Le Covid va peser durablement sur le marché des hydrocarbures. Dans son rapport annuel, l’agence internationale de l’énergie (AIE) estime que la demande mondiale de pétrole ne devrait dépasser son niveau de fin 2019 qu’à partir de 2023. En 2026, la demande mondiale devrait atteindre 104,1 millions de barils/jour (Mbj), un chiffre supérieur de 4,4 millions de barils/jour par rapport à 2019. Des chiffres en-deça des prévisions précédentes. Dans son rapport 2020, l’AIE anticipait une consommation mondiale supérieure de 2,5 Mbj pour 2025.
Le pic de demande a probablement déjà été atteint pour l’essence, sous l’effet de la progression du nombre de véhicules électriques en circulation et l’amélioration de l’efficacité des moteurs thermiques. La demande de kérosène devrait se redresser très progressivement, avec un retour en 2024 à son niveau d’avant-crise. Au cours des cinq prochaines années, 70 % de la hausse de la demande de pétrole devrait venir de la pétrochimie (pour la production de plastiques et autres substances chimiques).
Une révision a la baisse trop faible pour respecter l'accord de Paris
Même abaissées, les prévisions de demande restent trop élevées dans la perspective de l'accord de Paris. Pour rester dans les clous des engagements de réduction d’émissions de C02, celle-ci devrait reculer de 3 % dans les cinq années à venir. Certains changements de comportement pris pendant la crise pourraient être pérennisés. Dans son scénario central, l'AIE table déjà sur un essor du télétravail un à deux jours par semaine dans les pays développés, de quoi économiser 0,25 Mbj. Pour aller plus loin, l’amélioration technique des moteurs, l'adoption plus rapide encore des véhicules électriques, la généralisation du télétravail à 3 jours par semaine et une réduction drastique des voyages en avion permettraient de réaliser près de la moitié du chemin nécessaire. D’autres politiques plus volontaristes seront nécessaires pour tenir l’objectif, pointe l'AIE.

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Une redistribution des cartes entre pays producteurs
Du côté de l’offre, même si les investissements ont chuté de 30 % l’an dernier, le risque de manquer de pétrole n'est pas pour demain. Des marges importantes existent pour augmenter la production, avec près de 9 millions de barils/jour de capacités non utilisées l’an dernier. De quoi calmer l'envol des prix à court terme. A plus long terme, la situation pourrait être plus délicate. Peu de nouveaux gisements doivent entrer en production dans les prochaines années. Les majors occidentales rechignent à investir alors que les politiques environnementales assombrissent leurs perspectives à moyen terme.
Surtout, une nouvelle redistribution des cartes est à l'oeuvre. Ces dernières années, les producteurs de pétrole de schiste américains avaient été responsables d’une grande partie de l’augmentation de la production pétrolière. L’effondrement des cours en 2020 a entraîné une multiplication des faillites et une consolidation du secteur. Les opérateurs se sont recentrés sur leur rentabilité financière, avec une chute de 50 % de leurs investissements en exploration et dans le forage de nouveaux puits. Au total, l’augmentation de production des Etats-Unis devrait représenter seulement 1,6 Mbj sur les 10 millions supplémentaires prévus d’ici 2026.
L’essentiel de l'effort d'extraction devrait venir des pays producteurs du Moyen-Orient et en particulier de l’Arabie saoudite. La part de marché du cartel de l’Opep, après avoir chuté violemment jusqu’en 2018 sous l’effet de l’arrivée du pétrole de schiste, devrait remonter à près de 52 % de la production mondiale, selon l’AIE.



