Le secteur européen de la production d'acier traverse une crise profonde. Pris en étau entre la hausse des coûts de production – en grande partie due à l’envolée des prix de l’énergie – et une chute des prix provoquée par la surcapacité mondiale et une demande européenne en berne, il peine à rester compétitif.
Une semaine après l’entrée en vigueur des tarifs américains de 25% sur l’acier et l’aluminium, la Commission européenne a présenté un plan d'action. Il entend renforcer les outils de défense commerciale. Car en fermant leur marché, les États-Unis ne réduisent pas seulement les débouchés pour les producteurs européens et internationaux, «mais augmentent aussi la pression des exportations précédemment destinées aux États-Unis, qui pourraient être réorientées vers l’UE», alerte la Commission. Pour y faire face, Bruxelles prévoit de limiter les volumes d’acier importés sur son territoire. Elle compte ainsi renforcer la clause de sauvegarde sur l’acier, en place depuis 2019, qui taxe les importations dépassant un certain seuil. Alors que ce dispositif doit expirer en juin 2026, l’exécutif européen promet une solution de remplacement plus protectrice d’ici la fin de l’année, avec des ajustements dès avril, parmi lesquels une réduction des importations d’acier de 15%.
Outre ces mesures, l’exécutif européen entend renforcer le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), comme le demandait la France. Destiné à taxer les importations en fonction de leur empreinte carbone, ce dispositif – qui concernera dès 2026 l’acier, l’aluminium, le ciment ou encore l’électricité – sera révisé fin 2025 afin de l’élargir à certains produits en aval de la chaîne de production.
La Commission prévoit également une stratégie «anticontournement», afin d’empêcher certains pays tiers de rediriger leurs productions bas carbone vers l’Europe tout en maintenant une production carbonée pour d’autres marchés échappant aux taxes sur le CO2.
Stimuler la demande intérieure
Outre la protection commerciale, Bruxelles veut aussi stimuler la demande d’acier propre, issu du recyclage ou produit avec de l’hydrogène bas carbone. Elle prévoit ainsi de proposer, fin 2025, d’imposer un quota minimal d’acier propre dans les marchés publics et envisage même, l’année suivante, de limiter les exportations de rebuts d’acier pour favoriser le recyclage intra-européen.
Sur le plan énergétique, la Commission veut faciliter la conclusion de contrats d’achat d’électricité à long terme (PPA) pour garantir aux industriels des prix plus stables et compétitifs. En parallèle, Bruxelles prévoit d’assouplir les règles des aides d’État afin d’accélérer la transition énergétique des aciéries. Enfin, une Banque européenne de la décarbonation verra le jour en 2026. Annoncée dans le cadre du Pacte pour une industrie propre, elle aura pour mission de soutenir financièrement la transition des industries énergivores.
Si le plan de la Commission a été accueilli favorablement par Eurofer, l’association européenne représentant les intérêts du secteur, celle-ci regrette néanmoins le manque de mesures concrètes pour réduire les coûts de l’énergie. «Les prix élevés de l'énergie n'affectent pas seulement la production d'acier et de métaux, mais ils tirent vers le bas l'ensemble des chaînes de valeur industrielles européennes. Il est essentiel de poursuivre les efforts pour réduire les coûts énergétiques», insiste Henrik Adam, son directeur.



