Entretien

[Covid-19] "La France n'a pas de stocks alimentaires stratégiques", prévient Christiane Lambert, la patronne de la FNSEA

Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA s'inquiète auprès de L'Usine Nouvelle des stocks stratégiques alimentaires en France. A la suite de l'allocution du Président de la République du 12 mars 2020, la responsable du premier syndicat agricole demande que le secteur agroalimentaire soit, au même titre que la santé, déclaré prioritaire. 

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Christiane Lambert, présidente de la FNSEA

L'Usine Nouvelle.- Dans son intervention, Emmanuel Macron a demandé la reprise en main de la souveraineté alimentaire. Quelle a été votre réaction aux propos du Président de la République ?

Christiane Lambert.- Jusqu’alors, Emmanuel Macron avait bâti son mandat sur la montée en gamme de l’agriculture. L’expression du Président a donc complètement surpris et interrogé les agriculteurs qui ne s’attendaient pas à ce changement de ton. Nous sommes les premiers à demander que soit reposé la question de la souveraineté alimentaire.

Cela fait des années que la France laisse l’agriculture s'effilocher. Sur la dernière décennie, nous avons eu une augmentation des importations de fruits, de légumes, de volailles...Le pays a laissé filer toute son agriculture, a abandonné la production agricole française et le développement de l’agriculture pour des raisons de compétitivité sans réagir. Maintenant, est-ce que cette réaction du Président est un sursaut ? Est-ce une réaction éphémère pour rassurer ou un engagement de long terme ? Je me pose la question.

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Quel est l’état des stocks stratégiques alimentaires de la France ?

A l’heure actuelle, nous ne pouvons pas dire que la France ait des stocks stratégiques. Les distributeurs ont évoqué des réserves leur permettant d’aller jusqu’au mois de juin, mais cela est erroné. Pour les produits frais, les yaourts, le lait qui sont fabriqués tous les jours à partir de lait récolté quotidiennement, ce n’est pas vrai.

Par ailleurs, face à la pénurie de main d’œuvre chez les transformateurs, l’Italie a dû arrêter les collectes laitières. Que ferons-nous dans la même situation ? Que se passe-t-il si les laiteries ou les abattoirs n’ont plus assez de personnel pour fonctionner ? Il y a un réel risque d’impasse.

Quelles sont les mesures concrètes que vous attendez désormais ?

L'alimentation est un secteur capital mais fragile. C'est pourquoi, à court terme, nous demandons des mesures spécifiques pour le secteur de l’alimentation, c’est à dire un accès prioritaire au matériel de protection des salariés pour éviter au maximum qu'ils ne soient contaminés. Nous demandons également qu'il puisse avoir accès, en priorité, aux tests de diagnostic. 

Sur le plus long terme, nous souhaitons que le Président Macron intervienne auprès de ses homologues européens, dans le dossier de la Politique Agricole Commune pour qu’une PAC économique, avec une agriculture de productivité, soit une priorité. Par exemple, dans les propositions actuellement étudiées dans le Green Deal, il est suggéré de retirer 10% des terres de la production pour les laisser sans culture. Face à la crise que nous vivons, nous questionnons la pertinence d'une telle mesure. 

Quel est le rôle que peuvent avoir les industriels dans cette crise ?

Nos sorts sont liés. Nous nous devons de travailler main dans la main, car si des problèmes se posent dans l’aval, les agriculteurs sont impactés directement. Si demain il n’y a plus de salariés à l’abattoir, ce sont les éleveurs qui seront en première ligne avec leur bétail sur les bras. C’est pourquoi dès la semaine prochaine, nous allons faire le point avec la Coopérative française et les industriels pour éviter que la machine ne se grippe.

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