2020 n’aura pas été une si mauvaise année pour les matières premières. Malgré le Covid, certaines ont atteint des sommets. Le minuscule rhodium, utilisé pour la fabrication de pots catalytiques, a vu son cours flamber de 180 % en 2020, porté par les normes environnementales dans l’automobile. Derrière, le prix du palladium s’est envolé de 43 %. Valeur refuge traditionnelle en temps de crise, l’or a gagné 27 %. La crise a fait un perdant majeur : le pétrole, dont les cours se sont effondrés (-33 % pour le Brent), victime de la chute de la demande et de la guerre des prix du printemps entre Russie et Arabie saoudite.
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Selon l’indice CyclOpe sur les matières premières, les prix moyens des commodités sur les marchés mondiaux ont ainsi reculé de 19 % l’an dernier. Mais si l'on raisonne hors énergie et métaux précieux, les cours se sont stabilisés par rapport à 2019. D'autres matières font certes grise mine, comme le coton, plombé par la déprime de l’industrie textile. Le caoutchouc lui a subi le contrecoup du coup de frein automobile. Stars de ces dernières années, les métaux "électriques", ainsi qualifiés par Philippe Chalmin car indispensables à la transition énergétique (le cobalt, le lithium…), n’ont pas non plus été à la fête, pour cause de surproduction.
Le cuivre et le minerai de fer dopés par la Chine
Pour les autres matières, le redémarrage de l’économie chinoise dès le printemps a tiré la demande depuis l’été. Le cuivre a ainsi vu son cours bondir de 4000 dollars la tonne en mars à près de 8000 dollars en fin d’année. "Sur l’année, les importations chinoises de cuivre raffiné ont progressé de 33 %", pointe Philippe Chalmin, professeur à Paris Dauphine et président fondateur du CyclOpe. Idem pour le minerai de fer, alors que la Chine a, pour la première fois, produit plus d’un milliard de tonnes d’acier l’an dernier. La demande chinoise a aussi joué un rôle clé sur les marchés agricoles, en devenant pour la première fois le premier importateur mondial de céréales.
En 2021, la Chine devrait continuer à jouer un rôle déterminant. "Tous les marchés ont terminé 2020 en fanfare et débutent 2021 de la même façon", constate Philippe Chalmin. Pour 2021, le CyclOpe pronostique une hausse de 19 % de son indice pour tous les marchés matières. A l’inverse de 2020, les plus fortes hausses devraient concerner le pétrole, soutenu par le redémarrage de l’activité mondiale.
Sur les métaux, CyclOpe se montre plus prudent. "On peut estimer que les marchés ont largement intégré le rebond chinois et que celui-ci est déjà dans les prix du début 2021", pointe Philippe Chalmin. Résultat, l’essentiel des flambées des cours seraient donc déjà passées, notamment pour le cuivre et le palladium.
Pas de super-cycle (ou du moins pas tout de suite)
Le CyclOpe ne souscrit pas à l’hypothèse du retour d’un super-cycle, soutenue par la banque d'investissement Goldman Sachs, qui marquerait le début d’une longue phase de hausse des cours des matières premières.
"Les cycles d’investissement sont longs dans les matières premières, de l’ordre de vingt-cinq ans", rappelle Philippe Chalmin, alors que la précédente ruée sur les matières date de 2007-2012. Encore trop tôt, donc.



