« C’est une journée historique, se félicite Jean-Pierre Farandou, PDG de la SNCF, lors d’une conférence de presse, mardi 6 juillet 2023, en présence d’Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique et Clément Beaune, ministre des Transports. Ce n’est pas tous les jours que la SNCF annonce un nouveau métier. La SNCF va devenir un producteur d’énergie solaire en créant une filiale dédiée, SNCF Renouvelables. » Dirigée par Emmanuel Mroz, actuel directeur délégué de la transition énergétique, celle filiale doit aider le groupe à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 30% entre 2015 et 2030 pour les activités liées au transport, et de 50% pour son parc immobilier.
Premier consommateur industriel d’électricité, la SNCF achète en moyenne 9 TWh d’électricité par an, dont 8 TWh pour faire circuler chaque jour 15 000 trains (80% des trains exploités par le groupe roulent à l'électricité) et 1 TWh pour les 3 000 gares et les bâtiments industriels et tertiaires. « Avant la guerre en Ukraine, l’énergie représentait 5 à 6% de nos dépenses. On ne se posait pas trop de questions sur ce que l’on consommait, rappelle le dirigeant. Depuis on a changé de paradigme. Entre 2022 et 2023, la facture a doublé. Pour SNCF Voyageurs, elle augmente de 700 millions d’euros. Et comme on va maîtriser les coûts de l’énergie, on maîtrisera les coûts des billets. »
Des panneaux solaires longitudinaux
Deuxième propriétaire foncier derrière l’Etat, la SNCF dispose de surfaces immenses qui doivent permettre d’y installer de nombreux panneaux photovoltaïques. L’ambition du groupe est de livrer une première tranche de 1 000 hectares d’une capacité de 1 000 MWc d’électricité en 2030, soit à peu près autant que ce que produit un réacteur nucléaire, et de quoi couvrir 20% de ses besoins en consommation.
Les opérations vont démarrer en 2023 avec un lot d’une trentaine de sites (centrales au sol, toitures de bâtiments, ombrières de parking). La deuxième phase, prévue à partir de 2030, pourrait concerner des segments de 20 à 30 km le long des voies non circulées (7 000 km aujourd’hui), équipés de panneaux solaires longitudinaux et verticaux, qui demandent encore à être développés et pourraient permettre de viser l’autosuffisance en 2050. « Ces technologies n’existent pas encore mais nous allons développer la recherche sur ces panneaux longitudinaux comme pour le stockage d’énergie, précise le patron du groupe. Nous avons l’occasion d’encourager une filière et de travailler avec l’industrie française et européenne. »
« L’investissement pour la première phase sera d’environ 1 milliard d’euros, indique Jean-Pierre Farandou. Nous le financerons avec nos fonds propres sur sept à dix ans, ce qui ne fait que 100 à 150 millions d’euros par an, sans compter que nous aurons également des partenaires sur ces opérations. » Les revenus engendrés par cette nouvelle branche doivent aussi participer au financement de la régénération du réseau ferré, notamment pendant les périodes de basse consommation.
Mieux associer l'énergie et la mobilité
Mais si les objectifs affichés par l’Etat et Jean-Pierre Farandou de doubler la part du ferroviaire en 2040 sont atteints, il faudra également beaucoup plus d’énergie. La SNCF a déjà identifié un millier d’hectares inscrits à son cadastre solaire et donc éligibles pour y installer des panneaux photovoltaïques, et table sur une capacité maximale exploitable de 10 000 hectares. Le groupe a travaillé avec AREP, une filiale de SNCF Gares & Connexions spécialisée dans l'architecture, pour recenser le potentiel sur les quelque 100 000 hectares de foncier de l’opérateur historique. SNCF Gares & Connexions a déjà mis en place un partenariat avec Tenergie pour couvrir 1 000 parkings de petites gares avec des panneaux photovoltaïques, ce qui représente une puissance de 30 MWc. AREP a aussi déployé des panneaux dans plusieurs gares (Nîmes Pont du Gard, Valence, Avignon…) et des abris de quais.
Si la SNCF montre la voie dans les renouvelables, Agnès Pannier-Runacher a assuré que d’autres entreprises avançaient dans ce domaine, notamment les industriels. Clément Beaune a cité les ports, les autoroutes et les aéroports comme autant d’opportunités pour développer les énergies renouvelables. « Energie et mobilité, ce sont des mots qui vont très bien ensemble, s’est exclamé le ministre des Transports. Les mobilités représentent 30% des émissions de gaz à effet de serre et donc 30% des problèmes, mais beaucoup plus que 30% de la solution. Et quand on a un défi à relever, la solution vient souvent de la SNCF. Quand on parle de transition écologique, on a besoin de plus de ferroviaire. » Le gouvernement a d'ailleurs récemment dévoilé un plan de 100 milliards pour redynamiser le secteur.



