Dans l'Indre, Impériales Wheels, le dernier fabricant français de jantes alu, placé en redressement judiciaire

Dernier fabricant français de jantes aluminium, Impériales Wheels a une nouvelle fois été placé en redressement judiciaire. Installée près de Châteauroux (Indre), la société a été reprise il y a deux ans et s'est vu accorder 45 millions d’euros d'aides publiques. La direction indique à L'Usine Nouvelle que «toutes les solutions sont possibles» pour sauver les 181 emplois.

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Jante
Le site fabrique des jantes pour les principaux constructeurs français. Une seule des huit lignes de production serait en activité sur le site. (Illustration).

Jeudi 22 février dernier, le tribunal de commerce de Villefranche-sur-Saône (Rhône) a placé en redressement judiciaire Impériales Wheels (ex-Alvance Wheels). Installé à Diors (Indre), cette entreprise de 181 salariés est le dernier fabricant français de jantes automobiles. Une période d’observation de deux mois est prévue avant un nouveau point sur la trésorerie.

La décision intervient deux ans seulement après le rachat du site par la société d’Emile Di Serio (EDS). «C’est le quatrième redressement depuis 2015, les salariés en ont marre de vivre tout le temps dans l’incertitude. Il y a 10 ans nous étions 600 salariés, confie à L’Usine Nouvelle Anthony Babarczi, délégué syndical CGT de l'usine. Il faut sauver nos emplois et notre savoir-faire.»

En 2022, l’objectif de la reprise du site par Emile Di Serio, président du groupe de fonderie de St Jean Industries, était de développer de nouveaux modèles de roues grâce à une technologie de rupture. Un projet innovant allié à un savoir-faire précieux qui avait déjà conduit l’État et la Région Centre Val de Loire à apporter leur soutien (respectivement 40 millions d’euros d’investissements – 80% de cette somme a déjà été versée – et 5 millions d’euros ndlr).

Un plan de sauvetage avorté ?

Si les difficultés de ce site industriel étaient connues, le placement en redressement a suscité de vives réactions, à l’instar d’Harold Huwart, vice-président délégué à l’Economie, au Tourisme et à l’Europe de la Région Centre Val de Loire. «Nous appelons l’État à assumer pleinement ses responsabilités dans les termes qui ont été fixés par la ministre de l’Industrie en 2022 et qui n’ont pas été respectés» a indiqué l’élu à France 3. Ce dernier pointe «la dernière tranche» d’une aide ultime de 15 millions d’euros non versée à l’usine. C’est selon lui ce qui provoquerait la situation actuelle.

Pour Anthony Babarczi (CGT), plusieurs acteurs seraient également responsables, dont la direction pour sa gestion du projet.«Ils ont acheté l’ensemble des huit lignes de production, plutôt que de monter en puissance progressivement,déplore le responsable syndical. A l’heure actuelle, une seule ligne est quasi-opérationnelle, ce qui représente une charge de travail pour 25 salariés seulement. Il manque de l’argent pour terminer.» Le délégué CGT pointe aussi du doigt les constructeurs automobiles Renault et Stellantis, principaux clients d’Imperiales Wheels. «Comme l’État n’a pas versé les dernières aides, les constructeurs n’ont pas joué le jeu car ils ne voulaient pas s’aligner sur la hausse du prix de l’énergie, estime Anthony Babarczi selon qui les 181 salariés seront placés au chômage partiel la semaine prochaine. On perdait entre 40 et 50 euros par roue qu’on produisait, soit près d’1 million d’euros par mois.»

 la Direction veut continuer la modernisation

Contacté par L'Usine Nouvelle, Philippe Morand, vice-président d’Impériales Wheels, indique que la priorité est «d’assurer une voie de continuité au projet de l’entreprise dans le cadre du processus de redressement judiciaire». A cet effet, il envisage «toutes les solutions possibles» afin de maintenir le savoir-faire de l’usine, actuellement engagée dans un projet basé sur «plusieurs solutions de rupture, à la fois innovantes sur le plan technologique et sur le plan environnemental». Selon Impériales Wheels, le projet en cours permettrait de réduire la consommation d’énergie et de matières pour répondre aux besoins d’évolution de son secteur d'activité.

En attendant, une réunion s'est déroulée à Châteauroux, jeudi 29 février, dans les murs de la Préfecture, pour réunir les propriétaires de l’usine et les représentants syndicaux. Un nouveau rendez-vous est fixé dans deux mois, le 18 avril, au Tribunal de Commerce, pour faire un point sur la situation. Cette période doit permettre à de potentiels repreneurs de se présenter à la barre. La Région Centre-Val de Loire ne ferme pas la porte à un nouveau soutien public. «Notre conviction c’est que, plus que jamais, cette usine a un avenir, et que la priorité doit être de soutenir l’activité de production dans filière automobile», a ainsi indiqué Harold Huwart à France Bleu affirmant qu'avancer 50 millions d’euros supplémentaires serait complètement justifié pour sauver Imperiales Wheels.

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