Avec 60 GW de renouvelables en 2030, EDF est loin du compte

À l’occasion de la publication des résultats financiers 2020, EDF a annoncé revoir à la hausse certains des objectifs de son plan stratégique Cap 2030. Mais pas de quoi reprendre la place de leader européen dans les énergies renouvelables.

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centrale hydroélectrique enterrée EDF de Romanche Gavet
EDF dispose de plus de 33 gigawatts de capacités de production d'énergies renouvelables dans le monde, dont 20 GW d’hydraulique en France (en photo, la centrale de Romanche Gavet inaugurée en 2020).

"2020 fera date", a lancé Jean-Bernard Levy, le 18 février, à l’occasion de la publication des résultats annuel du groupe EDF. Le PDG d’EDF ne faisait pas référence aux mouvements sociaux contre le projet de réorganisation Hercule, qui secoue l’entreprise. Il ne pensait pas non plus aux résultats 2020, pas si mauvais. Malgré la crise sanitaire et la chute des prix de l’énergie, qui ont pesé sur la production nucléaire et les ventes à hauteur de 1,5 milliard d’euros, EDF est resté dans le vert en 2020. L'électricien affiche un bénéfice net part du groupe de 650 millions d‘euros pour un chiffre d’affaires de 69 milliards d’euros, contre respectivement 5,1 milliards et 71,3 milliards en 2019. Le groupe a néanmoins encore creusé sa dette de 1,2 milliard d’euros, pour atteindre 42,3 milliards.

Si 2020 est une année marquante pour EDF c’est, selon Jean-Bernard Levy, pour son engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique.

En mai, EDF a adopté sa raison d’être, qui est de "construire un avenir énergétique neutre en carbone conciliant préservation de la planète, bien-être et développement grâce à l’électricité et à des solutions et services innovants". Le groupe a aussi fait valider par la Science-based Targets Initiative un plan climat compatible avec une trajectoire "bien en dessous les 2°", qui nécessite de rehausser certaines des ambitions du plan stratégique Cap 2030 d'EDF. 

Vendre des pompes à chaleur...

Les objectifs de réduction d’émissions de CO2 d’EDF ont été rehaussés, à - 50 % par rapport à 2017 sur les scope 1 et 2, et un objectif sur le scope 3 a été ajouté. En 2030, EDF veut avoir réduit de 28 % les émissions de CO2 associées à la combustion du gaz vendu à des clients finaux. "En matière de services énergétiques, nous voulons accompagner nos clients vers la neutralité carbone, avec pour objectif de réduire leurs émissions de 15 millions de tonnes en 2030 en France", a déclaré Jean-Bernard Levy. Comment ? En vendant notamment des pompes à chaleur pour remplacer les chaudières au fioul ou à gaz. Un business rentable. Le développement de services innovants à l’échelle du groupe en France et à l’international devrait "rapporter 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2030", prévoit le PDG d'EDF.

Jean-Bernard Levy a aussi annoncé rehausser les ambitions de Cap 2030 en matière d’énergies renouvelables. Le groupe ne vise plus 50 gigawatts (GW) de capacités nettes installées en 2030, mais 60 GW. "C’est un peu plus du double de 2015, hydraulique compris", a précisé le dirigeant. Cela signifie mettre en service environ 23 GW de nouvelles capacités de production. À fin 2020, EDF disposait de 33,3 GW de capacités renouvelables nettes dans le monde - dont 22,8 GW en France -, très majoritairement en hydraulique (20,5 GW).

...à défaut de pouvoir investir massivement

C’est bien. Mais cela reste très en deçà des ambitions de ses concurrents. L’italien Enel, qui a raflé à EDF la place de premier électricien européen en 2019, va investir 70 milliards d’euros dans les renouvelables pour atteindre 120 GW de capacités en 2030. L’espagnol Iberdrola veut tripler ses capacités actuelles pour atteindre 95 GW en 2030. En 2020, Engie a également rehaussé son objectif d’ajouter 3 GW de renouvelables par an à 4 GW par an. Et même Total, parti dans les renouvelables en 2017, annonce rien de moins que 35 GW bruts de renouvelables en 2025 et 100 en 2030.

En ajoutant uniquement 10 GW à son objectif initial, EDF reste loin du compte. Mais en l'état, il ne peut pas faire beaucoup plus. La régulation Arenh, qui bloque le prix de vente de l'électricité nucléaire historique est "un poison", répète Jean-Bernard Levy, qui creuse la dette du groupe et l’empêche d’investir et de jouer à armes égales avec ses concurrents. 

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