Le cloud est devenu une ressource aussi essentielle aux entreprises que l’électricité. C’est vrai dans les services de logiciels à la demande comme la communication, la gestion de la relation client ou le partage de fichiers. C’est vrai aussi dans les services d’infrastructure à la demande utilisés pour l’hébergement de sites Web, de lacs de données ou d’applications d’Internet des objets.
Activation des plans de pandémie
Or face à la crise du Covid-19, tous les opérateurs cloud et leurs fournisseurs se sont mis cette semaine en régime massif de télétravail. Aucun n’est à l’abri de voir certains de leurs salariés infectés par le nouveau coronavirus. Dans ces conditions, la continuité de leurs services est-elle garantie ?
" La question se pose, répond à L’Usine Nouvelle Gérôme Billois, consultant chez Wavestone, un cabinet parisien de conseil dans les technologies d’information. Pour continuer à fonctionner, le cloud a besoin d’électricité, de matériels informatiques et du personnel. Il faut l’englober dans une chaîne plus vaste qui comprend les réseaux d’accès distant des entreprises, les réseaux télécoms et internet, et les opérateurs de datacenteurs qui hébergent des fournisseurs de cloud. Tous ces acteurs disposent de plans de pandémie établis lors de la grippe aviaire pour éviter une discontinuité de leurs services. Ils sont activés pour faire face à la crise actuelle de Covid-19. J’ai le sentiment qu’il n’y a pas d’inquiétude à avoir sur la continuité des services cloud. "
Les opérations sur site réduites au maximum
Le français OHV, champion européen du cloud d’infrastructure, se montre aussi serein. Après un test la semaine dernière, ses 1 800 salariés en France sont passés au télétravail à l’exception des 150 personnes de son usine de serveurs à Croix, dans le département du Nord, et la centaine de techniciens dédiés aux opérations de construction, extension et maintenance de ses datacenters. "Nos techniciens effectuent déjà toutes les opérations de configuration, mise à jour, diagnostic et monitoring à distance, explique un porte-parole de l’entreprise à L’Usine Nouvelle. Seules les opérations relatives au matériel comme l’ajout ou le remplacement de serveurs nécessitent une intervention sur site. "
Outscale, la filiale cloud d’infrastructure de Dassault Systèmes, va plus loin en basculant la totalité de ses 145 salariés dans le télétravail. "Nous avons fait le choix vertueux de ne pas construire nos datacenters, souligne à L’Usine Nouvelle David Chassan, directeur de la stratégie. Nous faisons confiance aux hébergeurs Equinix, Telehouse et Digital Reality. Ils font pour nous presque toutes les opérations physiques. Nos techniciens n’interviennent sur site que pour les opérations nécessitant notre expertise. " Pour éviter la propagation du coronavirus, les opérateurs de datacenters interdisent aux techniciens de leurs clients l’accès aux sites. Ils proposent de s’occuper gratuitement eux-mêmes des interventions.
Le cloud, plus résilient par construction
" Le cloud est, par construction, plus résilient que l’informatique classique, affirme Gérôme Billois. Il fonctionne tout seul jusqu’à l’apparition d’un bogue ou d’une panne qui nécessite l’intervention de techniciens sur site. L’impact sur l’entreprise utilisatrice dépend des applications migrées sur le cloud. En général, les applications vitales sont encore en interne. Le seul goulot d’étranglement risque d’être le réseau d’accès distant. Les entreprises devront le redimensionner pour faire face à l’augmentation du trafic. "
Contrairement aux opérateurs télécoms, les fournisseurs de cloud ne sont pas considérés comme des opérateurs d’importance vitale au sens de la loi française. Mais ils sont soumis à la directive européenne de sécurité NIS.



