de yaourts sortis des poubelles de tri françaises mais s’est fourni en Tacoil, une huile de pyrolyse extraite de déchets plastiques par son partenaire Plastic Energy dans son usine de Séville, en Espagne.
Le recyclage chimique, une techno innovante
Ce partenariat a permis à Total de produire à Anvers (Belgique) un volume suffisant de rPS recyclé chimiquement pour qu’il soit testé sur les chaînes de transformation d’Intraplás au Portugal (qui en a fait des feuilles) puis de Yoplait à Vienne en Isère (qui en a fait des pots de yaourts). «Ce qui nous manquait, encore récemment, c’est la technologie», explique Valérie Goff pour Total. «Il y a encore peu d’unités industrielles de recyclage chimique en Europe.»
Ca tombe bien, Total a prévu d’en implanter une à Grandpuits (Seine-et-Marne), sa raffinerie destinée à être transformée en plate-forme de chimie verte d’ici à 2023. L’approvisionnement en polystyrène post-consommation de cette future unité (qui recyclera surtout du polyéthylène, mais aussi un peu de polypropylène et de polystyrène) reste à l’étude. Les déchets plastiques pourraient provenir soit d’un centre de tri suffisamment proche pour réduire l’empreinte du transport mais qui reste à équiper pour le surtri, soit d’un plus grand, un peu plus éloigné qui pourrait assurer durablement les volumes en cas de montée en charge. On n’en saura pas plus pour l’instant. Mais la question devra être réglée pour qu’en 2023, Total et Plastic Energy produisent à Grandpuits l’huile de pyrolyse que Total pourra mettre dans ses vapocraqueurs pour produire ce rPS rigoureusement identique au PS vierge (issu d’hydrocarbures), puisqu’on revient au monomère de base pour le produire.
Si le polystyrène exige un surtri hautement qualitatif pour être recyclé chimiquement, la bonne nouvelle est qu’il «peut prétendre à être recyclé indéfiniment, sans réinjection de matière vierge», souligne Frédéric Chapuis.
Une demande croissante (sous contrainte)
Un jour prochain – probablement au second semestre 2021 – des supermarchés mettront en rayons des produits Yoplait en rPS. Et la marque entend bien l’afficher fièrement. Au-delà de l’innovation technologique réalisée par Total avec Plastic Energy, c’est peut-être là que réside la vraie révolution : l’industrie a changé radicalement d’attitude sur l’incorporation de plastiques recyclés. Jusqu’à récemment, ceux-ci étaient planqués à l’intérieur des pare-chocs de voitures. Désormais, ils s’affichent sur les étiquettes de produits sensibles.
Certes, la technologie a évolué et permet désormais de recycler des polymères à la qualité nécessaire pour qu'ils soient aptes au contact alimentaire, condition sine qua non de leur utilisation dans l’agroalimentaire et la cosmétique. Mais le recyclage chimique est longtemps resté cantonné aux pilotes de laboratoires faute d'intérêt des consommateurs potentiels de cette matière.
Or, ces filières se sont récemment retrouvées prises en étau entre une réglementation européenne et française qui ne leur laisse plus le choix et des consommateurs plus exigeants sur la durabilité de ce qu’ils achètent, qui demandent des comptes aux marques. C’est ainsi qu’on a vu naître une bataille inattendue entre deux distributeurs pour être le premier à mettre en rayon des bouteilles de lait grises, parce que produites en PET opaque recyclé.
Mais revenons à nos pots de yaourts. Les fabricants de produits laitiers frais, interpellés depuis de longues années sur la non-recyclabilité de cet emballage, n’ont pas cédé aux sirènes de la substitution, à l’exception de quelques marques de niche qui ont choisi le carton et d’un engagement, aussi récent que notable, de Danone à éliminer le PS.
La grande nouveauté, dans le procédé validé par Total, Intraplás et Yoplait, c’est qu’elle n’exige ni revalidation d’un agrément contact alimentaire, ni adaptation des lignes de production et d’emballage. «Nous n’avons procédé à aucun changement, aucune adaptation sur nos lignes en testant le rPS de Total», confirme Ana Carneira, directrice qualité et sécurité alimentaire chez Intraplás. «Que ce soit la température d’extrusion, le thermoformage, toutes les opérations sont identiques.» De la même manière, Yoplait a testé ces feuilles sur ses machines sans changer quoi que ce soit, puisque «c’est la même matière que le PS vierge, tant pour sa composition chimique que ses propriétés physiques», ajoute Frédéric Chapuis.
Il est une chose, tout de même, qui va changer dans ces yaourts (sinon à quoi bon ?), c’est leur empreinte carbone. Les résultats de l’étude ACV comparative entre le PS vierge et le rPS ne sont pas encore complets, mais «les premiers résultats sont très intéressants», affirment les partenaires du projet. Des chiffres devraient être publiés d’ici au second semestre 2021.



