A rebours des festivités de fin d'année, l’heure n’est (à nouveau) pas à la fête chez Sanofi. Depuis des mois, le géant pharmaceutique français dit être en mesure de délivrer avant la fin de l’année des résultats de phase III de son vaccin anti-Covid, développé en collaboration avec GSK. Mercredi 15 décembre, le groupe a finalement annoncé que ces mêmes résultats seraient repoussés au premier trimestre 2022, en raison d’un manque de données.
Dernière étape de développement, la phase III d’essais cliniques du vaccin anti-Covid de Sanofi utilisant l’adjuvant pandémique de GSK se décompose en plusieurs études. La principale porte sur un schéma vaccinal à deux doses, administrées à 21 jours d’intervalle. Elle est indispensable pour valider le vaccin, même s’il est positionné en vaccination de rappel. Cette étude doit déterminer l’efficacité sur la prévention des formes symptomatiques du Covid-19, et la prévention de formes sévères.
Pas assez de participants infectés
Cette première étude se découpe en deux parties, avec un point commun : le vaccin est testé sur une population dite naïve, donc qui n’a jamais été infectée, et également randomisée et en double aveugle, donc en utilisant un placebo sans que les participants ne sachent s’ils ont reçu le vaccin ou le placebo. La première et principale partie de l’étude inclut 10 000 volontaires aux Etats-Unis, en Asie, en Afrique et en Amérique latine, et utilise une formulation dite monovalente, contenant la protéine spike du coronavirus d’origine. Une deuxième partie évalue, elle, une formulation dite bivalente, à laquelle a été ajoutée la protéine spike du variant Bêta, qui était apparu en Afrique du Sud. En parallèle, Sanofi a lancé une étude dite de prolongation, pour la vaccination de rappel.
C’est sur cette première étude que Sanofi déplore un manque de données. Comme tout essai clinique, celui-ci est suivi par un comité indépendant de surveillance et de suivi des données. Le laboratoire indique que ce comité n’a pas «identifié de signaux sur [le] profil de sécurité» du vaccin, mais qu’il a « recommandé la poursuite de l’essai jusqu’au début 2022 afin de collecter davantage de données ». Selon un porte-parole de Sanofi, il faut «qu’un minimum de ces participants ne contracte la maladie naturellement» pour la bonne évaluation du vaccin.
En clair : parmi les 10 000 participants, le comité juge qu’il n’y a pas eu jusqu’à présent assez de malades, vaccinés ou ayant reçu un placebo, pour établir des résultats clairs sur les critères d’efficacité. C’est la raison pour laquelle les résultats sont désormais repoussés au premier trimestre 2022. «En réalité il n’y a pas de problème. Nous devons juste attendre. C’est le comité qui dispose des chiffres et estime ne pas en avoir encore assez», cherche-t-on à rassurer chez Sanofi.
Succès de la première étude de rappel
Fin septembre, en annonçant l’abandon de son projet d’un vaccin anti-Covid ARNm, Sanofi avait clairement indiqué que son vaccin avec GSK viserait les campagnes de rappel, en raison des volumes déjà très importants de vaccins efficaces en primo-vaccination. Avec l’avantage d’ajouter une troisième technologie, celle de la protéine recombinante, aux deux déjà disponibles (ARNm et adénovirus). En parallèle de l’étude principale, le laboratoire avait lancé une étude en format rappel.
L’objectif est, cette fois, de tester une dose de rappel sur des personnes ayant au préalable accompli un schéma vaccinal complet avec les quatre vaccins disponibles en Europe : ceux de Pfizer/BioNTech et de Moderna, à ARNm, et ceux d‘AstraZeneca et de Janssen (Johnson & Johnson), utilisant un adénovirus. Une première partie de l’étude a été finalisée avec 521 participants. Et c’est un succès. Les résultats dévoilés le 15 décembre démontrent «une multiplication de l’ordre de 9 à 43 des anticorps neutralisants, quel que soit le vaccin reçu en primovaccination (AstraZeneca, Johnson & Johnson, Moderna, Pfizer/BioNTech), dans toutes les tranches d’âge étudiées», avec «un profil de sécurité similaire à celui des vaccins Covid-19 actuellement approuvés», assure Sanofi dans son communiqué. Le groupe estime aussi « qu’il s’agit à ce jour de l'étude la plus exhaustive sur une technologie vaccinale de rappel différente des technologies utilisées en primovaccination».
Le vaccin de rappel étudié contre les variants
Malgré ces premiers résultats positifs en vaccination de rappel, Sanofi ne peut pas encore déployer son vaccin sur ce créneau, car il lui faut absolument valider d’abord l’étude principale portant sur un schéma en primo-vaccination pour déposer des demandes d’autorisation de mise sur le marché (AMM).
L’étude pour une vaccination de rappel se poursuit ainsi dans plusieurs pays, principalement aux Etats-Unis, en France et au Royaume-Uni, et va pouvoir aussi se concentrer sur la lutte contre les variants. Le laboratoire utilise ainsi la formulation monovalente, mais aussi la formulation bivalente. Sanofi ajoute par ailleurs que « des essais analysant les sérums des participants à l’étude sont en cours pour évaluer la capacité du candidat-vaccin » à neutraliser le variant Omicron. Sur ces sujets, de nouvelles données sont attendues non pas au premier trimestre, mais au premier semestre 2022.
Une production inchangée
Malgré le nouveau délai pour les résultats du vaccin, « rien n’a changé » sur le volet production, affirme un porte-parole de Sanofi. En Europe, l’antigène est produit à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) et les opérations de remplissage et de conditionnement sont engagées à Anagni, en Italie. Le complexe de Marcy-l’Étoile (Rhône) est toujours sur les rangs pour venir seconder le site italien en cas de mise sur le marché. Aux États-Unis, le laboratoire s’appuie sur deux sites, Pearl River et Framingham, pour produire l’antigène, et sur celui de Swiftwater pour le remplissage et le conditionnement.
Les premières doses du vaccin Sanofi/GSK sont déjà produites et prêtes, confirme-t-on chez Sanofi. Côté commandes, le vaccin dispose toujours de l’accord américain, sur 100 millions de doses, ainsi que d’un accord couvrant les besoins de l’Union européenne et du Royaume-Uni, totalisant 75 millions de doses. Ce qui reste évidemment très en dessous du milliard de doses qu’envisageait initialement Sanofi fin 2020, quand le vaccin pouvait encore prétendre à une arrivée dès juillet 2021 et n’était pas encore positionné comme vaccin de rappel.



