Tout juste élue secrétaire générale de la CFDT, le 21 juin, Marylise Léon avait démarré son discours au Zénith de Paris par une formule : « L’heure n’est plus aux transitions, elle est maintenant aux transformations ». Le 29 juin, invitée par l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis), elle a expliqué la nuance : « Il faut accélérer, pour transformer réellement le modèle économique productif. Le plan France 2030 fait le pari du développement de nouvelles technologies (pour limiter le changement climatique, ndlr), mais cela va prendre beaucoup plus de temps que le temps qu’on a réellement pour faire baisser les émissions de gaz à effet de serre… On ne peut pas continuer comme aujourd’hui à croire que les solutions technologiques vont tout régler. Il faut aller vers d’autres éléments de décarbonation, s’engager dans la sobriété, changer de lunettes et ne plus utiliser le PIB comme seul indicateur de richesse. »
Critique sur la loi Industrie verte, « qui consiste surtout à faire moins de normes, moins de contraintes environnementales, pour développer l’outil productif », elle réclame « un développement de l’industrie [qui] doit se faire dans le respect de l’environnement ». « C’est maintenant qu’il faut être plus ambitieux sur le droit de l’environnement », estime-t-elle, à rebours de la proposition d’Emmanuel Macron de faire « une pause réglementaire » sur le sujet.
Une ouverture qui renforce son attractivité
Marylise Léon représentait jusqu’ici la CFDT au sein du Pacte du pouvoir de vivre, une alliance du syndicat avec une soixantaine d’associations et ONG, lancée en 2019. Elle s’inscrira donc très clairement dans ce virage sociétal pris par Laurent Berger. Son discours au Zénith a démarré par le changement climatique, s’est poursuivi par la place du numérique et de l’intelligence artificielle, avant d’aborder, en troisième position, le travail et son sens. Il évoquait aussi les injustices, les atteintes à la démocratie, la solidarité face aux migrants et le risque représenté par l’extrême-droite.
« On ne perd absolument pas de vue le travail, mais c’est le supplément d’âme de la CFDT d’aborder ces questions sociétales », défend-elle. Et un facteur d’attractivité pour les nouvelles générations qui souhaitent s’engager autrement. Localement, les unions locales de la CFDT développent des projets avec les ONG et associations du Pacte du pouvoir de vivre, afin de proposer des actions hors du syndicat. « La CFDT apporte cette ouverture à ses adhérents », conclut Marylise Léon.
Priorité au pouvoir d'achat
Mais sa priorité du moment reste très classique : le pouvoir d’achat. Le sujet sera porté par l’intersyndicale, un moyen de continuer à la faire vivre après le combat, perdu, des retraites. En 2022, 70% des recours à la caisse de grève de la CFDT ont été justifiés par des arrêts de travail liés aux retraites. Les branches dont les minima salariaux restent en-dessous du Smic, plusieurs fois revalorisé en 2022, sont dans le collimateur du syndicat, qui continue de réclamer une suspension des exonérations de cotisations sociales des employeurs de ces secteurs.
A la demande de Marylise Léon, les partenaires sociaux devraient boucler en cette fin de semaine leur agenda social autonome, c’est-à-dire fixer le calendrier de leurs prochaines négociations. Les syndicats veulent avancer sur le sujet de la pénibilité, afin de donner un cadre aux branches. Elles devront négocier pour bénéficier d’un fonds de prévention de l’usure professionnelle et définir les métiers nécessitant un suivi médical renforcé. « Certaines branches comme la construction-bois ou la chimie-énergie sont en avance de phase, grâce à des fédérations patronales qui portent le sujet, reconnaît-elle. Notre objectif est de fixer un cadre interprofessionnel, car je ne compte pas sur la bonne volonté de toutes les fédérations professionnelles… » Les représentants patronaux ne sont pas très enclins à remettre le sujet de la pénibilité sur la table, mais souhaitent eux aussi, de manière différente, cadrer la discussion.
Le retour du compte épargne temps universel
La CFDT aimerait également une négociation sur les reconversions professionnelles, le dispositif TransCo, trop compliqué, n’ayant pas réussi à s’imposer. « De quoi ont besoin les travailleurs ? Comment éviter ce qu’ont connu les salariés des fonderies avec l’électrification de l’automobile ? Il n’y a pas eu d’anticipation et la seule question a été : où trouver de l’argent ? Nous devons créer un dispositif qui articule mieux formation professionnelle et formation par l’Assurance chômage », estime Marylise Léon. La CFDT porte depuis la dernière présidentielle le projet de création d’une « assurance transition emploi », dotée de droits universels attachés à la personne. Elle compte bien aussi remettre au menu des négociations la création d’un compte épargne temps universel, qu’Elisabeth Borne a ressuscité – c’était un projet du candidat Macron en 2022 - lors de la présentation de son programme des 100 jours. Mais la CFDT ne veut surtout pas en faire un outil de pouvoir d’achat, et promeut un dispositif de gestion des différents de temps de vie.
Restent les sujets qui seront discutés avec le gouvernement, notamment « parce qu’ils ne pourront pas faire l’objet d’accords avec le patronat », selon la formule de la nouvelle dirigeante : la révision des ordonnances travail et la conditionnalité des aides aux entreprises. La Première ministre doit faire un point sur les réformes à venir d’ici le 14 juillet. La CFDT de Marylise Léon compte bien peser autant qu’à l’époque de Laurent Berger pour défendre ses attentes.



