Décryptage

Corrosion sous contrainte : de nouvelles traces sur le réacteur nucléaire Civaux 2 d’EDF, la chimie de l’eau en question

De nouvelles traces de corrosion sous contrainte ont été détectées sur le réacteur nucléaire Civaux 2 d’EDF. Leur expertise est en cours. L’ASNR, le gendarme du nucléaire, mène des études sur une nouvelle cause liée à la chimie de l’eau.

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Le logo d'EDF devant les tours de refroidissement à l'entrée du site de la centrale nucléaire de Civaux
En 2021, les premières traces de corrosion sous contrainte avaient déjà été détectées sur la centrale nucléaire EDF de Civaux.

EDF n’est pas sorti d’affaire avec le problème de corrosion sous contrainte (CSC). Détecté en 2021, ce problème générique de fissures sur les tuyauteries auxiliaires du circuit primaire de certains réacteurs nucléaires avait immobilisé plus de la moitié du parc français en 2022 et 2023, faisant chuter la production nucléaire à 279TWh, son plus bas historique, en pleine crise énergétique liée au gaz russe. Malgré le programme de réparations d’EDF, deux nouvelles indications de corrosion sous contrainte ont été détectées lors d’un arrêt de maintenance programmé sur le réacteur de 1450MW Civaux 2, a révélé La Tribune le 10 juin. «Une expertise est en cours sur des tuyauteries conformément au programme de contrôles 2025 définis dans la stratégie de traitement de la corrosion sous contrainte», explique EDF. Mais «nous ne disposons pas à ce stade des résultats».

Selon l’Autorité de sûreté du nucléaire et de radioprotection (ASNR), dans ce cas, la corrosion sous contrainte, phénomène bien connu dans la métallurgie, n’est pas liée au vieillissement du parc. Ce sont en effet les réacteurs les plus récents, à savoir ceux des paliers P4 (1300 MWe) et N4 (1450 MWe) qui sont les plus impactés, laissant penser que c’est la géométrie des lignes qui serait en cause. Les modèles les plus puissants ont en effet été modifiés par les ingénieurs français sur la base du design des réacteurs de 900MW signés Westinghouse, les premiers construits. Ceux-là ne sont (pour le moment) quasiment pas impactés par la CSC.

Trop d'oxygène dans l'eau

Mais en 2024, l’ASN a repéré un autre suspect. «On savait que la CSC a une origine multifactorielle, a rappelé Pierre-Marie Abadie, le nouveau président de l’ASNR, lors des vœux à la presse en janvier 2025. Mais nous avons aussi observé que la présence d’oxygène dans le circuit primaire pourrait jouer un rôle dans la CSC». Contrairement à ce qui se pratique dans d’autres pays exploitants des réacteurs à eau pressurisée (REP) comme ceux d’EDF, en France l’eau utilisée comme fluide caloporteur «n’est pas désaérée, ni désoxygénée», explique l’ASNR qui mène des études pour confirmer le rôle de la chimie de l’eau sur le phénomène de corrosion sous contrainte.

Si cela était avéré, cela pourrait remettre en cause la parade au phénomène de CSC mise en place par EDF. À la suite de la découverte du problème de CSC en 2021, EDF a lancé un programme, validé par l’ASN, qui a permis de contrôler plus de 1200 soudures des systèmes RIS (circuit d’injection de sécurité) et RRA (circuit de refroidissement des réacteurs à l’arrêt). En 2024, EDF avait achevé les remplacements qui étaient programmés à titre préventif pour les tuyauteries les plus sensibles et cinq autres réparations de soudures ont été effectuées par ailleurs, à la suite de la découverte de nouveaux défauts. «À ce stade, les contrôles réalisés depuis fin 2021 ont mis en évidence la présence de 80 fissures de plus de 2 mm de profondeur sur ces tuyauteries, ce qui confirme le caractère sérieux de ce phénomène, dont on pensait jusqu’alors qu’il n’était pas susceptible d’affecter ces lignes», note l’ASN dans son rapport annuel 2024.

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ITER aussi concerné

Les soudures réparées sont aussi plus sensibles à la corrosion sous contrainte. D’ici la fin du premier trimestre 2025, l’ensemble des soudures des tuyauteries RIS et RRA réparées lors de leur fabrication aura été contrôlé et, d’ici la fin de 2026, EDF aura contrôlé environ 55% des soudures des lignes RIS et RRA susceptibles d’être concernées par ce phénomène. Jusqu’alors, les réacteurs du palier 900MW étaient très peu concernés par le problème. Mais si l’eau oxygénée joue un rôle, cela pourrait changer la donne. Et dans la perspective d’une prolongation à 60 ans, l’ASN demande à EDF «d’améliorer ses démarches de vérification dans les zones où aucun mode de dégradation n’est redouté» lors des cinquièmes visites décennales (VD5) dont la première aura lieu en 2029. L’ASN rappelle d’ailleurs dans son rapport annuel 2024 que «c’est lors de l’épreuve réalisée en 1991 de la cuve d’un des réacteurs de la centrale nucléaire du Bugey qu’a été détectée une fuite au niveau d’un adaptateur du couvercle due à un phénomène de corrosion sous contrainte. Cette fuite avait conduit EDF à remplacer tous les couvercles de ses réacteurs de 900 et 1300 MWe entre 1994 et 2009.»

Le phénomène de corrosion sous contrainte touche également le réacteur expérimental de fusion nucléaire ITER, rappelle l’ASN. En 2024, Iter Organization a dû engager des réparations sur des circuits de refroidissement des écrans thermiques, faisant l’objet d’une problématique de fissuration par corrosion sous contrainte.

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