Les six dossiers chauds de l’Autorité de sûreté du nucléaire en 2025

Saturation des piscines, effluents de la médecine nucléaire, petits réacteurs, cuves de déchets du CEA, grand carénage, vibrations de l’EPR… Si en 2024, le parc nucléaire d’EDF n’a pas connu d’aléas majeurs de sûreté, d’autres sujets préoccupent les experts de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, qui remettait son rapport annuel à l'Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), le 22 mai.

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Centrale de la Hague
La construction par Orano à la Hague d'une nouvelle piscine centralisée pour les combustibles usés d'EDF d'ici à 2040 reste prioritaire pour l'ANSR même si une parade a été trouvée pour éviter la saturation des installations existantes.

Saturation des piscines de la Hague, effluents de la médecine nucléaire, standardisation des EPR2, arrivée des petits réacteurs, démantèlement des installations du CEA, vibration au cœur du réacteur de Flamanville 3, instruction de Cigeo… La pile de dossiers chauds s’épaissit sur le bureau de Pierre-Marie Abadie, le nouveau directeur de l’Autorité de sureté Nucléaire et de radioprotection (ANSR). Cette dernière est née le 1er janvier de la fusion de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (ISRN). La présentation du rapport de l’ASN sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2024, le 22 mai, à l’Office parlementaire des choix scientifiques et techniques (Opecst), a été l’occasion d’entrer dans le détail de ces nouveaux défis de sûreté nucléaire, alors que le parc d’EDF n’a pas connu d’aléas majeurs.

«Le message principal est un constat d'un niveau satisfaisant de la sûreté en France en 2024», s’est félicité Pierre-Marie Abadie.  Mais deux éléments importants ont, selon lui, marqué l’année passée : Le premier est «la bien meilleure maîtrise des chantiers industriels» par EDF des visites décennales à 40 ans des réacteurs de 900 MW, grâce à «la standardisation et l'industrialisation du processus», avec un phasage des travaux.  Le second est «le redressement des performances de l'usine Melox d’Orano», qui était un enjeu «tant pour l'aval que pour l'amont du [cycle] du combustible». Son mauvais fonctionnement avait entrainé une accumulation de déchets, que le site ne pouvait gérer, créant un déséquilibre dans le système de recyclage des combustibles usés à l’usine Orano de La Hague (Manche). Cela a amplifié le risque de saturation des piscines d’entreposages du combustible usé du site.

Saturation des piscines de la Hague

Ce dossier de la saturation des piscines, qui préoccupe le plus et depuis un moment l’ASN, est loin d’être clos. La décision de ne plus fermer de 12 à 14 réacteurs nucléaires a été repoussée à 2040, au lieu de 2030. L’urgence pour EDF est de mettre en service une nouvelle piscine centralisée pour entreposer ses combustibles usés. Actuellement, ses piscines n’ont que 9 mois de marge pour accueillir des combustibles usés sans en ressortir en cas d’aléas majeurs dans les usines du cycle. Une parade, la densification des paniers accueillant les combustibles usés dans les piscines a été validée et autorisé par l’ASN et les paniers sont en cours de fabrication. Mais l’ASNR, veut garder «le feu vert» sur leur utilisation, pour que cette parade ne devienne pas un moyen de gagner du temps sur la construction de la nouvelle piscine centralisée, qui sera finalement installée par Orano et EDF sur le site de la Hague. «Même à un horizon 2040, le calendrier reste tendu», rappelle Pierre-Marie Abadie.

Cycle du combustible des petits réacteurs

L’engouement pour les petits réacteurs modulaires est un autre des dossiers chauds de l’ASNR. Pas tant pour le processus d’instruction ou pré-instruction du design des réacteurs, deux dossiers ont déjà été déposés, ceux de Calogena et Jimmy Energy, et deux entreprises, Newcleo et Naarea, s’apprêtent à le faire. Mais parce que si ces réacteurs sont «très prometteurs en matière de sûreté», ils ont «vocation à être implantés sur les sites non nucléaires de leurs clients, qui peuvent se trouver dans des zones à risque industriel ou des zones à risque naturel important ou à proximité immédiate de zones densément habitées», observe la commissaire de l’ASNR Stéphanie Guénot-Bresson.  De plus, «de nombreuses questions attendent encore de trouver une réponse, notamment en matière d'approvisionnement des combustibles neufs, de transport, de gestion des déchets et de prise en charge des combustibles usés.» A cet égard, «les calendriers affichés, par certains porteurs de projets sont parfois peu réalistes», prévient la commissaire de l’ASNR.

