Vendues en 2015 à l’américain General Electric, les turbines nucléaires des EPR vont redevenir françaises. Le gouvernement a demandé à EDF, qu’il a intronisé chef de file de la filière nucléaire après l’implosion d’Areva en 2015, de les racheter. L’opération est présentée en conseil d’administration du groupe ce 7 février. Ce ne serait pas une première. EDF a déjà dû racheter 75% des parts de Framatome, concepteur de réacteurs et de combustible nucléaire.
On ne connait pas encore le périmètre exact de l’acquisition. Les activités nucléaires stratégiques, la production des turbines Arabelle, les plus puissantes au monde, et les services associés avaient été placés dès la vente à GE dans une entreprise baptisée GEAST, détenue à 20% par l’État via Alstom. Mais elles ne se limitent pas à l’usine de Belfort avec ses 1000 salariés, dont environ 500 en production et 500 à l’ingénierie. GEAST compte 3400 salariés dans le monde selon GE. « Et l’opération pourrait concerner jusqu’à 2500 salariés en France, dont 900 en région parisienne, sur les sites de Massy (Essonne), Boulogne (Hauts-de-Seine) et La Courneuve (Seine-Saint-Denis)», explique François Trinquet, délégué syndical CFDT de GE Steam Power Systems. La division compte aussi plusieurs dizaines de salariés à Nantes (Loire-Atlantique), où réside l’expertise sur les pompes, Marseille (Bouches-du-Rhône) avec une équipe service et Villeurbanne (Métropole de Lyon), où sont logés une partie des équipes projet.
Production et ingénierie des turbines
Les turbines ne se vendent souvent pas seules, mais avec les auxiliaires, pompes et alternateurs, qui constituent le système qui permet de produire de l’électricité à partir de la vapeur d’eau chauffée par le réacteur nucléaire. Elles nécessitent au préalable des travaux d’ingénierie projets, pour répondre aux attentes des clients, chaque tranche nucléaire étant spécifique. Et le client n’est pas toujours EDF ou ses partenaires, chinois ou indiens. Le russe Rosatom équipe aussi de turbines Arabelle les réacteurs qu’il construit en Turquie ou qu’il a en projet, par exemple en Égypte.
Ces équipements thermoélectriques font aussi l’objet de contrats de service long terme, pour en assurer la maintenance, préventive et curative, avec des opérations de réusinage ou de changement de certaines parties de la turbine ou des auxiliaires, parties qui peuvent être produites par GE, à Belfort ou dans d’autres sites du groupe à l’étranger, mais aussi par des sous-traitants. Or, cette activité services « est la part la plus rentable et bénéficie d’une dynamique plus réactive que les projets neufs », qui restent « conditionnés à du volontarisme politique, particulièrement en France et en Europe », expliquent dans un communiqué commun, les CFDT de GE, EDF et Framatome. Reste à savoir si les services feront partie du rachat.
Service, Contrôle commande et SMR
GE a aussi hérité d’Alstom des activités « très anciennes de contrôle commande qui équipent le parc nucléaire français et occupent environ 300 personnes », explique François Trinquet. Si elles sont dans la corbeille, elles pourraient venir compléter celles de Framatome, qui a aussi des activités de contrôle commande, mais pour l’ilot réacteur et qui vient d’acquérir celles de Rolls Royce. Pour le syndicaliste, les activités d’ingénierie projets pourraient, elles aussi, trouver des synergies avec celles d’EDF. D’autant plus que GE Steam Power System a commencé à travailler sur les projets de mini réacteur nucléaire français NuWard, mais aussi sur le projet américain NuScale via sa filiale GE Hitachi et sur celui de Rolls-Royce au Royaume-Uni. Mais là aussi, pas sûr que cela fasse partie du deal.
Ces potentielles synergies et rattachements des futures ex-équipes de GE Stream Power Systems chez EDF et Framatome, ne seront pas pour tout de suite. « La répartition des activités reprises entre EDF et Framatome parait peu viable car elle casserait la cohérence de l’activité actuelle tant les liens entre les activités de services et les nouveaux projets sont nombreux et réguliers », analyse la CFDT.
Pour l’instant, l’option la plus probable est un rattachement au sein du groupe EDF de GEAST, soit sous la forme d’une filiale à 100% d’EDF SA, voire de Framatome, ou d’une entité autonome type pool d’investisseurs, mais détenu majoritairement par EDF. Selon le journal Les Échos, les deux groupes se sont accordés pour qu'EDF débourse 273 millions de dollars afin de reprendre l'activité de turbines, dont 73 millions de dettes.



