Un Mondial de l'Auto repensé pour conjurer la crise de l'industrie automobile

Contre vents et marées, le Mondial de l’Auto ouvre ses portes le 17 octobre à Paris. Symbole des mutations en cours dans l'industrie automobile, le salon va tenter de captiver le grand public dans une période d'incertitudes pour les consommateurs et dans un contexte de crise pour les constructeurs.

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Mondial de l'Auto 2018, stand Peugeot
Le Mondial de l'Auto se réinvente par rapport à sa dernière édition en 2018.

Qu'importe l'absentéisme des constructeurs! Qu'importe les pénuries, l'inflation et les faibles ventes de voitures! Du 17 au 23 octobre, Paris accueille à nouveau le Mondial de l'Auto. La capitale française fera-t-elle oublier la décrépitude des salons automobiles? Avec un programme inhabituel, les organisateurs de l'événement espèrent que le grand public viendra contempler «le nouveau monde automobile».

Quatre années ont passé depuis la dernière édition du Mondial, en 2018. Mais en temps ressenti, «c’était il y a un siècle», lance Luc Chatel, président de la Plateforme automobile (PFA), en référence au boum du véhicule électrique et de la mobilité partagée. Le président prévient d’ores et déjà les visiteurs: «Ce n’est pas du tout le salon que nous avons connu en 2018. Le format a été adapté aux besoins des constructeurs.»

Comme les usines automobiles françaises, le Mondial de l’Auto a subi une cure de rapetissement pour diminuer les coûts. La durée de cette grand-messe a été réduite de 13 à 7 jours. Le temps de montage des stands a été raccourci de 16 à 7 jours. Et les organisateurs du Mondial ont fait cause commune avec le salon professionnel Equip Auto, sous la bannière de la Paris Automotive Week. 

Un salon franco-chinois

Malgré cette politique de sobriété, les constructeurs historiques ne sont pas précipités pour venir. La marque française Citroën ne participe pas. Toyota, maison-mère de la plus grosse usine automobile française, non plus. Sans oublier l'absence des constructeurs allemands, des marques de luxe italiennes ou de grands noms du secteur comme le coréen Hyundai et l'américain Ford.

«Beaucoup de constructeurs considèrent qu’ils ont d’autres moyens de promotion. Je pense que c’est une erreur. Beaucoup reviendront parce qu’ils s’apercevront que cela reste un rendez-vous important, à partir du moment où nous avons baissé les coûts. Un événement avec la presse ne remplace pas le grand événement populaire», argumente Luc Chatel. Un pari qui dépendra largement du succès du Mondial. «En fonction des résultats de l’édition 2022 et de ce qu’il va se passer dans les deux prochaines années, nous verrons ce qu’on fait en 2024», indique le président de la PFA.

Pour les forces en présence, Renault mobilise l’ensemble de ses marques (Alpine, Dacia, Mobilize et Renault). Stellantis fait le déplacement avec trois de ses 14 enseignes (DS, Peugeot et Jeep). On peut également signaler la venue de plusieurs acteurs asiatiques comme Great Wall Motors et VinFast. Venant de Chine, BYD aura un stand aussi grand que Renault. De quoi alimenter les discussions sur la montée en puissance de la concurrence asiatique sur un marché européen de plus en plus électrifié.

Jeunes pousses, services et bamboche

La survie du Mondial a suscité bien des rumeurs étant donné la longue liste d’absents. Mais les organisateurs font le pari d’un casting inhabituel avec des spécialistes des voiturettes sans permis (Microlino, Silence…) et des start-up (Hopium et NamX) qui rêvent de reproduire dans l’hydrogène ce qu’a fait Tesla dans les véhicules à batteries.

La recharge et les services de mobilité seront des grands thèmes du salon. À la place de Volkswagen et de BMW, les visiteurs pourront découvrir les stands d’énergéticiens comme EDF ou d’institutions financières comme la BNP et le Crédit agricole. «Le salon doit incarner la mutation d’une industrie, défend Luc Chatel. Nous devons faire un énorme effort de pédagogie pour les consommateurs qui passent à l’électrique.»

«Cela ne va pas être un salon chiant», prévient toutefois le porte-parole de la filière automobile. «Nous allons essayer de faire une grande fête de l’automobile», renchérit Frédéric Bedin, président d’Hopscotch, partenaire de l’organisation du Mondial. Renault a respecté le thème scrupuleusement avec un programme quotidien de DJ sets. Et pour attirer un public plus jeune, les programmateurs n’ont pas hésité à faire venir des acteurs du divertissement plus ou moins surprenants: les vidéastes de la chaîne Vilebrequin avec leur fantasque projet 1000tipla, Netflix et Warner Bros Games qui présentera le jeu vidéo Gotham Knights (avec une réplique grandeur nature de batcycle à l’appui). «Après la vidéo de Vilebrequin sur le Mondial, nous avons eu un pic énorme dans les ventes de billet», s'amuse Serge Gachot.

La filière joue son attractivité

À quoi bon présenter de nouveaux véhicules lorsque les délais de livraison peuvent s'élever à un an à cause des pénuries? L’utilité des salons automobiles est souvent débattue, mais les organisateurs défendent ardemment l’intérêt de l’événement pour les entreprises. «La relation humaine reste le meilleur moyen de faire du commerce», estime Philippe Baudin, président d’Equip Auto. Serge Gachot évoque de son côté des rendez-vous déjà pris entre les grandes banques françaises et les nouveaux entrants asiatiques. «BYD, c’est près de 200 000 voitures vendues par mois en Chine. C’est plus que tout le marché français! Ils cherchent des distributeurs en Europe… Il y a des opportunités de business énormes», encourage-t-il.

Alors que la filière automobile fait face à des pénuries de compétences, certains insistent aussi sur l’importance des salons pour présenter les métiers de l’automobile. «Le salon Equip Auto est un salon de professionnels, pour autant nous avons des accords avec des écoles de formation. Nous les encourageons à amener des bus entiers de jeunes. Nous ne perdrons jamais de temps à expliquer notre métier à un jeune», défend Philippe Baudin.

Dans un contexte morose pour la filière automobile, le déroulement de la Paris Automotive Week est chargé d’une portée symbolique particulière. Une faible fréquentation pourrait être interprétée comme une désaffection du public pour les produits automobiles, une perspective redoutée par les constructeurs. Dans un entretien avec Le Parisien, les patrons de Renault et Stellantis disent craindre une transformation de la voiture en «bien de base», façon lave-linge. Derrière l’ambiance festive du Mondial de l’Auto, l’inquiétude pèse. 

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