S’il est un secteur qui résiste au Covid-19, c’est bien celui de la défense. Les 100 plus grandes entreprises du secteur ont engrangé 531 milliards de dollars (471 milliards d’euros) de ventes d’armement en 2020, en augmentation de 1,3% par rapport à 2019, d’après une étude publiée lundi 6 décembre par l’Institut suédois spécialiste des études d’armement (Sipri). Les ventes d’armes ne connaissent pas la crise, en croissance de 17% depuis 2015. Mais les entreprises françaises ont, malgré tout, peu bénéficié de cette dynamique : leurs revenus ont chuté de 7,7%.
« Cette baisse significative est en grande partie due à une forte diminution d'une année sur l'autre du nombre de livraisons d'avions de combat Rafale par Dassault, résume dans l’étude Lucie Béraud-Sudreau, directrice du programme Dépenses militaires et production d'armement du Sipri. Les ventes d'armes de Safran ont elles progressé, portées par l'augmentation des ventes de systèmes de navigation et de pointage. » Un trou d’air qui avait été signalé dans un rapport du ministère des Armées remis au Parlement en juin dernier. Si la pandémie mondiale a joué, la contre-performance est surtout liée à la faiblesse des contrats Rafale à l’export l’an dernier.
La France en cinquième position
Dans le détail, les six entreprises françaises de la défense présentes dans ce classement cumulent 24,7 milliards de dollars (22 milliards d’euros) de ventes, soit 4,7% du total des ventes. C’est moins que le total cumulé des sept entreprises britanniques avec 33 milliards d’euros, mais plus que celui des quatre entreprises allemandes, à 8 milliards d’euros. La France se situe in fine en cinquième position, derrière les Etats-Unis, la Chine, le Royaume-Uni et la Russie. A noter que ne sont pas comptabilisés dans ces chiffres Airbus (rang 11) et MBDA (rang 30) : ces deux entreprises cumulent respectivement 11 milliards d’euros et 4 milliards d’euros de ventes.
Dans le détail, quatre entreprises françaises ont vu leurs ventes se réduire l’an dernier : Thales (rang 14) avec 8 milliards d’euros de revenus (-5,8%), Naval Group (rang 31) avec 3,4 milliards d’euros et Nexter (rang 83) avec 1,1 milliards d’euros. Mais la chute la plus importante concerne Dassault Aviation (rang 32), avec des ventes en baisse de 37% à 3,3 milliards d’euros. Seules deux acteurs français sont parvenus à tirer leur épingle du jeu : Safran (rang 25) a vu ses ventes s’envoler de 24%, atteignant 4 milliards d’euros grâce à ses systèmes de visées et de navigation. Le CEA (rang 48), acteur de la dissuasion nucléaire, a vu les siennes s’envoler de 10%, à 2,2 milliards d’euros.
Le Rafale concentre les espoirs
La multiplication des contrats Rafale à l’export cette année pourrait faire regagner du terrain à la France. Le moteur pour Safran, les équipements électroniques pour Thales, les missiles pour MBDA… Tous sont conviés à embarquer dans l’avion de Dassault Aviation. Aux 80 Rafale qui viennent d’être commandés par les Emirats Arabes Unis, pour un montant record de 14 milliards d’euros, s’ajoutent cette année 24 appareils pour la Grèce (dont au moins 6 neufs), 30 à l’Egypte et 12 (d’occasion) pour la Croatie.
Malgré l’avalanche de contrats Rafale, les entreprises françaises sont loin de pouvoir atteindre les niveaux atteints par les acteurs américains, en tête du classement. « Les ventes d'armes combinées des 41 entreprises américaines s’élèvent à 285 milliards de dollars [252 milliards d’euros, ndlr] en 2020, soit une augmentation de 1,9% par rapport à 2019 et représentent 54% du total des ventes d’armes du top 100 », détaille l’étude du Sipri. Quant aux entreprises chinoises, si elles ne sont que cinq à être représentées dans le top 100, elles ont cumulé l’an dernier près de 60 milliards d’euros de ventes, en hausse de 1,5%.



