Analyse

Les six raisons du succès du Rafale à l’export

Sans cesse modernisé depuis son premier vol, et largement déployé sur tous les conflits où la France est engagée, le Rafale de Dassault réussit à convaincre de plus en plus à l’export. De nombreuses raisons expliquent ce succès aussi inattendu que fulgurant.

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Rafale Emirats Arabes Unis
Les Emirats arabes unis ont demandé à bénéficier de Rafale équipés des dernières technologies.

Nouveau succès pour le Rafale. A l’occasion de la visite du président Emmanuel Macron à Dubaï le 3 décembre, les Emirats arabes unis ont annoncé l’achat de 80 appareils. Une commande record de 14 milliards d’euros, soit le plus gros contrat d’armement jamais signé par la France dans le domaine de l’aviation de combat. Les appareils seront livrés à partir de 2027 et les dernières livraisons interviendront en 2031.

Il s’agit du troisième contrat Rafale signé à l’export en moins d’un an. Dassault Aviation aligne les succès depuis la première vente à l’export de son avion de combat à l’Egypte. Le pays lui avait commandé 24 appareils en 2015… Avant d’en recommander une trentaine supplémentaire en 2021. Les contrats se sont depuis enchaînés. L’Inde avec une commande de 36 appareils, le Qatar (36), la Grèce (24), la Croatie (12 d’occasion) ont été séduits par les performances de l’appareil tricolores.

Rien ne présageait d’un tel succès. Pire encore, le Rafale n’avait pas réussi à convaincre les armées étrangères pendant dix années après sa première mise en service dans les forces françaises en 2004. Au point qu’en 2011, Gérant Longuet, alors ministre français de la Défense, avait même envisagé d’en interrompre la production. Mais en quelques années, la donne a complètement changé. Au moins six raisons expliquent ce revirement et le succès commercial de l’appareil.

1. Des contrats pour sceller des alliances stratégiques

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La France multiplie ou renforce ses partenariats stratégiques bilatéraux. Souvent, ceux-ci se matérialisent par la vente d’équipements militaires. Un phénomène clair dans le cadre du contrat émirati, où l’évolution de la situation géopolitique joue pour beaucoup. Au moment où les Etats-Unis montrent des signes de désengagement militaire dans la région du Moyen-Orient et se tournent vers l’Asie, Emmanuel Macron réalise au contraire une tournée dans les pays du Golfe (Emirats arabes unis, Qatar, Arabie saoudite) pour réaffirmer sa volonté d’être un partenaire dans la lutte contre le terrorisme et participer à la stabilisation de la région.

Par ailleurs, la France dispose de trois bases militaires aux Emirats arabes unis, où sont présents environ 650 soldats des trois armées (armée de Terre, de l’Air et de l’Espace, et la marine nationale). En janvier, dans le cadre du contrat de vente de Rafale à la Grèce, cette dynamique géopolitique était également à l’œuvre, dans une moindre mesure. Paris avait pris fortement position en faveur de son voisin européen, alors confronté à des tensions avec la Turquie sur des questions d’intégrité territoriale en mer Méditerranée orientale.

2. Un avion sans cesse modernisé

Le Rafale reste un avion moderne… malgré un premier vol réalisé en 1986. Comment ? L’appareil est régulièrement mis à niveau. Les Emirats arabes unis ont exigé d’avoir la dernière version de l’appareil, c’est-à-dire un Rafale dit au standard F4. Un standard qui n’existe pas encore, car il est encore en train d’être développé par la Direction générale de l’armement (DGA) et les industriels.

Selon les armées, il apportera aux Rafale la capacité de combat collaboratif et des capacités de communications équivalentes à celles du F35, le dernier-né des avions de combat américains. Plutôt que de communiquer par voie radio, les Rafale peuvent échanger automatiquement de l’information grâce à des équipements de radio logicielle fournis par Thales. Ainsi un Rafale peut désigner une cible et confier à un autre appareil la mission de la neutraliser s’il est mieux positionné.

