Engie a de grandes ambitions dans le gaz renouvelable. L’énergéticien français annonce qu’il va investir 3 milliards d’euros pour produire 10 TWh de biométhane en Europe, principalement par méthanisation, d’ici à 2030. Cela signifie une multiplication par 10 de ses capacités actuelles.
Suite à un plusieurs acquisitions récentes, Engie a fait grimper ses capacités de production à 1,1 TWh de biométhane par an, dont 0,7 TWh en France sur 33 unités. Mais pour aller plus loin, Engie doit rapidement se développer à l’international. Ses gros projets en France sont bloqués dans l’attente de la publication du décret sur les certificats de production de biométhane (CPB), prévus dans la loi climat et résilience de juillet 2021.
Multiplier par 10 ses capacités
Conçus sur le modèle des certificats d’économies d’énergie (CEE), des CPB devront être acquis par les fournisseurs de gaz en fonction du volume de leur vente, comme les fournisseurs d’énergies (électricité, gaz, pétrole, fioul…) doivent aujourd’hui produire des certificats d’économies d’énergie en fonction des volumes vendus. Ces CPB, émis par les producteurs de biométhane, doivent servir à financer les installations des énergéticiens. Or la publication du décret qui doit en fixer les modalités d’application, notamment les volumes de CPB pour les fournisseurs ainsi que les modes de partage de la valeur entre l’État et les producteurs, se fait attendre depuis plus de deux ans ! Toujours aucune date de publication n’est fournie par les services de l’État. Or, si la majorité des projets de méthanisation est issue du monde agricole et bénéficie de tarif d’achat, les CPB sont nécessaires pour développer les projets de taille industrielle, nécessaires pour atteindre 20% de gaz renouvelable dans la consommation d’ici à 2030. Engie en produirait 7%.
Deux acquisitions aux Pays-Bas
En attendant, Engie regarde hors des frontières hexagonales, en commençant par le Royaume-Uni où «le cadre de régulation est clair» observe Camille Bonenfant, responsable gaz renouvelables Europe d’Engie. En septembre 2023, Engie a annoncé l’acquisition d'Ixora Energy Ltd et ses trois unités de production dans le Devon et le Somerset (160 GWh par an) pour 64,8 millions de livres sterling (76 millions d’euros), et en mars 2024 celle de Rainbarrow Farm (57 GWh). «Ces premières acquisitions ouvrent les portes à d’autres opportunités», explique Camille Bonenfant. Des projets «greenfield» (développés de zéro par Engie) seraient à l’étude outre-Manche.
La même logique serait à l’œuvre aux Pays-Bas où Engie a annoncé deux acquisitions le 16 mars, sans préciser le montant de l'investissement. L’une à Hardenberg (province d'Overijssel) d’une capacité 90 GWh extensible à 150 GWh et l’autre à Alkmaar (province d’Hollande-Septentrionale) de 47 GWh extensible à 94 GWh. Là aussi, Engie veut développer de nouveaux projets. L’énergéticien cherche aussi à se déployer en Belgique, en Allemagne, en Pologne, en Espagne et en Italie. Il trouvera sur sa route TotalEnergies, qui a lui aussi de grandes ambitions dans le biogaz en Europe, notamment en Pologne.



