L'Usine Nouvelle - Le gouvernement aimerait financer certaines politiques de solidarité par une réforme des retraites. Pourquoi s’y opposer ?
Laurent Berger - C’est un point aveugle de la pensée gouvernementale. Bruno Le Maire dit qu’il faut reporter l’âge légal de départ en retraite pour que les Français travaillent plus. Mais il n’y a jamais eu autant de gens au travail ! Le problème, c’est qu’on ne travaille pas assez en début et en fin de carrière. Le gouvernement a raison de vouloir financer l’éducation, la santé, la transition écologique. Mais est-ce au travail de le faire ? Il existe un outil pour cela, c’est la fiscalité. Et si le travail doit contribuer en partie, alors il faut que les seniors ne soient pas mis à la porte des entreprises à 55 ans, et qu’on n’attende pas d’avoir 25-30 ans pour y entrer.
Avez-vous renoncé à toute réforme des retraites ?
La CFDT ne renoncera jamais à réformer le système des retraites pour le rendre plus juste. Aujourd’hui, ce sont les femmes qui ne sont pas traitées équitablement, les travailleurs qui ont eu des carrières hachées, ceux qui ont des métiers pénibles et sont usés en fin de carrière... C’est pour tous ces travailleurs que la CFDT continuera de se battre. Une mesure d’âge qui ne se justifie nullement ajouterait de l’injustice, dans une période de forte conflictualité, notamment à cause des pressions sur le pouvoir d’achat de nombreux salariés et agents publics.

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Faut-il conditionner les aides aux entreprises aux augmentations de salaires ?
Sur les salaires du privé, l’État a un levier : il doit conditionner les allègements de cotisations jusqu’à 1,6 smic à des minima de branche au niveau du smic. Or ils sont en dessous dans 143 branches sur 171. Il faut aussi rendre obligatoires participation et intéressement dans toutes les entreprises. Nous demandons au gouvernement de nous laisser deux ou trois mois de négociation avec le patronat, qui est réfractaire au sujet, puis d’engager lui-même les choses si la négociation n’a pas abouti.
Qu’attendez-vous de France Travail ?
France Travail, heureusement, ne sera pas une nouvelle institution. Le gouvernement veut faire travailler ensemble les acteurs d’un bassin d’emploi, dans une logique d’un meilleur accompagnement des demandeurs d’emploi et des entreprises, avec un système d’information commun, des référents identifiés... Ça peut marcher, à condition que tous les acteurs locaux, collectivités, associations, patrons, organisations syndicales, s’arriment réellement au dispositif. Les freins du retour à l’emploi ne sont pas les mêmes d’un bassin à un autre. Ils ne se régleront pas rue de Grenelle ! J’en appelle aux conseils régionaux et aux intercommunalités : ne restez pas dans l’incantation, agissez ! C’est à vous de monter des choses intelligentes. Emmanuel Macron et son gouvernement doivent, eux, apprendre à faire confiance au terrain.
Hormis les hausses de salaire, comment accroître l’attractivité des postes ?
Les entreprises doivent accepter de modifier leur organisation du travail. Certaines réussissent à aménager les horaires, pour qu’ils soient moins contraignants dans la restauration, ou pour que le ménage puisse se faire aux heures de bureau. Le changement est possible par le dialogue social, l’innovation sociale...
Retrouvez l'intégralité de l'entretien dans le numéro 3711 de L'Usine Nouvelle, qui paraîtra le 7 octobre.
Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche, Emmanuel Duteil et Cécile Maillard