L’actuel standard F3-R a déjà permis d’ajouter plusieurs capacités au Rafale : le missile air-air longue portée Meteor fabriqué par MBDA, le désignateur laser d’objectifs terrestres Talios développé par Thales et la bombe guidée par laser GBU-16. L’ensemble de cette modernisation a coûté de l’ordre d’un milliard d’euros. Toutefois, ces modernisations successives ont une limite : l’enveloppe et le fuselage de l’appareil. De quoi expliquer que le Rafale ne dispose pas des mécanismes de furtivité des derniers avions de combat.

3. Des technos non-soumises aux restrictions américaines

La Rafale est ITAR-free. Il faut comprendre par-là que la France peut exporter son avion de combat sans risquer un refus de la part des Etats-Unis. L’appareil n’intègre pas de technologies nord-américaines suffisamment sensibles pour que les Etats-Unis puissent avoir un droit de veto quant à leur exportation en fonction de l’armée qui souhaite l’acquérir. D’où l’importance, pour le ministère des Armées, de disposer d’une base industrielle et technologique de défense, capable de développer de manière autonome et souveraine l’ensemble des technologies nécessaires à la fabrication d’un avion de combat.

Dassault Aviation peut ainsi compter sur des partenaires basés en France dans leur très grande majorité : Thales pour l’électronique, Safran pour le moteur, MBDA pour les armements ainsi que 400 autres sous-traitants. Reste que les Américains ont déjà bloqué par le passé des ventes de missiles à des clients du Rafale, notamment l’Egypte, car ces systèmes d’armes contenaient justement des composants américains.

4. Un avion qui a fait ses preuves

La Rafale est « combat proven » depuis le début des années 2000, lorsqu’il a réalisé en Afghanistan ses premières frappes. Depuis 20 ans environ, il a montré ses capacités lors des conflits où la France est engagée, comme dernièrement au Mali. Depuis 2016, les Rafale sont engagés dans l’opération Chammal de lutte contre Daesh au Levant, et ont réalisé plus de 10 000 heures de vol.

Ils ont procédé à des tirs de bombes air-sol AASM, comme en mai 2020 pour détruire des installations de l’organisation terroriste. Depuis leur base aérienne projetée en Jordanie, les avions de combat français ont également mené des missions d’appui des forces irakiennes et effectuer des missions de reconnaissance et de supériorité aérienne, au-dessus de l’Irak et de la Syrie.

5. Des Rafale d'occasion... abordables et vite livrés

La vente de Rafale d’occasion a permis également de séduire des pays qui ne souhaitent pas payer le prix fort d’un avion neuf et sont pressés d’être livrés. En début d’année, la Grèce a commandé 18 appareils, dont 12 d’occasion, pour un montant de 2,5 milliards d’euros. Six mois après, elle réceptionnait ses premiers Rafale. Une livraison express. Pour y parvenir, ces appareils ont été prélevés sur la flotte d’appareils de l’armée française de l’Air et de l’Espace.

En novembre dernier, c’était autour de la Croatie d’acquérir 12 Rafale d’occasion pour un montant de l’ordre d’un milliard d’euros. Cela permet aux armées clientes pressées d’être livrées en quelques mois, alors qu’il faut habituellement trois ans entre la signature du contrat et la livraison d’un appareil neuf.

6. Des clients déjà satisfaits des Mirage de Dassault

Le Rafale bénéficie de la base de clients de Dassault Aviation. Un client satisfait a naturellement tendance à revenir auprès de son fournisseur, même dans le domaine particulier des avions de combat. Les Emirats arabes unis étaient déjà propriétaire d’une flotte de 60 Mirage 2000-9. Dès les années 70, les EAU s’étaient équipés du  Mirage 5 de l’avionneur.

Avant d’acheter ses premiers Rafale, l’armée de l’Air de la Grèce était équipée d’appareils de Dassault Aviation. Selon l’avionneur, les forces helléniques avaient commandé 40 Mirage F1 en 1974, puis 40 Mirage 2000 en 1985, et enfin 15 Mirage 2000-5 en 2000.

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