La décision peut sembler contradictoire. Mardi 28 septembre, Sanofi a, dans le même temps, annoncé l’efficacité de son vaccin ARNm contre le Covid-19... Mais aussi l’abandon de ce projet de développement. «Devons-nous avancer avec un vaccin ARNm contre le Covid-19 ? La réponse est non d’un point de vue de santé publique », a affirmé en conférence de presse Thomas Triomphe.
Le vice-président exécutif de Sanofi, en charge de Sanofi Pasteur, la division Vaccins du groupe, estime que le développement nécessiterait encore une étude clinique de phase III pour un vaccin qui « arriverait fin 2022, mais qui amènerait quelle différenciation ? » « Il y aura déjà des milliards de doses disponibles de vaccins anti-Covid ARNm », a-t-il lâché.
Selon les projections de l’IFPMA, la fédération internationale des producteurs pharmaceutiques, plus de 12 milliards de doses de vaccins anti-Covid seront produites dans le monde d’ici à fin 2021. Le chiffre devrait atteindre 24 milliards dès juin 2022, avec une très large proportion des vaccins ARNm de Pfizer/BioNTech et de Moderna. Thomas Triomphe ajoute d’ailleurs qu’il « suffit aujourd’hui d’aller à la pharmacie en bas de chez soi pour obtenir un vaccin ARNm ». Et rappelle que Sanofi en « fabrique déjà deux : ceux de Pfizer/BioNTech et de Moderna ».
Préparer les prochaines pandémies
Le nouvel objectif de Sanofi est de renforcer ses compétences et capacités dans les vaccins ARNm en se concentrant « sur le futur : les prochaines pandémies, de meilleurs vaccins, et de nouvelles cibles », souligne Thomas Triomphe. Une étude clinique sur un vaccin anti-grippe utilisant cette technologie, pour augmenter l’efficacité vaccinale, a d’ailleurs commencé depuis quelques mois chez Sanofi Pasteur, lequel demeure leader mondial des vaccins anti-grippe.
Si le développement du vaccin anti-Covid ARNm de Sanofi n’aboutit donc pas, les résultats prometteurs déjà obtenus en essais cliniques de phase I-II ne seront pas vains. Jean-François Toussaint, patron de la R&D de Sanofi Pasteur, assure que cette première étude avait surtout pour « objectif de valider [la] plateforme ARNm », qu’il qualifie désormais de « solide pour commencer l'aventure en ARNm ».
400 millions d'euros par an en R&D
Dans le domaine de l’ARNm, Sanofi met le paquet. L’aventure ARNm avait commencé en 2018, lorsque le laboratoire français avait amorcé une collaboration avec le laboratoire biotechnologique nord-américain Translate Bio, spécialiste de cette technologie. En trois ans, après des étapes de prises de participations et de collaboration renforcée, Sanofi a finalement acquis Translate Bio le 13 septembre dernier, pour environ 3,2 milliards de dollars (plus de 2,7 milliards d’euros).
En parallèle, Sanofi a mis en place en juin deux centres d’excellence ARNm dans le monde : l’un sur le complexe mondial de vaccins de Sanofi Pasteur à Marcy-L’Etoile (Rhône), l’autre à Lexington dans la région de Boston (Etats-Unis), sur le site de Translate Bio. Au total, le groupe recense aujourd’hui 400 chercheurs répartis sur ces deux implantations et entièrement dédiés aux développements de cette plateforme ARNm, soutenus par un budget spécifique « de plus de 400 millions d’euros par an en R&D », rappelle Jean-François Toussaint.
Si les vaccins sont actuellement une priorité pour cette plateforme, Sanofi en attend aussi des applications dans d’autres domaines thérapeutiques, en particulier dans l’immunologie, l’oncologie et les maladies rares. Domaines qui sont au coeur de la stratégie de développement du groupe.
Un premier vaccin anti-Covid toujours en course
En parallèle, Sanofi n’a pas jeté l’éponge pour son premier vaccin anti-Covid, lequel utilise une protéine recombinante et utilise l’adjuvant pandémique du laboratoire britannique GSK. Deux études cliniques de phase III sont en cours, et devraient aboutir avant la fin de l’année. La première, déployée dans une dizaine de pays, mais pas en France, concerne les données d’efficacité du vaccin.
La seconde porte sur la vaccination de rappel. Elle est déployée aux Etats-Unis, en Australie, au Royaume-Uni ainsi qu’en France en collaboration avec l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP). Cette seconde étude vise à démontrer que le futur vaccin anti-Covid Sanofi sera utilisable en dose de rappel « quel que soit le schéma vaccinal reçu en primo-injection », note Thomas Triomphe
Production à la baisse ?
Il y a un an, Sanofi avançait des capacités potentielles d'un milliard de doses par an pour ce vaccin anti-Covid. La voilure exacte n’est plus précisée aujourd’hui. Mais elle sera très probablement moindre, puisque l’utilisation risque d’être limitée aux doses de rappel. En termes de contrats, le laboratoire dispose aujourd’hui d’un accord pouvant atteindre jusqu’à 100 millions de doses aux Etats-Unis et d’une commande ferme de 75 millions de doses pour le Royaume-Uni et l’UE.
Initialement, la Commission européenne avait obtenu des garanties pour un accès jusqu’à 300 millions de doses de ce vaccin Sanofi/GSK.



