Un retard de plus pour le nucléaire français. Les plans de conception du réacteur EPR2 d’EDF, qui devaient être finalisés à l’automne 2023, seront achevés mi-2024. «Le «basic design» doit encore être finalisé pour passer au design détaillé du réacteur, il y a encore du travail d'ingénierie à réaliser en particulier sur les bâtiments nucléaires», a expliqué aux Echos Joël Barre, le délégué interministériel au nucléaire chargé de coordonner la relance du nucléaire dans l’Hexagone. Cette décision n'entraîne pas officiellement de report de la date du début du premier chantier à la centrale nucléaire de Penly (Seine-Maritime).
Lors d'une audition au Sénat début février, le directeur exécutif chargé de la direction ingénierie et des projets de nouveau nucléaire d’EDF Xavier Ursat avait déclaré que le groupe était «en fin de basic design, c’est-à-dire la description des systèmes». Il avait expliqué que lors de cette phase était réalisée une réévaluation des coûts qui intègre les «retours des fournisseurs [qu'EDF a eus] depuis 2021 et les derniers éléments [que le groupe a] pu terminer sur le design». Un chiffrage – qui s’annonce supérieur à ce qu’envisageait EDF – doit être communiqué «d’ici à la fin de l’année».
70 à 75% des études achevées au début du chantier
En 2021, dans un entretien à L’Usine Nouvelle, le dirigeant, optimiste, affirmait pourtant que le «basic design» de l’EPR2 était terminé et qu’EDF entamait les plans détaillés. Il expliquait qu’au moment de commencer le chantier, 70 à 75% des études seraient achevées, contre seulement 25% au démarrage du chantier de l’EPR de Flamanville. Sa mise en service, prévue pour mi-2024, a été maintes fois décalée en raison d’une accumulation d’aléas techniques (anomalies de fabrication sur la cuve du réacteur, défauts de soudures…). Au total, le réacteur accuse un retard de douze années...
Au Royaume-Uni, EDF enchaîne également les déconvenues. L’énergéticien a annoncé début 2024 que le chantier des deux réacteurs nucléaires EPR de la centrale britannique d'Hinkley Point C accusait un nouveau retard d’au moins deux années et un surcoût supplémentaire de 5,8 milliards d'euros au minimum. Et, là encore, ce délai pourrait s’expliquer par le trop faible taux d’avancement des études au moment du début des travaux. Si EDF a refusé de le communiquer, un porte-parole reconnaissait auprès des journalistes que «jusque très récemment, nous n’avions pas encore complété le design de détail de la centrale». Et que, lorsque ce dernier avait été bouclé, le groupe avait vu «les quantités de tuyaux, de câbles et tous les éléments». Or, c’est justement car EDF avait sous-estimé la durée de leur pose qu’il a dû retarder la date de fin du chantier.
Pour Joël Barre, le passage plus tardif qu’anticipé au design détaillé est donc «une attitude de lucidité». «Le volume des études augmente considérablement lorsqu'on passe au «design détaillé» du réacteur, on risque de faire, de défaire et de mal faire. Or, un grand projet de ce type s'engage sur des bases solides», affirme-t-il. L'annonce du report de l'achèvement du «basic design» pourrait finalement s'avérer rassurante.



