"Nous sommes très attachés à recréer un avenir à la centrale de Gardanne", affirme Jean-Michel Mazalerat, président d’EP France, émanation française du groupe EPH, propriétaire depuis 2019 des centrales de Gardanne (Bouches-du-Rhône) et Saint-Avold (Moselle), et de Gazel Energie, sa filiale de production et vente d’électricité.
Rendue publique entre Noël et jour de l’An, la décision de la cour administrative d’appel de Marseille (Bouches-du-Rhône) rend à nouveau possible cette ambition, en autorisant l’exploitation de la centrale biomasse de 150 MW, la plus grande de France, alors que Gazel Energie s’est résolu à arrêter plus tôt que ne le lui demandait le gouvernement la centrale thermique au charbon de 600 MW.
A l’origine de l’installation, Uniper avait investi 300 millions d’euros dans sa réalisation, mais n’avait jamais pu la faire fonctionner, en dehors de quelques essais, avant de la céder à EPH.
Outre les conflits sociaux récurrents qui ont paralysé le site, cette unité a dû faire face à de nombreuses contestations de la part des associations environnementales et de quelques élus, inquiets que ses besoins en biomasse, estimés à 850 000 tonnes par an, principalement en bois, ne provoquent à terme une déforestation en Provence. Le tribunal administratif de Marseille avait annulé en juin 2017 l’autorisation d’exploitation.
A la veille de l’audience de la Cour administrative d’appel, le 11 décembre 2020, France Nature Environnement a dénoncé "l’obstination irrationnelle dont l’Etat fait preuve", arguant ne pas comprendre "les motivations tant les contreparties économiques et sociales sont sans rapport avec les conséquences écologiques majeures que cette méga-centrale va occasionner". La Cour a néanmoins jugé que "l’exploitation forestière et la production d’électricité étaient des activités distinctes (…) et qu’elles ne pouvaient être regardées comme participant à la réalisation d’un même programme".
La relance de la centrale fait partie du Pacte pour la transition écologique et industrielle de Gardanne-Meyreuil signé le 22 décembre 2020 par l’Etat et les différents acteurs institutionnels et privés qui doivent s’atteler à la reconversion découlant de la fermeture de la centrale au charbon. Dans ce plan, la structuration de la filière d’approvisionnement en bois est notamment envisagée à travers la création d’une scierie.
Une filière à structurer
Si Gazel Energie dit espérer que la centrale biomasse pourra contribuer aux besoins énergétiques du territoire cet hiver, il remet progressivement les équipements en état de marche. "Nous avons investi 400000 euros pour permettre son redémarrage, mais pour améliorer ses performances et son efficacité, nous serons amenés à investir plusieurs millions d’euros début 2021", indique Jean-Michel Mazalerat. Pour lui, la relance des activités ouvre des perspectives très supérieures aux seuls 70 emplois de l’unité: "Environ 400 à 500 emplois seront induits dans la filière. Nous entendons exercer notre métier correctement et bâtir un écosystème autour de la centrale avec des projets industriels en synergie qui font sens, comme celui sur la scierie de la société Sofeb dont nous pouvons être un débouché pour les connexes. Nous achetons des résidus d’exploitation de bois dans des forêts gérées de façon équitable. Le potentiel est important, la forêt gagne en taille. Nous voulons privilégier des contrats à long terme pour permettre aux exploitants d’investir à leur tour durablement, de se professionnaliser… Nos importations contribueront également au trafic du Port de Marseille".
En Provence-Alpes-Côte d’Azur, la forêt couvre 51 % de la surface du territoire, les deux-tiers appartiennent à des propriétaires privés. Seulement 25 % de l’accroissement annuel est récolté, selon l’organisation interprofessionnelle Fibois Sud. D’autres projets, inscrits dans le Pacte, concernent la mise en place d’un réseau de chaleur, grâce aux calories émises par la centrale, la production de bioéthanol et d’hydrogène par captation de CO2, la gazéification de résidus et végétaux ligneux pour injecter du biogaz dans les réseaux de GRT Gaz… Pour le maire de Meyreuil, Jean-Pascal Gournès, le choix des élus était clair : conserver une vocation industrielle au territoire. La centrale biomasse en est un des vecteurs. A Gazel Energie désormais de s’y employer, en restaurant parallèlement la confiance de ses salariés.



