Les contrats Rafale devraient faire redécoller les exportations d’armes de la France en 2021

Les exportations d’armes de la France ont chuté de 41% en 2020, à 4,9 milliards d’euros, selon le rapport du ministère des Armées. En 2021, grâce aux contrats Rafale, le seuil des 10 milliards d’euros pourrait être dépassé.

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Rafale Dassault Aviation
Quand le Rafale tousse, le niveau des exportations d'armement français s'émousse. Les prochains contrats de Dassault devraient le tirer vers le haut en 2021.

L’année 2020 restera comme un mauvais cru pour le marché de l’armement français. C’est ce qui ressort du rapport du ministère des Armées remis au Parlement, dévoilé mercredi 2 juin. Le montant des prises de commandes s’est élevé l’an dernier à 4,9 milliards d’euros, soit une baisse de 41%. Une contre-performance au regard des années précédentes, avec 9,1 milliards d’euros de prises de commandes en 2018, 6,9 milliards d’euros en 2017 et même 16,9 milliards d’euros en 2015. Il faut remonter à 2012 pour retrouver un niveau aussi faible.

Si la France s’est située d’après le SIPRI en troisième position des plus grands exportateurs d’armes entre 2016 et 2020, derrière les Etats-Unis et la Russie, le pays a donc connu un trou d’air certain l’an dernier. C’est vrai au niveau des prises de commandes, mais aussi des livraisons : elles ont généré un total de 4,3 milliards d’euros, contre 9,9 milliards d’euros en 2019.

Pas de grands contrats à l'horizon

Comment expliquer cette baisse de régime alors même que les budgets militaires sont en hausse constante dans le monde depuis plusieurs années ? D’abord en raison de la pandémie mondiale qui a désorganisé les industriels et limité les négociations commerciales. "Comme l’on pouvait s’y attendre, le ralentissement des relations commerciales avec nos clients à l’export, ainsi que les ajustements budgétaires qu’ils ont dû opérer pour faire face à la crise sanitaire, ont eu un effet sur les prises de commandes", justifie le ministère des Armées.

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"C’est aussi pour une large part en raison de l’absence de grands contrats supérieurs à 500 millions d’euros", argue le porte-parole du ministère des Armées. En 2020, les industriels français de la défense ont dû se contenter du socle habituel de contrats, pour la plupart sous la barre des 200 millions d’euros.

"Ce socle s’est élevé à 4,4 milliards d’euros, contre 3,7 milliards d’euros en 2019, soit un montant supérieur à la moyenne enregistrée ces dernières années", peut-on lire dans le rapport. Des contrats qui touchent au maintien en condition opérationnelle, à la formation ou bien encore à de la modernisation.

L'Arabie saoudite, premier client de la France

La prédominance de l’Europe comme zone d’exportations privilégiée depuis 2018 n’a pour autant pas été remise en question. "Depuis quatre ans, je fais le choix de conduire une politique d’exportation résolument européenne car, derrière l’export, il y a la construction incessante de notre souveraineté et de notre autonomie stratégique", soutien Florence Parly, ministre des Armées, dans le communiqué de presse. En 2020, l’Europe a représenté 25% des exportations françaises d’armement, dont 15% pour les pays de l’Union européenne et 10% pour les autres pays. « Si les exportations vers l’Europe avaient connu un plus haut historique en 2019, atteignant 47%, elles ne dépassaient jamais avant 2018 les 15% », précise le porte-parole du ministère des Armées.

Un constat qui cache quelque peu la nature des principaux clients de la France en matière de prises de commandes d’armement. L’Arabie saoudite a été de très loin le premier client (703 millions d’euros), suivie des Etats-Unis (433 millions d’euros), du Maroc (425 millions d’euros), du Royaume-Uni (291 millions d’euros), de l’Inde (285 millions d’euros), de la Grèce (282 millions d’euros) et du Sénégal (217 millions d'euros).

Les licences au beau fixe

La zone Proche et Moyen-Orient représente quant à elle 24 % du total. "La zone Asie-Océanie enregistre environ 22 % des prises de commande, une part légèrement supérieure à celle observée ces trois dernières années, chiffre le document. L’Afrique comptabilise, quant à elle, 16 % du total, le Maroc étant notre troisième client export en 2020." Le ministère des Armées ne fournit en revanche pas de détail sur les industriels derrière chaque contrat.

Malgré ces mauvais chiffres à l’export, on se veut confiant au sein du ministère des Armées. D’abord parce que le nombre de licences acceptées s’est quant à lui maintenu : elles ont été 4 236 en 2020, contre 4 634 en 2019 et 4 975 en 2018. Certes, le montant associé à ces licences, soit environ 100 milliards d’euros, doit être pris avec des pincettes. Il englobe en effet notamment des contrats qui ne sont finalement pas attribués et des volumes maximaux de commandes. Mais il traduit une dynamique commerciale qui ne s’est pas essoufflée, veut croire le ministère des Armées.

Le Rafale en embuscade

Surtout, le ministère des Armées mise sur les trois contrats de Rafale à l’export engrangés ces derniers mois par Dassault Aviation, qui devraient à eux-seuls faire bondir le niveau des exportations en 2021. A savoir : la Grèce pour 2,5 milliards d’euros (18 appareils, dont 12 d'occasion), l’Egypte pour 4 milliards d’euros (30 appareils) et la Croatie pour 1 milliard d’euros (12 appareils d’occasion). Soit un total de 7,5 milliards d’euros qui devraient bien entrer en compte pour 2021.

"Si l’on y ajoute le socle habituel de plus petits contrats, en général compris entre 3 et 4 milliards d’euros, on peut raisonnablement pouvoir espérer atteindre un niveau d’exportation de 10 milliards d’euros pour cette année", s’avance le porte-parole du ministère des Armées. Et le rapport d’avertir sans donner davantage de détails : "d’autres grands contrats pourraient également se concrétiser en 2021 avec nos partenaires européens, traduisant ainsi la continuité de la politique d’exportation menée par la France depuis quatre ans et son orientation européenne".

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