Comment Railcoop prépare la renaissance du Bordeaux-Lyon

Avec six mois de retard, le premier train de voyageurs de la coopérative ferroviaire Railcoop devrait circuler à partir du 11 décembre 2022 entre Lyon et Bordeaux. Un premier train de fret circule, mais le plan de charge peine à se remplir.

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Nicolas Debaisieux Railcoop
Nicolas Debaisieux, directeur général de Railcoop, confirme la mise en service de la ligne Bordeaux-Lyon pour décembre 2022.

Après quelques déboires avec SNCF Réseau pour lui attribuer les sillons, tous est rentré dans l’ordre avec six mois de décalage. La SCIC (société coopérative d'intérêt collectif) Railcoop, créée en novembre 2019, compte bien mettre en service sa première ligne pour voyageurs dans un an entre Bordeaux et Lyon. « Début octobre, nous n’avions toujours pas de garanties de circulation et nous avons décidé de reporter la mise en service. Mais les discussions avec SNCF Réseau se sont considérablement améliorées », se réjouit Nicolas Debaisieux, le directeur général, devant les membres de l'Association des journalistes des transports et de la mobilité (AJTM), alors que les deux parties s’étaient renvoyées la balle sur les retards dans l’attribution des sillons (créneaux horaires pour circuler).

Railcoop, qui compte déjà 10600 sociétaires et un capital social de 4,1 millions d’euros, fait renaître une ligne abandonnée par la SNCF en 2014 pour desservir les deux capitales régionales mais aussi Libourne, Périgueux, Limoges, Guéret, Montluçon et Roanne.  La région Rhône-Alpes a cédé huit trains pour un montant tenu secret. Il s’agit d’ancien TER, des autorails thermiques X 72500 produits par Alstom à la fin des années 90 et au début des années 2000.

Le retrofit des huit rames aura lieu début 2022

Des trains qui ont rencontré dans certaines régions un certain nombre de problèmes techniques et de fiabilité. Après leur radiation, une quinzaine de rames ont été revendues à la Roumanie. «Nous travaillons avec Alstom qui a une connaissance précise de ce matériel. Nous avons mené une expertise technique et ils seront complètement réhabilités, assure Nicolas Debaisieux. Nous sommes en phase de signature et nous déclencherons en début d’année la procédure avec les industriels pour la rénovation du matériel. Les rames devraient rentrer en ateliers en février ou mars.» Une enveloppe de 10 millions d’euros est prévue pour le retrofit de ces trains.

Car l’aménagement intérieur sera également largement revu. « Nous prévoyons des espaces pour le transport de 13 vélos, pour les enfants, pour les voyageurs qui travaillent dans le train, pour la restauration (fontaine à eau et micro-ondes), détaille Alexandra Debaisieux, directrice générale déléguée de Railcoop. Un concours est organisé sur le design du train.»

Ce train roule au diesel et si les dirigeants sont conscients que ce n’est pas la solution la plus écologique pour transporter des voyageurs, ils rappellent que même avec du diesel, un train émet beaucoup moins de CO2 par voyageur que les avions ou les voitures. Toutefois, ils envisagent de travailler sur les biocarburants.

Alors qu’il y a quelques mois, Nicolas Debaisieux annonçait des nouvelles lignes pour 2023, il est aujourd’hui plus prudent et préfère parler de 2024 pour Thionville-Saint-Etienne-Grenoble et Toulouse-Saint-Brieux-Caen.

Démarrage poussif de la première ligne de fret

Pour la ligne Bordeaux-Toulouse, Railcoop devra recruter une centaine de personnes. Ce ne sera pas une sinécure quand on voit les difficultés que la coopérative ferroviaire rencontre pour attirer des conducteurs de train sur la ligne de fret entre Viviez-Decazeville (Aveyron) et Toulouse Saint-Jory (Haute-Garonne). Mise en service, mi-novembre, elle rencontre quelques difficultés. « Nous sommes en phase de montée en puissance avec pour objectif à terme d’avoir une navette quotidienne, mais nous rencontrons des difficultés de recrutement, reconnait Nicoals Debaisieux. Nous en sommes aujourd’hui à deux navettes par semaine. Le marché est très tendu pour embaucher. Nous manquons de conducteurs, mais nous avons aussi un taux de remplissage très faible. En décembre nous n’avons transporté que quelques palettes, mais je n’ai pas beaucoup d’inquiétude. Nous serons à pleine charge en mars. » Une réussite sur cette première ligne est indispensable pour déployer dans le futur d’autres lignes de fret alors que le gouvernement français et l’Europe ont fait du transport ferroviaire de marchandises une priorité de la décennie.

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