Leurs phares arrondis et leurs museaux allongés rappellent furieusement l’allure du modèle phare d’un constructeur premium européen, la Porsche 911. Ce n’est pourtant pas sur le stand de cette marque du groupe Volkswagen – absente de l’édition 2022 du Mondial de l’Auto à Paris, comme tous les fabricants d’automobiles allemands – qu’est présentée cette voiture électrique au design très influencé par des classiques du design européen, mais sur celui d’Ora, une émanation de Great Wall Motors (GWM). Avec son autre marque Wey, ce groupe chinois dispose d’un des plus grands stands du salon de la Porte de Versailles. Un symbole de ses ambitions sur le marché européen.
Née dans les années 1980, cette entreprise, dont le nom s’inspire de la Grande muraille, s’est imposée sur le marché national grâce à ses pick-up et ses SUV. En 2021, ces modèles ont représenté respectivement 237 000 et 907 000 ventes pour GWM. Au total, le constructeur a vendu 1,281 million de véhicules à travers le monde – dont 90% en Chine. Ces volumes, bien qu’en progression de plus de 10% par rapport à 2020, font de lui un acteur de taille modeste sur un marché automobile chinois à 26 millions d’unités. Sans doute conscient, comme quelques concurrents, des limites du potentiel de croissance sur son marché local, GWM s’est lancé dans une opération d’internationalisation.
Une marque généraliste et son pendant premium
Sur leurs stands du Mondial, Fei Yao, vice-président en Europe, et Johnson Qiang, vice-président exécutif de GMW, ne cessent de le répéter : « Le marché européen est extrêmement important pour nous. Nous y réalisons de nombreux investissements pour proposer nos meilleurs produits. L’Europe fait partie de notre stratégie de long terme. » Tous deux mesurent le boulevard que leur ouvre l’électrique. « Nous n’avons aucune chance si nous nous battons sur les véhicules thermiques. C’est pourquoi nous avons pris le parti de concentrer notre offre sur les nouvelles énergies et l’intelligence à bord. C’est notre seule chance en tant que constructeur chinois », admet le premier.
Pour conquérir l’Europe, Ora se positionne en tant que marque généraliste, « avec des prix compétitifs, mais pas en bas du marché », insiste Fei Yao. Avec ses 310 kilomètres d’autonomie, la citadine Funky Cat veut attaquer le cœur du marché européen, le segment B, sur lequel Peugeot propose sa 208 et Renault sa Zoé. De l’autre côté, Wey décline une gamme de véhicules premium, dont un SUV hybride rechargeable, le Coffee 01. Des modèles qui devraient être commercialisés dès 2022 en Allemagne, en Suède, au Royaume-Uni et en Italie. « La France est un marché important. Nous espérons nous lancer dès l’année prochaine dans le pays », ajoute Johnson Qiang.
Mais les plans de GWM ne s’arrêtent pas à une simple commercialisation de véhicules produits dans ses sites d’assemblage chinois. L’entreprise dispose déjà d’un centre de R&D en Allemagne et « veut construire un centre de production en Europe ». Une ambition qui devrait être facilitée par la présence en Europe de son partenaire dans les batteries, le fournisseur chinois CATL. De quoi lui permettre de contourner une éventuelle politique de « préférence européenne », telle que demandée par l’exécutif français, par la voix de son ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. Et permettre à GWM de se faire une place sur un marché européen en pleine transformation.