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Management des grands projets industriels

Le troisième enjeu pour l’ASNR, est le contrôle du bon déroulement des projets nucléaires industriels. Que ce soit celui de la construction des EPR2, les travaux de prolongation des centrales à 50 ans lors des visites décennales, de rénovation ou de démantèlement. «Encore une fois, en 2024, nous avons pu constater que certains exploitants rencontrent des difficultés dans la conduite de projets» et «la persistance d’écarts de qualité et un retard dans le déploiement systématique des bonnes pratiques au sein de leurs organisations», a rappelé Pierre-Marie Abadie, pointant des problèmes de management de projet, de performance industrielle, de maitrise de la culture de qualité et de sûreté sur l’ensemble de la chaine de sous-traitance. «Il faut savoir ne pas franchir un jalon quand la maturité des designs ou des spécifications techniques n'est pas établie. C'est rarement du temps perdu».

Mise en service de l’EPR de Flamanville

Concernant la mise en service de l’EPR de Flamanville, si le planning d’EDF d’arrivée à pleine puissance durant l’été, l’autorité sera très attentive aux travaux qui doivent être menés lors de son premier arrêt mais aussi lors de ceux de la première visite décennale. EDF doit en effet installer au fond de la cuve «un composant supplémentaire à éviter des vibrations, propres aux EPR, qui sont «dues à un demi-tour de l’eau du circuit primaire à son arrivée au fond de la cuve, qui génère un certain nombre de turbulences et peut générer un écoulement instable qui provoquant des oscillations de position des assemblages de combustibles», a expliqué le commissaire de l’ANSR Olivier Dubois, aux parlementaires de l’OPECST.  Ce qui peut entrainer l’arrêt du réacteur. Pour les éviter «des premières modifications implantées dans le contrôle-commande de l'EPR de Flamanville avant même son démarrage. Mais c'était le traitement de court terme et il ne résout pas l'origine du problème». Les EPR2 ne devraient pas connaitre ce problème, car le composant «similaire à ceux des réacteurs Convoy de conception allemande, sera implanté sur les réacteurs EPR2 dès le démarrage», précise Olivier Dubois.

Démantèlement des installations du CEA

Le démantèlement des vieilles installations nucléaires du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies nouvelles (CEA) est aussi revenu en force dans l’actualité de l’ANS, avec notamment «l'identification de dommages de génie civil sur la station de traitement des déchets solides du site de Cadarache, et qui du coup a dû interrompre ou réduire une grosse partie de ses activités», explique Pierre Bois, directeur général adjoint de l’ASNR. Un gros problème car «une grande partie des démantèlements du CEA repose sur cette installation». L’ancienne installation de traitement des effluents liquides du CEA à Saclay se dégrade fortement elle aussi. «Or nous avons une difficulté à caractériser l'état de ces équipements, à y accéder et à définir les moyens qui devront être mis en œuvre pour assurer in fine la reprise des contenus de ces équipements et le démantèlement des équipements eux-mêmes», constate Pierre Bois.

Effluents de la médecine nucléaire

Enfin, un nouveau sujet de sûreté lié à la médecine nucléaire a émergé, celui des effluents, autrement dit les urines des patients. «La médecine nucléaire consiste à faire ingérer ou à injecter à des patients de la radioactivité pour des besoins de diagnostic, donc d'imagerie, ou des besoins thérapeutiques. Cette radioactivité, on va la récupérer dans des cuves qu'on appelle des cuves de décroissance», explique la commissaire de l’ASNR Géraldine Pina. Or les capacités en cuve sont actuellement insuffisantes pour accompagner le fort développement annoncé de cette médecine. De plus, son développement pourrait avoir un impact sur l’environnement et les salariés des unités de traitement des eaux usées, même si aujourd’hui les taux de radioactivité constatés sont très inférieurs aux doses maximales autorisées. L’ANSR souhaite mettre le sujet en haut de l’agenda de débats du  6e PNGMDR (le plan national de gestion des matières et déchets radioactifs) prévu en 2026.

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