L’Allemagne déroule le tapis rouge à Tesla, au grand dam des associations écologistes

Au terme de deux ans de travaux, Elon Musk espère pouvoir ouvrir le 9 octobre sa première Gigafactory européenne, située à côté de Berlin. Une implantation capitale pour l’économie locale et le pays dans sa mutation vers l’électromobilité. Mais les associations de protection de l’environnement regrettent le manque d’études d’impact sur le déboisement ou le pompage de l’eau.

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Chantier usine de batteries Tesla Berlin
Si l'usine d'assemblage de véhicules Tesla va bientôt ouvrir, un autre chantier débute : celui d'une usine de batteries à proximité.

« Avant, personne ou presque ne savait situer le Brandebourg sur une carte ; maintenant, nous recevons la visite du monde entier », s’amuse Bernd, habitant de 49 ans de Grünheide, planté sur la place du marché. C’est dans cette petite bourgade paisible à 30 km de Berlin entourée de lacs et de forêts que Tesla a décidé d'implanter sa nouvelle Gigafactory. 500 000 véhicules électriques (d'abord des Model Y) doivent y être assemblés chaque année. Après un énième report de l'ouverture pour des raisons administratives, le groupe espère débuter la production le 9 octobre. « Nous verrons s’il recevra les autorisations à temps cette fois », ironise Bernd.

Construction à un rythme effrené

Depuis 2020 et le début du chantier titanesque, l’Allemagne observe mi-narquoise, mi-admirative la sortie de terre de la Giga Berlin, à un rythme effréné et inédit.

L’entreprise a bénéficié d’une procédure exceptionnelle, lui permettant de démarrer les travaux avant d’avoir obtenu toutes les autorisations. Malgré cela, agacé par la lenteur de la bureaucratie, Tesla s’est fendu d’une lettre au tribunal administratif local, jugeant que les dossiers industriels en lien avec l’énergie et la mobilité devraient faire l’objet de procédures accélérées. Cela n'a pas échappé aux entrepreneurs de la région. « Nous voudrions tous bénéficier de la diligence à laquelle Tesla a droit », jalouse le directeur de la chambre de commerce et d’industrie de Postdam, Peter Heydenbluth. 

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Reptiles VS emplois

Pour autant, Christiane Schröder, la responsable du bureau local de l’association environnementale Nabu, met en garde contre cette précipitation. Selon elle, l’impact à long terme des 300 hectares de l’usine Tesla dans cette zone naturelle soumise à la sécheresse n’a pas été suffisamment approfondi. A commencer par le pompage de l’eau, autour de 1,4 million de mètres cubes par an, soit les besoins d’une ville de 40 000 habitants. Si cet approvisionnement est assuré par contrat, il ne prend pas en compte l’implantation de l’usine de fabrication de batteries de 250 GWh construite à proximité, ni les besoins croissants en raison de l’arrivée de main d’œuvre. Ceux-ci pourraient s’élever à plus de trois millions de mètres cube.

Interrogé en mars 2021 par la télévision allemande ZDF, Elon Musk avait balayé ce problème en estimant que la région était « loin de ressembler à un désert ». « Si Tesla s’engageait réellement en faveur du changement climatique comme il le prétend, il saurait que l’assèchement des tourbières humides risque précisément de relarguer du CO2 et que le maintien de la biodiversité ne peut être traité comme un thème à part », s’insurge Christiane Schröder. Il en est de même pour la forêt, dont 90 hectares ont dû être déboisés. « Le groupe a été sommé de relocaliser certaines espèces protégées comme des lézards ou des serpents, mais le biorythme des animaux n’a pas assez été respectée et nous craignons que certaines populations n’aient pas survécu, regrette Christiane Schröder. Le temps de la nature n’est pas celui d’Elon Musk ».

Installation subventionnée

Mais quel poids font des colonies de reptiles face aux 12 000 emplois promis par Tesla, sans compter la perspective d’attirer sous-traitants et industriels ? Pour le gouvernement fédéral, qui a validé une subvention de 1,14 milliard d’euros pour la construction de l’usine de batteries attenante, l’implantation de Tesla est en effet l’une des pierres angulaires de son virage vers l’électromobilité. C’est pourquoi même Anton Hofreiter, chef de fraction des Verts au Bundestag, a apporté son soutien au projet, en estimant que « les autorités locales avaient toute sa confiance sur la gestion des dossiers environnementaux ». Quant au Land de Brandebourg, il joue sa crédibilité sur le plan international et espère créer un effet boule de neige. D’ailleurs, un autre géant américain, Google, a annoncé vouloir y installer un nouveau centre de données. Autant de chantiers sur lesquels les associations environnementales disent rester vigilantes.

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