Comment le syndicat IG Metall tente de fédérer les salariés de la Gigafactory Berlin de Tesla

Alors que la Gigafactory de Berlin devrait débuter la production de voitures d’ici la fin de l’année 2021, Tesla ne s’est pas encore exprimée sur la présence d’un comité d’entreprise ou sur le système de la cogestion, si cher au modèle allemand. Le puissant syndicat IG Metall tente donc de faire adhérer les futures recrues pour mettre la pression sur le constructeur.

 

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Tesla Gigafactory Berlin-Brandenburg AFP NE PAS REUTILISER
Une Tesla Model Y devant la gigafactory berlinoise.

Elon Musk ne s’en est jamais caché : il est loin d’être un grand fan des syndicats. Alors que sa première Gigafactory européenne devrait bientôt ouvrir en Allemagne, pays à la culture syndicale très forte, le dialogue social pourrait-il virer au bras de fer ? Du côté de la puissante organisation IG Metall, on s'y prépare depuis plusieurs mois. « Après l’annonce de l’implantation de Tesla à Grünheide, la direction de notre syndicat a envoyé une lettre de bienvenue à l’entreprise, stipulant que nous étions disposés à nous rencontrer et à échanger, se souvient Birgit Dietze, cheffe de la section IG Metall pour Berlin et le Brandebourg, Land dans lequel seront implantées les usines de voitures et de batteries, qui devraient employer jusqu'à 40 000 personnes. Jusqu’ici, nous n’avons pas reçu de réponse, mais cela doit tenir au fait que la production n’a pas encore commencé et que l'usine en est au stade des recrutements ».

Lutte de pouvoir

Pour mettre un pied dans la porte, le syndicat mise donc avant tout sur les futurs employés et a ouvert un site Internet qui leur est dédié. En allemand, en anglais et en polonais, l’objectif est de présenter tout l’intérêt de se syndiquer, pour bénéficier des meilleures conditions de travail, de l’application du tarif conventionnel de branche, des primes et prises de participation, d’une protection en cas de licenciement... Pour IG Metall, c’est également une question de lutte de pouvoir s’il veut parvenir à s’imposer chez le nouveau géant de l’automobile, comme il l’avait fait auparavant chez Volkswagen, Daimler ou BMW.

Pour l’heure, difficile de savoir combien de personnes se sont manifestées. «Nous recevons surtout des questions en lien avec les entretiens d’embauche ou encore des messages de la part de salariés qui sont déjà adhérents chez IG Metall et qui s’interrogent sur l’opportunité de changer d’employeur», poursuit Birgit Dietze. Une chose est sûre : le syndicat a intérêt à attirer le plus de salariés possibles pour espérer peser. En effet, dans le droit allemand, la constitution d’un comité d’entreprise reste à l’initiative des employés qui décident de s’organiser, avec l’aide de leurs représentants syndicaux. Via le système de la cogestion, les salariés sont alors impliqués dans les décisions stratégiques de l’entreprise à travers leurs syndicats.

Le précédent Grohmann 

«Nous avons dans notre région plusieurs entreprises américaines, comme Procter&Gamble ou General Electric, et celles-ci disposent naturellement d’un comité d’entreprise et du tarif de branche. Mais nous savons aussi d'expérience qu’elles appréhendent les relations avec les syndicats, car les approches américaines et allemandes sont différentes : nous avançons nos revendications de manière ferme mais sans agressivité», tempère Birgit Dietze. Pour autant, Tesla n’est pas un petit nouveau dans le pays. En 2016, le groupe californien a racheté le fabricant de machines Grohmann à Prüm (Rhénanie-Palatinat). Dès lors, IG Metall a tenté de négocier, sans succès, l’introduction du tarif de branche. Une proposition refusée par Tesla qui a préféré contourner le problème, en optant pour un accord en direct avec le personnel sur une augmentation générale des salaires et la garantie de l’emploi jusqu’en 2022. «Tesla résout les problèmes par l’argent, mais cela se fait au détriment des acquis sociaux des salariés», a regretté le président d’IG Metall Jörg Hofmann, dans une interview au journal économique Wirtschaft Woche en janvier dernier.

Alors qu’il vantait la « qualité de la main d’œuvre allemande » comme argument dans sa décision d’implanter sa Gigafactory outre-Rhin, Elon Musk acceptera-t-il de se plier à son modèle social et à ses contraintes ? Toujours est-il que la globalisation et la venue des géants américains de l’Internet et de la high-tech mettent aujourd’hui à l’épreuve les systèmes de gouvernance traditionnels des entreprises en Allemagne, comme le montre le conflit qui oppose actuellement Amazon et le syndicat Verdi sur les salaires et les conditions de travail.

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