Chronique

De quelle transition énergétique EDF doit-il être le champion ?

Ce n'est pas uniquement l'Arenh, le tarif fixe de vente de l'électricité nucléaire historique, mais aussi l'indécision nucléaire française et européenne qui entrave l'avenir d'EDF... L'analyse d'Aurélie Barbaux, grand reporter énergie et industrie durable à L'Usine Nouvelle.

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La France n’arrive toujours pas à décider si sa transition énergétique se fera avec plus ou moins de nucléaire, voire sans.

La régulation Arenh a bon dos. Ce mécanisme d’accès réglementé à l’électricité nucléaire historique serait la source de tous les maux d’EDF, de la dette qui l’empêche d’investir dans son parc nucléaire aux freins à son développement à l’international. Bruxelles demande une nette séparation de la production nucléaire et des activités concurrentielles d'EDF, une injonction à laquelle tente de répondre le projet Hercule. Sans réforme, EDF risque le "déclassement" et de devenir un "énergéticien de seconde zone", assure son PDG Jean-Bernard Lévy. Et EDF ne pourrait pas devenir le champion mondial de la transition énergétique dont rêve le gouvernement français. 

Décarboner l'électricité n'est pas tout

Mais de quelle transition énergétique parle-t-on ? Celle de ces vingt dernières années, uniquement centrée sur le développement des énergies renouvelables (éolien et photovoltaïque) afin de réduire la part des énergies fossiles et du nucléaire dans la production l’électricité ? Ou celle qui, aujourd’hui, vise aussi à décarboner les autres activités très émettrices de gaz à effet de serre, transport et bâtiment en tête? Cette décarbonation semble désormais passer par la production massive et bon marché d’hydrogène décarboné, ce qui va obliger la France, l’Europe et le monde à construire encore plus de capacités de production d’électricité décarbonée. Mais avec ou sans nucléaire ?

L’Europe tergiverse. Une majorité des 27 pays membres étant contre le nucléaire, elle l’a pour l’instant exclu de sa taxonomie verte, lui fermant ainsi l'accès à un grand nombre d'investisseurs européens. Ce qui a poussé la Pologne, qui veut investir 33 milliards d’euros dans la construction de six réacteurs nucléaires pour sortir du charbon, à se tourner vers les États-Unis, tout en faisant miroiter un possible choix d’EDF pour faire pression sur Bruxelles.

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Deux grandes options pour l'avenir d'EDF

Quant à la France, elle n’arrive toujours pas à décider si sa transition énergétique se fera avec plus ou moins de nucléaire, voire sans. A terme, c'est une option possible techniquement, affirme un rapport commandé par le gouvernement à RTE. Il sert de support à une consultation sur l’impact technique, économique, social et environnemental de huit scénarios de mix électriques français d'ici 2050, qui intègrent de 50 à 100 % d'énergies renouvelables. L’objectif étant d’avoir tous les éléments pour laisser les Français décider, en 2023, de construire ou non un nouveau nucléaire français et donc de tracer la feuille de route d’EDF et ses priorités.

Deux grandes options sont sur la table. Un EDF champion des services énergétiques et de l’hydrogène décarboné, grâce à un nouveau parc nucléaire national, ou un EDF qui gère la fin de vie de son parc nucléaire historique et mise tout sur les renouvelables. Les deux auraient des atouts à faire valoir à l’international. Ce ne sera juste pas les mêmes. En attendant, EDF est plombé sur quasiment tous ses marchés par l’indécision nucléaire française et européenne.

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