Quels engagements de Total sur les emplois de Grandpuits ?

Total a annoncé le 24 septembre la conversion à la chimie verte du site de Grandpuits (Seine-et-Marne) début 2021 et l’arrêt du stockage de produits pétroliers à Gargenville (Yvelines) en 2023. L’Usine Nouvelle fait le point sur l’impact de ces conversions sur les emplois des deux sites.

Réservé aux abonnés
Unité de démonstration de captage solide de CO2 Svante au PERL
Total défend sa diversification vers les énergies renouvelables sans licenciement, les syndicats dénoncent l'impact sur la sous-traitance.

"Total conduira ce redéploiement industriel sans aucun licenciement, grâce à des départs en retraite anticipés et des mobilités internes", affirme l'industriel français le 24 septembre en détaillant devant ses salariés le projet "Galaxie" de conversion à la chimie verte (agrocarburants, bioplastiques, recyclage chimique) de la raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne) et du dépôt de Gargenville (Yvelines).

Environ 140 reclassements et départs

"Socialement, tout reste à faire", a immédiatement réagi la CFDT. Pour les syndicats, le compte n'y est pas. "Sur les 400 postes que compte aujourd’hui la plateforme de Grandpuits et le dépôt associé de Gargenville, 250 postes seront maintenus. Quinze emplois supplémentaires seront créés sur le site de Grandpuits dans une unité d’emballage en aval de l’unité de bioplastiques", précise Total.

Total évoque également des besoins temporaires liés à la transformation des sites. "Les chantiers générés par cet investissement industriel de plus de 500 millions d’euros permettront de créer jusqu’à 1000 emplois pendant les trois années de construction des nouvelles unités."

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Pour la CGT, "le compte n'y est pas". Le syndicat décompte un effectif sur le site de 450 postes conjoncturels (et non 400, structurels). "Total dit que le groupe ne licencie personne. C’est vrai, mais des départs à la retraite non remplacés, ou pour ‘projets personnels’, c’est quand même des emplois en moins chez Total", commente Thierry Defresne, délégué central CGT. "Peut-être pas de licenciements, mais plus ça va, moins on est nombreux à arriver à la porte de l’usine. Et les jeunes diplômés, ils restent devant la porte."

Les métiers de la chimie verte et des énergies renouvelables sont pourtant devenus plus attrayants, pour les jeunes diplômés, que ceux du raffinage et de la pétrochimie.

Un tiers des emplois indirects menacés

"Les licenciements dans la sous-traitance, en revanche, il y en a à la pelle", poursuit Thierry Defresne. "Les sous-traitants présents à l’année, les collègues de la technique, de la maintenance, c’est la partie visible de l’iceberg." La CGT demande que Total tiennent compte aussi de ceux qui interviennent ponctuellement. "Il faut y ajouter les entreprises qui gravitent autour de ces grands contrats et qui ont des salariés qui ne viennent pas tous sur le site, les emplois en mairie, les commerces qui se sont installés autour, les enseignants dans les écoles fréquentées par les familles des salariés de Total…"

Après avoir pris connaissance des détails du plan de conversion du site, notamment l'activité agrocarburants, la CGT estime encore à 500 (contre 800 précédemment) les emplois indirects et induits dépendant des 200 emplois qu’elle considère comme menacés à Grandpuits.

Sans tenir compte des emplois induits, Total reconnaît une baisse de ses besoins d'un emploi indirect sur trois. "Total a réalisé une cartographie précise des entreprises partenaires intervenant sur la plateforme qui représentent l’équivalent de 300 emplois à temps plein. Dans sa nouvelle configuration, la plateforme de Grandpuits continuera à faire appel en priorité à ses entreprises partenaires, représentant l’équivalent de 200 emplois à temps plein."

La Fédération Chimie Energie CFDT a indiqué, le 24 septembre, "défendre un projet qui donne un avenir pérenne, qui respecte les attentes de tous les salariés de Grandpuits et de Gargenville afin qu’il n’y ait aucune suppression d’emploi". Mais le syndicat sera attentif aussi aux emplois indirects : "salariés Total, salariés des entreprises contractantes (et) sous-traitantes, personne ne doit être laissé au bord de la route !", ajoute la CFDT qui plaide pour "le maintien d’un tissu économique local fort" autour des deux sites, via une concertation avec les partenaires sociaux et acteurs locaux.

Le déclin du raffinage français

Après l’arrêt du raffinage à Grandpuits, il ne restera en France que sept raffineries actives, dont six en métropole. Trois sont exploitées par Total (Gonfreville l’Orcher en Seine-Maritime, Feyzin près de Lyon et Donges en Loire-Atlantique) ; deux par Esso - ExxonMobil (Port-Jérôme-Gravenchon en Seine-Maritime et Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône), une par Petroineos (Lavéra à Martigues, Bouches-du-Rhône) et une par Sara (raffinerie des Antilles, en Martinique). Elles totalisent une capacité de raffinage d’environ 58  millions de tonnes de pétrole brut par an (presque 1,2 million de barils par jour).

Grandpuits est la sixième raffinerie arrêtée depuis 2010 en France, après Flandres, Reichstett, Berre, Petit-Couronne et La Mède à Châteauneuf-les-Martigues (Bouches-du-Rhône), convertie au bioraffinage par Total.

Pour ces fermetures, "on a toujours pris comme prétexte que le problème de la France était de produire trop d’essence alors qu’elle consomme surtout du gazole" [77,8% des volumes de carburant consommés au premier semestre 2020 en France, selon l’Ufip, Ndlr], commente Thierry Defresne, de la CGT. Mais ce faisant, "on perd de la souveraineté, on accroît notre dépendance aux importations. Même si BP a récemment reparlé de pic de consommation de produits pétroliers entre 2025 et 2030, l’Agence Internationale de l'Energie évoque une baisse à l’horizon 2040. Comme la France importe environ 40% des carburants qu’elle consomme, il faudrait que la consommation baisse en France de 40% pour qu’on justifie de fermer de raffineries".

Dans l’anticipation de ce monde qui change, pourtant, les majors comme Shell, Total ou BP ne veulent plus être appelés "pétroliers".

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.