Dans la construction, les matériaux biosourcés comptent enfin sortir du bois

Eclipsés par la filière bois, les autres matériaux de construction biosourcés (à base de chanvre, de lin ou de colza) devraient pouvoir bénéficier d’une attention renforcée grâce à la RE2020. Des exemples sont présentés au Salon international de l’agriculture.

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Matériaux biosourcés construction
Ces différents composants et produits ambitionnent de prendre des parts de marché au béton.

Un panneau isolant en fibres de chanvre (Innofib, expérimenté par la coopérative vendéenne Cavac depuis 2019), une lame de terrasse contenant environ 30% à 50% de chènevotte (le granulat issu de la paille de chanvre), combiné avec des résines plastiques, des blocs de construction préfabriqués à partir de colza (sur le projet de recherche Bip-Colza, porté par Coop de France Hauts-de-France, l’université de Picardie Jules Verne et le distributeur de matériaux Point P)... Au Salon international de l’agriculture, à Paris, sur le stand de l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), les matériaux biosourcés s’invitent dans la construction.

« Sur le bâtiment, on peut justifier d’un stockage carbone sur une longue durée. La RE2020 est clairement une réglementation qui va favoriser les produits biosourcés, grâce à l’analyse de cycle dynamique », indique Grégoire David, ingénieur en performance environnementale des produits biosourcés à l’Ademe. Ce coup de boost apporté aux matériaux biosourcés s’inscrit dans un contexte favorable, avec, ces dernières années, la loi relative à la transition pour une croissance verte (2015) et la loi portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets (2021). La première maison française en chanvre date de 1984.

En prenant en compte l’impact carbone des matériaux sur l’ensemble de leur cycle de vie, la RE2020 lève une épine du pied : « Dans les fiches de déclaration sanitaire et environnementale, les produits biosourcés étaient pénalisés, à cause de leur fin de vie, puisqu’on considérait qu’on ne pouvait pas les réutiliser ou les recycler », rappelle Aicha El Khamlichi, ingénieure. Autre avancée permise par la nouvelle réglementation environnementale : l’apparition de la notion de confort d’été, également favorable aux produits biosourcés, puisque ces matériaux peuvent plus facilement stocker la chaleur en journée. Toutefois, même s’ils ont l’avantage d’absorber l'humidité, certaines finitions peuvent bloquer ces propriétés.

Le levier de France 2030

Afin de faire avancer la recherche, l’Ademe finance depuis 2016 des projets de recherche dans le cadre du programme Graine (Gérer, produire et valoriser les biomasses). 96 projets ont déjà été financés. La quatrième session de candidatures est en cours. Trois axes sont définis en 2021-2022 (systèmes éco-efficients de production, évaluation de la durabilité et articulation des productions et usages de la biomasse, accompagnement au changement et instruments de politique publique). Dans le cadre du plan France 2030, 420 millions d’euros ont par ailleurs été alloués, en décembre dernier, au développement des biotechnologies industrielles et des produits biosourcés.

« Les différentes incitations devraient conduire à une structuration de la filière », espère Emilie Machefaux, chef du service Forêts, alimentation et bioéconomie de l’Ademe. Cette question constitue l’un des principaux défis de la filière, avec celle de l’adaptation des matériaux aux normes de sécurité des bâtiments - les associations professionnelles de la filière chanvre financent régulièrement des essais au feu pour prouver les capacités de résistance des produits.

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