Sanofi en panne d’innovation, vraiment?

Le retard pris dans la course aux vaccins anti-Covid masque les autres avancées du laboratoire français Sanofi.

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Sanofi
Sanofi a fait le choix de concentrer ses centres de R&D pour former des pôles d’excellence.

La course mondiale aux vaccins anti-Covid a relégué Sanofi en deuxième ligne. Son premier projet vaccinal ne sera prêt que fin 2021 et sera cantonné aux rappels. Malgré de bons résultats cliniques, le second vaccin, à ARNm, ne pouvait pas arriver sur le marché avant fin 2022. Trop tard pour Sanofi, qui préfère jeter l’éponge. Ce bilan, peu glorieux pour l’un des leaders mondiaux des vaccins, suscite des critiques incessantes sur ses capacités d’innovation. C’est pourtant un raccourci inexact.

Les vaccins sont certes un secteur stratégique pour Sanofi. Mais ils ne représentent que 16 % de son chiffre d’affaires. Or, tandis que les projecteurs sont braqués sur le vaccin anti-Covid, Sanofi enchaîne les mises sur le marché de médicaments. Pas moins d’une dizaine d’autorisations ont été obtenues pour de nouvelles molécules ou indications depuis le début de l’année 2021, comme le Libtayo, un médicament d’immunothérapie dans certains cancers. Ces avancées découlent d’efforts de R & D sur le temps long, tel que le requiert la pharma. En 2010, on dénombrait dans son portefeuille de produits en développement 51 programmes entrés en essais cliniques, dont 14 en phase 3, dernière étape avant une mise sur le marché. En 2021, le pipeline atteint près de 90 programmes, dont presque 35 en phase 3.

Un effort financier mesuré

En 2020, Sanofi a dépensé 5,5 milliards d'euros pour la R&D, soit 15% de son chiffre d'affaires annuel.

Cette accélération résulte de plusieurs facteurs, parmi lesquels l’effort financier engagé. De 4,4 milliards d’euros en 2010, les dépenses en R & D ont progressé à 6 milliards en 2019, avant de reculer à 5,5 milliards l’an passé, soit l’équivalent de 15 % du chiffre d’affaires annuel. Un effort qui reste mesuré par rapport à ses concurrents, qui place Sanofi en queue de peloton dans le top 10 des plus grands laboratoires mondiaux en 2020. Certains, comme Roche ou Pfizer, dépassant la barre des 20 %. Le cabinet américain d’analyses Evaluate Pharma notait d’ailleurs en mai que Sanofi est « connu pour être l’une des grandes majors pharmaceutiques ayant les plus petites dépenses de R & D ».

Comme ses concurrents, Sanofi muscle continuellement son portefeuille grâce aux multiples collaborations et acquisitions de sociétés de biotechnologies, qui le nourrissent en plates-formes technologiques et molécules en développement. Cela nécessite de disposer de « solides compétences internes, c’est fondamental », insiste Jacques Volckmann. Le vice-président et responsable R & D de Sanofi France souligne que sans ces compétences internes, « vous n’avez aucune chance d’être pertinent dans vos collaborations ou acquisitions ». Par ailleurs, « la technologie et la science vont très vite, il y a des améliorations tous les jours. Vous ne pouvez pas, en tant que gros acteur, embrasser l’ensemble de ces opportunités. Il y a des centaines de milliers de boîtes de biotech, vous avez besoin de votre expertise interne et d’être à l’écoute. »

Concentration et restructurations

Se désengager d’un domaine thérapeutique est un choix assumé. Cela permet de renforcer les compétences ailleurs.

—  Jacques Volckmann, vice-président et responsable R&D de Sanofi France

L’innovation passe donc par des choix stratégiques, comme l’externalisation. « Il existe certaines activités que d’autres que Sanofi font mieux, plus vite et parfois moins cher. Comme l’innovation se confronte à la problématique de temps, l’externalisation de certaines activités est parfois la solution », reprend Jacques Volckmann. Autre axe privilégié par le laboratoire tricolore, la concentration des centres de R & D pour constituer des pôles d’excellence. Hors vaccins, Sanofi a réduit ses champs thérapeutiques stratégiques à trois depuis 2020 : l’oncologie, l’immunologie et les maladies rares. Des aires où les besoins médicaux sont forts et où les innovations médicales se vendent très cher. Quitte à renoncer à ses domaines historiques, tels que le diabète et le cardiovasculaire.

Ces choix ne sont pas sans conséquence. Entre 2010 et 2020, l’effectif mondial de R & D de Sanofi est passé de 17 000 à 15 500 salariés, soit une baisse de près de 9 %. Mais les restructurations ont frappé beaucoup plus violemment le territoire national avec une chute de 45 % de la part des chercheurs, selon les syndicats. « En 2010, l’entreprise comptait onze sites de recherche en France. Aujourd’hui, il en reste quatre et avec la fermeture programmée du site de Strasbourg, seuls trois devraient être conservés à terme, résume Laurence Titeux, déléguée syndicale centrale CFDT R & D de Sanofi. En dix ans, l’effectif de la R & D pharma de Sanofi en France est passé de 6000 à 3300salariés.»

Jacques Volckmann admet que « se désengager d’un domaine thérapeutique a forcément des impacts sur les compétences internes dans cette aire. Mais c’est un choix assumé. Cela permet de renforcer les compétences ailleurs. » Assurant que « plus on s’éparpille, moins il y a de probabilité de succès, c’est directement proportionnel». En attendant des succès marquants pour d’autres traitements, le manque de réussite dans la course aux vaccins Covid éclipse tout le reste et pèse lourd sur l’image du laboratoire français.

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