Dans le recyclage, Total fait feu de tout plastique

Le groupe énergétique français Total, qui diversifie peu à peu ses activités hors des hydrocarbures fossiles, accélère dans le recyclage des plastiques. L’Usine Nouvelle a dressé un bilan de ses projets en cours avec sa directrice polymères, Valérie Goff.

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A Grandpuits, après conversion de la raffinerie en plate-forme zéro pétrole, Total recyclera des plastiques jusqu'ici destinés à l'incinération.

Total a annoncé, le 24 septembre en présentant son projet de reconversion de la raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne) en plate-forme de chimie verte, la construction d’ici 2023 d’une usine de recyclage chimique des plastiques. Cette unité de pyrolyse sera construite d’ici 2023 avec son partenaire espagnol Plastic Energy. Ce dernier porte désormais mal son nom, puisque le Tacoil, l’huile synthétique qu’il tire du chauffage à plusieurs centaines de degrés de différentes résines plastiques, ne servira plus uniquement de combustible énergétique mais bien de matière première pour re-produire des polymères.

Recycler des plastiques destinés à l'incinération

"Le flux de déchets qui alimentera Grandpuits ne viendra pas concurrencer le recyclage mécanique", précise à L'Usine Nouvelle Valérie Goff, directrice polymères de Total. "Il fallait que nous alimentions cette unité avec un flux jusque-là destiné à l’incinération." L’usine traitera des plastiques complexes, "principalement du polyéthylène mais aussi du polypropylène et – c’est très important pour nous – du polystyrène, dans des proportions bien supérieures à celles qu’on trouve habituellement dans les déchets issus de la collecte sélective". Ce qui suppose différentes sources d’approvisionnements, et une filière qui reste à consolider.

Si Total a choisi Plastic Energy comme partenaire à Grandpuits, c’est parce qu’il a pu tester son Tacoil. "Nous achetons une partie de la production de son usine à Séville, et sommes en train de produire des polymères avec dans notre unité pétrochimique d’Anvers", explique Valérie Goff. "Nous avons pu vérifier que cette huile de pyrolyse était compatible avec nos craqueurs et nos unités de polymères."

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Le projet de Grandpuits est l’un des plus ambitieux de Total dans le recyclage de plastiques. Mais c’est loin d’être le seul. L’objectif affiché par le groupe est de produire 30% de ses polymères via le recyclage d’ici 2030. Pour l’atteindre, pas question de faire la fine bouche sur une technologie.

Le recyclage du polystyrène, par tous les moyens

Total teste aussi à Carling le recyclage du polystyrène par dissolution. Chaque année, quelque 110 000 tonnes d’emballages en polystyrène sont mis sur le marché en France, qui ne trouvent pour la plupart pas d’exutoire. Après avoir établi, en 2018, un partenariat avec Citeo, Syndifrais, Soprema et Saint-Gobain pour diriger vers l’isolation les matières récupérées des pots de yaourt, Total s’intéresse de plus en plus au recyclage pour sa capacité à alimenter sa propre production de polymères. "Les tests continuent à Carling, avec pour objectif d’en tirer un premier bilan d’ici un an ou deux", précise Valérie Goff. A plus court terme, la vice-présidente s’est engagée à dresser à l’intention de Jean Hornain, président de Citeo, un bilan de toutes les voies possibles de recyclage du polystyrène.

Avec la start-up québécoise Polystyvert, Total a inauguré en août 2018 à Montréal un démonstrateur de recyclage du polystyrène post-consommation (emballages de produits électroniques, barquettes alimentaires, pots de yaourt, produits isolants) par dissolution.

Du polypropylène pour l’auto et l’emballage

Ce qui ne veut pas dire que Total se désintéresse des autres résines. Le polypropylène (PP) notamment. Avec Purecycle Technologies, le groupe a signé un accord stratégique, mais surtout un accord offtake par lequel il s’engage à acquérir une part de la future production de PP recyclé produit dans la future usine que PureCycle Technologies construit dans l'Ohio, aux Etats-Unis (48 000 tonnes de capacité annuelle). Les deux partenaires étudient la possibilité d’ouvrir une usine de ce type en Europe.

Dans le recyclage mécanique, des acquisitions prévues "dans les mois qui viennent"

Mais Total – ou plutôt Synova, qu’il a racheté en février 2019 – recycle déjà du polypropylène en France, par voie mécanique cette fois. Synova produit pour les équipementiers et constructeurs automobiles 20 000 tonnes de rPP haute performance, une capacité que Total entend doubler pour la porter à 40 000 tonnes d’ici la fin de l’année 2020. Le groupe étudie d’autres acquisitions dans le recyclage mécanique, mais Valérie Goff n’en dira pas plus pour l’instant. "Nous avons quelques cibles pour les mois qui viennent", confie-t-elle tout de même à l'Usine Nouvelle.

Encore des projets en R&D

Sur un projet moins mature, Total a rejoint Nestlé, Mars et Citeo sur un projet de recherche sur le recyclage de petits emballages complexes, comme ceux des barres chocolatées. Le partenaire technologique est ici le britannique Recycling Technologies. Son procédé de pyrolyse, la RT7000, permet de recycler des emballages en plastique, notamment des films, sacs et plastiques laminés en une huile, appelée Plaxx®, utilisée comme matière première dans la fabrication des plastiques.

Enfin, non content de pousser ses pions dans le recyclage, Total avance également sur le terrain des plastiques biosourcés, notamment avec Corbion. Il a convaincu son partenaire dans le PLA en Thaïlande d'ouvrir une seconde usine... à Grandpuits.

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