[Covid-19] Eau potable, nucléaire, déchets, énergie, ces industries qui ne peuvent pas s’arrêter

Dans les déchets, l’eau et l’énergie, les industriels opèrent des sites et maintiennent des équipements qui doivent fonctionner coûte que coûte. Malgré le coronavirus, le confinement, les personnels manquants et les risques de rupture de leurs approvisionnements. L’Usine Nouvelle a recueilli leurs témoignages.

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Station d'épuration Maéra de Lattes, près de Montpellier (Hérault)
Quelle que soit l'évolution de l'épidémie de coronavirus, certaines secteurs industriels doivent assurer la continuité de service.

Même si, comme l’a répété à maintes reprises le président Emmanuel Macron dans son allocution du 16 mars au soir, "nous sommes en guerre", il est des activités vitales qui doivent continuer à fonctionner. Outre les réseaux de soins et hôpitaux, de nombreuses industries - l’énergie, les réseaux d’eau potable et d’assainissement, la collecte et le traitement des déchets (y compris médicaux), les centrales nucléaires - doivent assurer la continuité de service, même en cas de pandémie mondiale. Qu’ils soient, ou non, sur la liste maintenue secrète des Opérateurs d’importance vitale (OIV).

Le cycle du combustible nucléaire en alerte depuis janvier

Fournisseur de combustible et de services aux centrales nucléaires, le groupe Orano a pris "très tôt la mesure de l’épidémie" et "les personnels ont reçu les premières consignes de vigilance dès janvier", explique l’un de ses porte-parole. Celles-ci sont régulièrement mises à jour en fonction de l’évolution de l’épidémie, des consignes données par les autorités et en s’appuyant sur les recommandations des médecins du groupe.

"Une cellule de gestion de crise, avec notamment nos médecins, se réunit quotidiennement depuis plusieurs semaines afin d’assurer le suivi du développement de l’épidémie et de recommander au comité exécutif les nouvelles mesures à prendre." Ces dernières semaines, tous les événements (séminaires, conventions, réunions…) jugés non indispensables à la continuité de l’activité productive, commerciale ou à la sûreté ont été annulés, ainsi que les visites sur sites non liées à la sûreté et à l’exploitation.

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Depuis le 15 mars, pour tous les personnels qui n’ont pas pu passer au télétravail car leur présence est indispensable sur les sites, un système de rotation des équipes a été mis en place. "Notre priorité reste la sûreté sur l’ensemble de nos sites et la contribution à la fourniture en électricité du pays, explique un porte-parole interrogé par L’Usine Nouvelle. Ainsi, seules les activités assurant la sûreté des installations et les activités critiques pour l’approvisionnement en électricité de nos concitoyens seront maintenues." Il s’agit, notamment, des activités d’enrichissement de l’uranium pour fabriquer le combustible et assurer son transport.

L’énergie déploie ses plans de continuité

RTE, qui gère les lignes électriques à haute et moyenne tension en France, a déclenché le 15 mars son plan de continuité d’activité, centré sur les opérations de maintenance et d’équilibrage production-consommation en temps réel.

EDF avait déclenché son PCA, au 16 mars, uniquement sur la centrale de Flamanville (Manche), en arrêt pour maintenance. Celui-ci prévoit que chaque site puisse fonctionner avec 40 % de salariés en moins.

Les filières eau et déchets renforcent la protection de leurs salariés

La France compte plus de 20 000 stations d’épuration, autant de lieux qui pourraient être contaminés par le Covid-19. Dans l’attente de précisions sur la résistance du virus dans ces eaux usées, les mesures de protection des salariés ont été renforcées. Avec, là comme ailleurs, des inquiétudes sur la disponibilité des équipements de protection, notamment des masques.

En revanche, pas d’inquiétude à avoir pour l’eau potable. "Ce virus ne résiste pas plus que les autres aux procédés de désinfection en place dans nos usines de potabilisation (chlore, UV, ozone). Les scientifiques le confirment. Aucune contamination de l’eau potable n’a été observée et aucun cas de transmission du virus par l’eau potable n’a été détecté", précise un porte-parole du groupe Suez.

