"Quand on travaille c’est qu’il y a de la vie. Faire des choses c’est penser à l’avenir. Nous ne nous sommes jamais arrêtés", lance José Pereira directeur de production de Technetics, une PME de joints métalliques haute performance d’environ 250 salariés et près de 48 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Cette filiale, relativement autonome, du groupe américain Enpro, est installée à Saint-Etienne, Montbrison (Loire) et dotée d’un petit site de R&D avec le CEA à Pierrelatte, dans la Drôme. Sa production associe des tâches relativement automatisées et d’autres qui nécessitent l’expertise manuelle des salariés pour des produits à haute valeur ajoutée destinés au nucléaire, à l’aéronautique ou au médical. Pour maintenir sa production, dès l’annonce du confinement, l’entreprise serre les rangs et décide de communiquer largement et en permanence avec tous les collaborateurs.
Réaction rapide
Les décisions sont prises rapidement au sein d’un comité stratégique qui se réunit dès le départ quotidiennement. Il restitue en permanence les options prises, tout en déléguant au terrain le soin de s’organiser. Le télétravail a été réglé en 48 heures pour 90 % des fonctions supports, en récupérant des portables pour tous ceux qui n’en étaient pas équipés. Sur le principal site de Saint-Etienne,"pour gérer la distanciation sociale, nous avons pris le parti de scinder le personnel des ateliers qui fonctionnait en horaires de journée classique, en deux équipes, l’une de 5 à 13 heures, l’autre de 13 à 21 heures. Sur 5 000 m2, c’est un passage de 100 personnes à 50, ce qui diminue les occasions de contact" explique José Pereira.
Mais la constitution des équipes de matin et du soir a été gérée par les managers de proximité dans le cadre de discussions en fonction des impératifs des uns et des autres. Et aussi des contraintes de la production pour qu’aucun poste ne soit laissé en déshérence. "Certains n’avaient pas trop envie de se lever si tôt, d’autres de terminer si tard, mais j’ai mis les choses sur la table en expliquant l’enjeu de continuer à servir des clients d’importance vital, dans le nucléaire ou le médical. Chacun a pu donner des idées et c’est apparu comme la meilleure solution pour assurer la santé de tous", décrypte José Pereira.
Une information permanente
Les changements d’organisation donnent lieu à de nombreuses réunions avec le personnel car "quand on prend une mesure, soit on joue au sergent-chef, soit on explique", témoigne le directeur industriel. Au début, les salariés étaient très anxieux sur la santé, et il fallait s’ajuster en permanence à l’évolution de la situation et à la communication gouvernementale. Après chacune des interventions du Président ou du Premier ministre, la direction envoie un message sur les impacts pour l’entreprise et garde toujours sur les sites au moins un membre du comité stratégique. "C’est important d’être là. Si vous avez peur, les gens aussi", tranche José Pereira qui la première semaine s'installe dès l'aube et jusqu'à tard à l’usine.
Les sujets discutés en comités stratégiques quotidiens sont relayés dans la journée même aux collaborateurs. Technetics a installé des écrans dans les ateliers et déployé un système d’envoi de SMS ou de vidéos sur les mobiles des collaborateurs. Il faut préserver le lien avec ceux qui sont à distance. Le jour où sont arrivés les masques, une petite vidéo sur son utilisation a ainsi été envoyée. Tout le monde a été d’accord sur la prise de température à l’arrivée et au départ du site, et la feuille de ceux qui s’y sont soumis est affichée à l’accueil car cela rassure les autres. Les équipes ont fabriqué elles-mêmes des poignées qui permettent d’ouvrir les portes avec les avant-bras.
Les échanges revisités
Au quotidien, il faut savoir aussi répondre aux petites demandes qui arrondissent les angles. Cela râle un peu sur la machine à café qui a été condamnée pour éviter les contaminations. La direction réagit en achetant une dizaine de machines Nespresso qui sont disséminées dans les ateliers.
Côté collaborateurs, avec la reprise très light des écoles, l’absentéisme est encore d’environ 30 % durant la deuxième semaine de mai, mais si la productivité a chuté de 20 % la première semaine, elle est désormais remontée. Pour maintenir les échanges, les équipes en télétravail communiquent avec certains collaborateurs dans l’atelier en visioconférence. Les managers de proximité ont créé entre eux un groupe WhatsApp, cela a renforcé leurs liens, ils s’envoient désormais des messages même le week-end. Le réfectoire était fermé, il va rouvrir, agrandi et au départ avec un système de lunch box.
Pas de gel des augmentations
Mais on n’a rien sans rien. Le groupe n’a pas donné des signes de désengagement. Les salariés qui se sont retrouvés en travail postés ont eu des primes de postes de 5 à 8 % de leurs salaires. Les évolutions et les augmentations prévues n’ont pas été gelées. Ni la participation ou l’intéressement. Le 1er mai, la responsable marketing a réussi à dénicher un lot de muguet, José Pereira est venu les apporter personnellement aux femmes de l’atelier. "Ça n’a pas été facile tous les jours mais je suis fier de mes équipes et de mon comité stratégique. On a maintenu le cap et la sécurité", se réjouit José Pereira.



