«Annoncé en novembre 2022, notre projet a été mené dans les temps, dans le budget et en sécurité». Devant un auditoire plein, où l'on entend des langues diverses, Jean-Marc Germain, PDG de l’ex-Pechiney Constellium se félicite. Mardi 17 septembre, le champion mondial des produits semi-finis en aluminium – issu de l'ancien fleuron Pechiney et dont le siège reste à Paris – a inauguré le centre de recyclage avancé de l’usine d’aluminium de Neuf-Brisach (Bas-Rhin).
Cette installation à part entière permet d’augmenter de 75% les capacités de recyclage de ce site de production créé en 1967. Ainsi, l'entreprise peut traiter 130000 tonnes supplémentaires de cannettes en aluminium usagées et de chutes de production de l’industrie automobile par an pour en refaire des produits neuf de qualité égale. Les bobines produites par l'usine de laminage du même site (dont la capacité reste stable, à 450000 tonnes) passeront à un contenu moyen de 75% d'aluminium recyclé (contre 40% auparavant).
L’équivalent de 20 milliards de cannettes par an
Aux-côtés de sa légèreté, la capacité de l'aluminium à être réutilisé à l’infini (au moins en théorie) en fait un matériau stratégique, reconnu comme tel par la Commission européenne, rappelle Jean-Marc Germain. Le projet a d’ailleurs pu bénéficier d’une procédure d’autorisation accélérée et simplifiée, ainsi que de 10 millions d’euros de subventions du plan France Relance sur un montant total de 130 millions d'euros. L’investissement permet aussi la création d’une centaine d’emplois sur le site, qui en compte 1600. Au total, l’usine située au bord du Rhin peut recycler 290000 tonnes d’aluminium par an, soit l’équivalent de 20 milliards de cannettes !
Dans l’usine flambant neuve, deux fours de fusion rappellent les complexités du recyclage en boucle fermée. En raison des alliages spécifiques requis par chaque application, «il faut refaire une cannette avec une cannette. On ne peut pas mélanger», souligne le directeur de l’usine, Willem Loué. Chaque outil est donc spécialisé. Le premier four fonctionne en continu avec un mélange de gaz et d’oxygène pur, ce qui diminue de 30% la consommation de combustible fossile. Il est dédié à l’emballage. Les canettes sont préalablement délestées de toute peinture et vernis via un passage d’une quinzaine de minutes dans un tube rotatif dont la température, autour de 400°C, brûle les matériaux organiques et ne laisse que le métal nu. Elles sont ensuite plongées dans le four : un bain d’une vingtaine de tonne de métal en fusion.
Le second four, bien plus imposant, fonctionne lui aussi avec du gaz. Il est équipé de brûleurs régénératifs et fonctionne par lot, pour faire fondre 110 tonnes d’aluminium à chaque coup. Non loin, une gigantesque chargeuse permet d’enfourner très rapidement de grandes quantités d’aluminium de toutes formes dans le four.
Une fois fondu, l’aluminium est envoyé dans des fours de maintien au chaud. Il est ensuite filtré puis coulé dans des moules verticaux à fond-mouvant pour former d’épaisses plaques de 13 tonnes. Ces dernières seront laminées dans l’usine existante de Neuf-Brisach pour former les bobines dont ont besoin les carrossiers automobiles et les producteurs d’emballages.
Augmenter le taux de matière première recyclée
«Le projet permet d’augmenter le taux d’aluminium recyclé dans nos produits», souligne Willem Loué. Il chiffre que grâce à ces nouvelles capacités, 60% des 450000 tonnes de bobines en aluminium produites à Neuf-Brisach chaque année seront issues de rebuts et déchets extérieurs. Pour le reste, 30 à 35% proviendront des chutes produites au sein de l’usine et seuls 5 à 10% seront formées d’aluminium primaire jamais recyclé. Ce dernier est encore nécessaire pour ajuster les alliages d’aluminium dans les fours ou en appoint pour l’usine de laminage.
Pour Constellium, doper le recyclage permet de proposer des produits à l’empreinte carbone très faible. Une tonne d’aluminium recyclé à Neuf-Brisach nécessite 0,5 tonnes de CO2, là où la production d’aluminium primaire, ultra-gourmande en électricité, oscille entre 20 et 5 tonnes de CO2 par tonne selon les procédés et l'origine de l’énergie utilisée. En comptant ces émissions incorporées, l’industriel estime que l’empreinte carbone du site de Neuf-Brisach diminuera de 400000 tonnes de CO2 malgré sa consommation en gaz accrue. Grâce à un système de réutilisation en boucle fermée de l'eau de refroidissement, la consommation d'eau du site n'augmentera que de 1%.
Des cannettes françaises encore trop mal triées
«La demande d’aluminium pour les canettes ou l’automobile est en croissance. D’un côté pour des questions d’allègement, pour économiser l’énergie ou faire des véhicules électriques qui vont plus loin. De l’autre car le monde a la volonté de réduire la pollution, visible et invisible, du plastique, qui est moins recyclable et recyclé là où le recyclage d’aluminium fait sens économiquement», liste Jean-Marc Germain auprès L’Usine Nouvelle. Pour pouvoir recycler davantage, le nouveau centre de Constellium dispose de ses propres installations de tri, ce qui est une nouveauté. Elles viennent broyer les canettes puis retirer les morceaux de plastique et de fer ainsi que les nombreux mégots de cigarettes que l’on trouve parmi les copeaux métalliques, souligne le PDG de Constellium.
«Nous pouvons recycler des ballots de canettes de qualité inférieure, avec plus de contaminants, que l’on trouve en partie en France», assure l’industriel, en rappelant que la France se distingue par ses mauvaises performances de recyclage du métal léger. Pas de miracle pourtant. Même avec ces nouvelles machines, l’usine de Neuf-Brisach (qui achète les canettes usagées en ballots de 500 kilos issus de Pologne, d’Allemagne ou de Scandinavie) aura bien du mal à s’attaquer véritablement aux déchets des Français, pointe Willem Loué. «Le tri sélectif que nous avons en France est insuffisant, on retrouve de nombreuses impuretés, y compris souvent des emballages en aluminium ou des jantes de voitures, qui ne permettent pas de refaire des canettes», regrette l'ingénieur, qui a passé 30 ans dans le secteur. Un écho à une demande ancienne de Constellium, qui plaide pour la mise en place d'une consigne sur les boites boissons afin d'augmenter à la fois leur collecte et la qualité du tri. Une proposition mise en avant une nouvelle fois par Jean-Marc Germain, mais dont la mise en place priverait les centres de tri de revenus précieux.