Suez a mis en place des plans de continuité dans tous les pays concernés par la pandémie, pour ses activités de traitement et de distribution de l’eau potable, d’assainissement des eaux usées, de collecte et de traitement des déchets. Le groupe "capitalise sur des événements précédents, à l’exemple de l’épidémie du virus H1N1". Des mesures ont été prises pour garantir les stocks et l’approvisionnement en matériels et produits de traitement. Suez peut assurer les missions opérationnelles essentielles "même si nos effectifs sont inférieurs à 40 %", affirme son porte-parole, quitte à repousser ses activités non critiques. Pour limiter les risques, les salariés "appliquent les précautions d’usage (gants) dans la manipulation des déchets et à proximité d’aérosols et poussières (masques, lunettes)". Dans les eaux usées, les mesures de protection des salariés (port de masques, de lunettes et de gants) ont été renforcées.

Chez Veolia, comme chez nombre de groupes dont l’activité est sensible, les compétences clés ont été identifiées et des rotations sont organisées pour que les équipes ne se croisent plus. Dans les opérations de traitement des déchets, "les postes sont déjà relativement isolés", affirme Anne Leguennec, directrice générale recyclage et valorisation des déchets chez Veolia. "Les équipements de protection des opérateurs, déjà importants, ont été renforcés" et "le groupe a beaucoup travaillé sur la distanciation physique et l'autonomisation des salariés". Ce qui passe par un évitement des vestiaires collectifs, des rotations des équipes sans qu'elles se croisent et la réduction des comptes-rendus physiques.

Les opérations de collecte des déchets par Veolia sont elles aussi modifiées. Le groupe s'attend à ce que le confinement provoque une réduction des volumes de déchets des entreprises, notamment dans les établissements recevant du public désormais fermés comme les restaurants et commerces. Et, au contraire, à compter d'aujourd'hui, "une hausse significative des déchets ménagers", explique Anne Leguennec. Veolia constate également une hausse significative des déchets hospitaliers depuis le début de la crise, mais "ce ne sont pas des volumes colossaux", leur traitement ne pose donc pas de problème. Ils seront, en revanche, un peu moins bien triés que précédemment, et plus facilement détruits car potentiellement contaminés par le coronavirus.

Flexible, Veolia adaptera ses tournées aux besoins et "peut aussi modifier les équipages des camions-bennes, en passant de deux à un seul ripeur à l'arrière", pour éviter une longue promiscuité.

Paprec ne relève, au 18 mars, "pas d'absentéisme. Au contraire, l'idée que nos missions sont essentielles est très présente et les équipes s'organisent pour travailler en toute sécurité et assurer la continuité de la collecte et du traitement", précise une porte-parole.

Localement, certaines opérations de collecte de déchets non sensibles seront néanmoins arrêtées ou effectuées moins régulièrement, faute de personnel. La Ville de Paris, par exemple, annonce avoir suspendu à compter du 16 mars la collecte des déchets alimentaires, ainsi que la collecte des encombrants. Les déchetteries et points de tri y sont fermés jusqu’à nouvel ordre.

Certains camions-bennes d'ordures ménagères se sont plaints, lors de contrôles de police, de voir considérer leur mission comme non-essentielle. La Fédération des entreprises du recyclage (Federec) a donc contacté les autorités et s'est vu confirmer que la collecte des déchets ne devait pas être stoppée.

L’alimentation ne craint pas la pénurie

Les scènes de panique dans les supermarchés ces derniers jours le démontrent, l’alimentaire est également concerné. Le marché de Rungis, qui fêtait ses 50 ans en 2019, est un OIV. Ses 12 000 salariés nourrissent 75 % de la population de l’Île-de-France. Là aussi, des mesures drastiques ont été prises, comme la désinfection régulière des étals, sols et murs et l’interdiction d’accès à quiconque n’y travaille pas.

La grande distribution, elle aussi, se prépare à répondre à la demande dans des conditions difficiles. Le secteur est formel, il n’y a pas de risque de pénurie alimentaire.

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