La nouvelle a été relayée par John Bel Edwards, le gouverneur de la Louisiane. La société américaine Origin Materials, qui s’est spécialisée dans la fabrication de produits à « émissions de carbone négatives », va réaliser un investissement d’au moins 750 millions de dollars (660 M€) dans une usine de transformation de biomasse en produits biosourcés. Localisée à Geismar, en Louisiane, haut lieu de la pétrochimie aux États-Unis, elle sera la deuxième unité industrielle du groupe et conduira à la création de 200 nouveaux emplois directs au salaire annuel moyen de plus de 90 000 $ (plus avantages sociaux !). À ce chiffre viendront s’ajouter 857 emplois indirects, ainsi que 500 emplois temporaires nécessaires pour les trois années de construction de l’usine qui sera opérationnelle en 2025. À noter les importants soutiens publics apportés à ce projet : plus de 100 millions de dollars d’incitations de l’État et collectivités locales et 400 M$ de prêt sous forme de Private Activity Bonds exonérés d’impôt.
L’usine traitera un million de tonnes de résidus de bois sec – provenant en partie de scieries et de forêts exploitées de Louisiane – avec en ligne de mire le polyéthylène téréphtalate (PET) utilisé dans les emballages, les textiles, les tapis et autres applications. Origin 2 aura une taille quatre fois supérieure à celle d’Origin 1, première unité industrielle de 25 000 t/an en construction à Sarnia, en Ontario, qui démarrera à la fin de l’année.
Basée à Sacramento, en Californie, la société Origin Materials a été créée en 2008 par deux étudiants qui terminaient leurs études de génie des procédés à l’université de Californie. Pendant plus de dix ans, leur société a développé un procédé chimique – et non pas biologique – compétitif, qui consiste à déconstruire de la lignocellulose en phase organique, par catalyse acide. Il conduit principalement à la production de quatre composés, dont le CMF (chlorométhyl furfural) et l’HTC (carbone hydrothermal ou biochar), et dans des quantités plus faibles, à l’acide lévulinique et au furfural. Or c’est à partir de CMF que l’on peut produire, au terme d’une succession d’étapes, des polymères dont le PET ou le PEF.
Fort de ce portefeuille de produits, Origin Materials a déjà intéressé plusieurs acteurs internationaux des polymères avec lesquels il a noué des partenariats. Par exemple, sur l’année écoulée, le belge Solvay, les japonais Mitsubishi et Mitsui et le sud-coréen Kolon ont signé des accords pour la réservation de capacités. Ils seraient intéressés par le potentiel du CMF et de son arbre produit pour obtenir des solutions drop in (c’est-à-dire en remplacement de molécules fossiles existantes) ou pour accéder à de nouveaux polymères. Avec le groupe belge Minafin, la collaboration est différente. Ce partenariat, annoncé au début du mois, s’intéresse exclusivement aux deux coproduits : le furfural et l’acide lévulinique. Pennakem, filiale américaine de Minafin, est un acteur de la chimie du furfural, mais qui n’en produit pas. Ce furfural pourrait, par exemple, servir de matière première au solvant EcoXtract, qui est particulièrement efficace en extraction d’huiles pour l’agroalimentaire (en remplacement de l’hexane). Aussi, Minafin voit dans Origin Materials la possibilité de consolider sa supply chain du furfural et d’accéder à une source fiable d’acide lévulinique biosourcé. Le chimiste de spécialités aurait décelé des molécules d’intérêt dans son arbre produit, sans soucis de débouchés, lui qui adresse déjà, à travers ses sept divisions, de très nombreux marchés.



