Une première rame flambant neuf est sortie du Technicentre de Bischheim (Bas-Rhin), vendredi 26 mai. Ce TER a pourtant été fabriqué il y a une quinzaine d’années. L’occasion pour les équipes du centre industriel de se réunir en présence du PDG de SNCF Voyageurs. « Nous sommes d’abord une entreprise industrielle pour faire du service, rappelait Christophe Fanichet à quelques journalistes dans le train Paris-Est-Strasbourg. Quand on achète un matériel roulant, on s’appuie sur l’ensemble des compétences car on s’engage pour 40 ans. »
Cette rame du Grand Est est la deuxième du programme industriel OPTER de rénovation complète des trains régionaux à sortir des 10 Technicentres industriels du groupe. Ces derniers réalisent les opérations lourdes et notamment la rénovation entière des trains à mi-vie. Ils sont gérés par la direction du matériel, une entité qui réalise 1,53 milliard d’euros de chiffre d‘affaires, emploie 8 400 agents et maintient 17 000 trains par an. Elle a engagé le programme « usine du futur » avec un investissement de 500 millions d’euros pour répondre à la montée en puissance des Technicentres.
Les rails disparaissent des ateliers de Bischheim
A Bischheim, la rénovation de l’usine coûtera environ 50 millions d’euros. Le programme lancé en 2020 doit s’achever à l’automne 2024. Des bâtiments obsolètes ont été détruits, l’atelier central (plus de 10 000 m2) a été agrandi, la concentration des activités et l’optimisation des flux industriels permet de réduire le trajet d’une rame en opération de 15 à 3 km... Résultat : les temps de traversée des rames sont abaissés de 30% et les coûts de production de 25%.
Sur ce site érigé en 1879, sous l’occupation prussienne, où des traces de ce lieu historique sont encore présentes avec des bâtiments construits en grès des Vosges, l’organisation de la production a donc été repensée pour apporter plus de flexibilité. Finis les rails avec l’obligation de sortir les trains jusqu’à un aiguillage pour revenir dans un autre atelier. Place aux « movers », ces AGV capables de transporter une voiture de plus de 30 tonnes.
Olivier Cognasse Les "movers" apportent plus de flexibilité dans la production que les déplacements sur rail.
Douze régions françaises (plus les Chemins de fer luxembourgeois) ont choisi de faire confiance à la SNCF pour réaliser ces opérations malgré l’ouverture du marché à la concurrence. Les opérateurs qui ont glané quelques lignes régionales se concentrent aujourd’hui sur la maintenance légère avec les constructeurs. Au total, la SNCF a signé 2,1 milliards d’euros de contrats qui représentent neuf millions d’heures de travail, sans compter les options qui peuvent être levées. Car ce sont au final 931 rames de TER (699 AGC et 232 TER 2N NG acquis entre 2004 et 2011) représentant 40 % du parc qui doivent être rénovées au cours des dix prochaines années dans le cadre du programme OPTER. La facture finale pourrait atteindre 3 milliards d’euros.
« Le grand carénage » des TER
« C’est le grand carénage, précise Christophe Fanichet. C’est la mise à nu de la rame. » Cette opération mi-vie s’apparente à de la maintenance lourde, car la rame est quasiment rénovée intégralement. La caisse est vérifiée et traitée contre la corrosion, tout comme les étanchéités, la chaîne de traction et les aménagements intérieurs. Pour le voyageur, il s’agit d’une rame neuve. Les espaces intérieurs ont été repensés et réaménagés (sièges neufs, espaces pour PMR, prises électriques, pelliculage aux couleurs de la région, meilleure accessibilité…) selon le cahier des charges des autorités organisatrices des transports, les régions. C’est aussi l’occasion d’améliorer les performances environnementales des rames (climatisation, éclairages LED, filtres à particules pour les moteurs diesel), l’accessibilité et d’intégrer des nouvelles technologies liées au train connecté (Wifi, système d’information voyageur en temps réel, système de comptage automatique des voyageurs dans le train, vidéo protection,…). Une opération qui coûte 3 millions d‘euros par rame, trois fois moins que pour des rames neuves.
Le programme OPTER a déjà permis de recruter 250 CDI en 2022 pour les Technicentres, et autant d’embauches sont prévues cette année. « Nous avons vécu des années difficiles entre 2015 et 2020, rappelle Xavier Ouin, directeur industriel de SNCF Voyageurs. Mais aujourd’hui les 10 Technicentres industriels tournent à plein régime. On a beaucoup investi depuis 2015, notamment pour les rendre plus polyvalents. » Les Technicentres ont un carnet de commandes rempli pour une dizaine d’années, voire plus si les options sont levées.
Longtemps spécialisés, ces derniers deviennent polyvalents et capables de travailler sur différents types de rames. Bischheim se concentrait initialement sur les trains à vapeur, et plus récemment ne s’occupait que des TGV. Aujourd’hui, le Technicentre continue à rénover des rames pour la très grande vitesse mais doit sortir 166 rames de TER rénovées. Il emploie aujourd’hui 769 agents et 63 alternants et a réalisé en 2022 un chiffre d’affaires de 140 millions d'euros. « L’an prochain, le chiffre d‘affaires de Bischheim atteindra 200 millions d’euros, assure Alain Praxmarer, directeur du site. Nous recrutons 160 personnes en ce moment. D’ici 2031, nous aurons rénové 60 % du parc de la région Grand Est. »



