Comment la centrale de GazelEnergie à Gardanne fait face à l'inflation avant son redémarrage

La centrale biomasse de Meyreuil (Bouches-du-Rhône) devrait ouvrir dans les prochains jours. Elle va pouvoir injecter 150 MW sur le réseau en appui des consommations hivernales. Mais le contexte actuel oblige à des adaptations.

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Centrale électrique charbon biomasse de Gardanne-Meyreuil de GazelEnergie
20 millions d'euros ont été investis sur le site de GazelEnergie de Meyreuil pour le remettre en marche.

Fruit d’un investissement de 300 millions d’euros successivement porté par E.ON, puis Uniper avant de passer entre les mains du groupe EPH de Daniel Kretinsky et de sa filiale GazelEnergie, la centrale biomasse de Gardanne/Meyreuil (Bouches-du-Rhône) n’a jamais fonctionné, en dehors de quelques tentatives. Et ce, alors que le préfet des Bouches-du-Rhône a autorisé son exploitation le 29 novembre 2012. Mais ce n’est désormais plus qu’une question de jours.

Née de la conversion de la tranche 4 de la centrale charbon, cette structure biomasse possède une capacité de 150 MW, qu’elle va pouvoir enfin injecter sur le réseau électrique. Une aubaine en ces temps incertains pour assurer l’alimentation du territoire, même si les températures restent clémentes. «Nous avons investi 20 millions d’euros pour permettre sa remise en route, indique Camille Jaffrelo, directrice de cabinet du président de GazelEnergie, Jean-Michel Mazalerat, et directrice de communication. Plusieurs essais de puissance depuis avril 2022 ont validé son fonctionnement. Il y aura début décembre de l’électricité provenant de cette centrale sur le réseau.» Les travaux de réfection et de modernisation ont pu être menés dans la foulée de l’accord signé le 8 avril entre GazelEnergie, l’Etat et les représentants CGT des salariés. Mais en quelques mois, les conditions ont bien changé pour l’approvisionnement en biomasse de l’installation.

Un modèle d’approvisionnement à ajuster en permanence

«La centrale a besoin de 850 000 tonnes par an. Nous nous approvisionnons pour moitié localement, dans un rayon d’une centaine de kilomètres, et pour moitié à l’international, via le Port de Marseille-Fos, dans un souci d’équilibre des activités, poursuit la porte-parole. Or, localement, les prix ont été multipliés par deux, et à l’international par quatre. Le modèle économique doit être ajusté en permanence pour conserver une rentabilité.» GazelEnergie s’emploie à revoir les conditions des contrats pluriannuels signés par le passé pour fournir un équipement qui ne tournait pas.

En raison de capacités de stockage limitées sur le site à quelques jours, elle doit configurer ses entrées de biomasse à flux tendu et régulier, tout en essayant de parer à toute éventualité. «La filière locale attend de pouvoir enfin s’inscrire dans la durée avec nous. Il faut tout rebâtir. Quant au port, nous lui assurons un trafic qui compense la perte du charbon. Nous devons anticiper le rythme d’arrivée des bateaux pour nous assurer une régularité. En octobre, 45000 tonnes de bois qui nous étaient destinées sont parties en fumée sur le terminal», relate la porte-parole de GazelEnergie. L’exploitation de la centrale mobilisera 80 salariés, auxquels s’ajoutent 150 sous-traitants. Elle devrait se dérouler dans un climat social plus apaisé.

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Tourner la page du charbon

GazelEnergie n’entend pas s’arrêter à cette première étape d’un projet, qu’il veut ambitieux pour Gardanne et Meyreuil. «Nous nous efforçons de tenir nos engagements dans la constance avec tous les acteurs, d’autant plus que nous entendons bien transformer en profondeur le site pour en faire une plateforme multi-énergies décarbonées», indique Camille Jaffrelo. Plusieurs dizaines de millions devraient y être investis, pour assurer notamment la destruction, d’ici deux à trois ans, de la tour aéroréfrigérante et de la cheminée de 300 mètres de hauteur de la centrale charbon à l’arrêt. De quoi prouver que la page de ce minerai est définitivement tournée. «Les études sont lancées. Ce projet participera à une meilleure acceptabilité du site par les riverains, puisque nous réaménagerons aussi les abords et l’intégration paysagère», se félicite la directrice communication (lire ci-dessous).

«Nous voulons faire de nos espaces une zone clé en main pour les implantations, avec des synergies entre les unités, et créer à cinq ans plus d’emplois que la centrale en comptait à l’arrêt du charbon. Nous avons déjà recommencé à embaucher des alternants. Nous nous battons pour une industrie raisonnée et raisonnable en portant un projet respecté et respectable», insiste Camille Jaffrelo. Et si RTE avait souligné dans un rapport que l’absence de la centrale biomasse dans le paysage énergétique provençal n’avait pas d’impact sur son approvisionnement électrique, les conditions ont désormais bien changé avec la crise énergétique et les retards dans le calendrier de maintenance des centrales nucléaires. S’il ne tient pas à s’exprimer dans le détail sur le dossier, le délégué de RTE Méditerranée, Gilles Odone admet d'ailleurs que «tous les mégawatts produits seront les bienvenus» pour sécuriser l’alimentation électrique de la France.

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