Chronique

Un pétrole à 70 dollars, pas pour longtemps?

Les cours du pétrole ont fortement progressé depuis le début de l'année. La stratégie de l'Opep + et de l'Arabie saoudite de réduire leur production pour pousser les prix du pétrole vers le haut fonctionne. Pas forcément pour très longtemps. La chronique Matières premières de L'Usine Nouvelle.

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Pétrole
Le maintien du statu quo de l'Opep a poussé les prix du pétrole à la hausse.

Depuis le début de l’année, les cours du pétrole connaissent une nette embellie. Le 8 mars, le baril du Brent, l’indicateur de référence du pétrole en Europe, est passé brièvement au-dessus de la barre symbolique des 70 dollars. Depuis, le cours du Brent est retombé aux alentours de 65 dollars. La hausse reste significative, alors que le cours tournait en janvier autour de 50 dollars le baril. La raison de ce retour de flamme ? Une partie est conjoncturelle. L’attaque par des drones pilotés par des rebelles houthis du Yémen sur des installations d’Aramco en Arabie saoudite a brièvement fait flamber les marchés le 8 mars, en ravivant les risques de tensions régionales.

L'Opep + choisit le statu quo jusqu'en avril

Mais l’explication principale est à chercher du côté de l’Opep+. Pour soutenir les cours face à une reprise incertaine de la demande, Ryad a décidé en janvier de réduire de façon volontaire d’un million de barils/jour sa production par rapport à son quota, tandis que les autres pays de l’Opep et leurs alliés de l’Opep + ont maintenu leur production quasi inchangée. Lors de la réunion de l’Opep + en visioconférence le 5 mars, les principaux pays producteurs de pétrole (à l'exception des Etats-Unis, opposés au principe de cartel) ont opté pour le statu quo en avril, à la surprise des analystes qui tablaient plutôt sur une hausse progressive. Le royaume wahhabite maintient par ailleurs pendant un mois sa réduction unilatérale de production. Seule la Russie et le Kazakhstan ont obtenu une hausse limitée de leur quota pour alimenter leurs marchés intérieurs.

Le cartel pousse son avantage, car il se sent en position de force par rapport au gaz de schiste américain, son grand rival. Avec la baisse des cours, un certain nombre de producteurs américains ont dû sortir du marché et arrêter l’exploitation de leurs puits. Le pari saoudien est que même en cas de flambée des cours, ils ne seront pas de sitôt en capacité de reprendre leurs positions. Ce qui laisse le champ libre au cartel pour engranger les bénéfices de ses efforts. « Nous n’attendons pas de retour de la production américaine à des niveaux similaires à ceux d’avant la pandémie avant fin 2023. La reprise sera beaucoup plus graduelle à cause de la discipline financière et de la réduction du nombre d’acteurs », abonde l’analyste Rystad, appuyant l’analyse de l’Opep. Même si le nombre de forages de schiste a progressé, il reste loin, très loin de son niveau d’avant crise.

Le méga plan de relance américain devrait doper la demande à moyen terme

Tout l’enjeu est de savoir combien de temps l’Opep + pourra tenir sa position. En décembre, le cartel avait promis d’ouvrir progressivement les vannes, à mesure que l’augmentation de la demande le permettrait. Ce qui fait dire à Patrick Pouyanné, le patron de Total, qu’il ne parie pas sur le maintien des cours à 70 dollars sur l’année, mais plutôt sur un cours entre 50 et 60 dollars. 

Pour l'instant, la reprise durable de la demande reste incertaine. Les stocks sont supérieurs de 138 millions de barils à leur niveau moyen de ces cinq dernières années, même si ils ont beaucoup reculé depuis leur plus haut historique de mai dernier, selon le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie. A moyen terme, le plan de relance américain adopté par le Sénat et le Congrès, qui doit injecter 1 900 milliards de dollars, pourrait toutefois être un autre facteur de soutien pour le marché. « La demande américaine est la plus importante en volume pour le marché du pétrole. Si le stimulus budgétaire accélère la reprise, il y aura besoin de plus de pétrole et les effets se verront rapidement sur le marché », estime Rystad. « Si les prix du pétrole montent trop , il y a un risque de faire dérailler la reprises des pays importateurs. L’Opep+ ne pourra pas faire grimper trop haut les cours, sous peine de rappel à l’ordre », estime l’analyste IG France Alexandre Baradez.

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