A la centrale charbon de Gardanne-Meyreuil, Emmanuelle Wargon va trouver une situation bloquée

Alors que la Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, Emmanuelle Wargon, doit venir en Provence ce 30 janvier pour discuter du contrat de transition du territoire, la situation des centrales charbon et biomasse de Gardanne-Meyreuil reste désespérément bloquée entre direction et CGT, au grand dam des élus locaux, également divisés sur le devenir des unités.

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Gardanne depuis le Puits Morandat
La centrale à charbon de Gardanne vue depuis le Puits Morandat.

L'avenir du site de Gardanne-Meyreuil (Bouches-du-Rhône), bloqué durant 195 jours par la CGT, ne semble pas près de s’éclaircir. Le syndicat s'inquiète pour l'avenir de la nouvelle centrale biomasse et s'oppose totalement à la fermeture de la centrale charbon en 2022 sur volonté de l’Etat. Même le maire communiste, Roger Meï, semble désemparé : "Nous avons tenté une médiation pour sortir de l’impasse, plusieurs fois, sans succès. Aujourd’hui, c’est le désespoir qui parle".

La direction de GazelEnergie, exploitant du site depuis son rachat à Uniper en juillet dernier par le groupe EPH, avoue aussi son

impuissance. "Le nouvel actionnaire s’est toujours dit prêt à investir dans la biomasse qu’il considère comme une activité d’avenir. EPH a confirmé que les investissements nécessaires seraient lancés dès que la situation sur le site sera revenue à la normale. C’est malheureusement loin d’être le cas à ce jour".

En ce qui concerne la centrale charbon, sa position est claire face à ceux qui envisageraient encore un projet alternatif à la cessation définitive de l’activité au 1er janvier 2022 : "La décision de fermer les unités de production d’électricité à partir de charbon appartient à l’Etat dans le cadre de la loi Energie-Climat. La question ne se pose donc plus".

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La direction du site cherche de nouveaux projets

L’industriel laisse cependant une porte ouverte : "L’Etat doit désormais prendre ses responsabilités pour le soutien de projets créateurs d’emplois et l’accompagnement des salariés afin d’éviter la catastrophe économique et sociale qui pourrait résulter de ces fermetures, selon un porte-parole de Gazel Energies. A travers les projets de territoire, l’Etat affiche sa volonté de s’impliquer. Nous attendons de connaître les mesures concrètes qui seront mises en place. Pour notre site de Saint-Avold, nous avons la volonté de développer un projet de chaudière de production vapeur à partir de combustibles alternatifs. Ce qui a été possible en Lorraine l’est également pour Gardanne où de nombreux projets permettant d’assurer le maintien de l’activité économique locale sont envisageables, comme la création d’une scierie ou d’une filière de bois B". Le bois B  concerne les déchets de panneaux, bois d’ameublement, de démolition, résidus d’exploitation forestière…

La CGT pousse une prolongation avec capture du CO2

Des pistes qu’il se refuse à explorer tant que le calme social ne revient pas. La CGT (contactée par L'Usine Nouvelle, mais qui n’a pas assuré les rendez-vous fixés) reste déterminée dans son opposition : la fermeture, elle la refuse totalement ! Elle réclame un moratoire. Dans un livret conçu avec la société d’ingénierie de Martigues, Bérim, spécialisée en bâtiment, techniques urbaines et environnement, le syndicat évoque l’alternative d’une réduction de la capacité de production d’électricité au charbon de 600 MW à 280 MW et la captation post-combustion, le stockage et la revalorisation du CO2.Le site pourrait devenir un démonstrateur industriel tête de filière pour la France, selon la CGT qui apporte deux autres propositions : la mise en place de trois unités de gazéification entre 2022 et 2026 avec cogénération, production de biométhane et d’hydrogène, et la construction d’une plateforme intégrée de gestion, de tri et de valorisation de déchets multiples "adaptée aux besoins de la région.

Les élus veulent passer à autre chose

Cette idée fait bondir les associations environnementales, qui ne veulent pas entendre parler d’un "incinérateur", ainsi que la mairie, qui promeut la reconversion mâtinée de fortes obligations écologiques de l’ex-puits de mine Morandat. "Ce n’est pas pour faire un incinérateur en face", glisse un élu. Pour le député de la circonscription, François-Michel Lambert (président de l’Union des Démocrates et des Ecologistes), à l’origine d’un projet de reconfiguration qui consisterait au minimum à rendre 40 des 80 hectares du site à la ville pour divers aménagements urbains dont l’insertion de la gare dans le réseau de transports métropolitains, une alternative à la fermeture de la centrale charbon, ne devrait même pas être envisagée. "On ne voit plus rouler des Mercedes des années 50, même si elles ont été au top des technologies de motorisation automobile à l’époque. C’est irréaliste de vouloir reconvertir cette usine, déjà 'updatée' dans les années 80. Il faut raser et rebâtir autour d’un projet qui réponde à quatre objectifs : développement économique, logements, infrastructures et retour à la nature. EPH pourrait céder ce foncier à l’établissement public foncier régional qui, sous le pilotage de la Région, œuvrera à ce qu’il faudra en faire".

Les écologistes contre la centrale biomasse

François-Michel Lambert réclame, en plus, à l’Etat de renoncer à la centrale biomasse et sa chaudière à lit fluidisé circulant, imaginée pour fonctionner à une capacité de 150 MW avec 850 000 tonnes de bois par an. Les associations environnementales la considèrent aussi comme une menace pour la forêt régionale bien que l’Ademe argue d’un potentiel d’exploitation durable avec une filière structurée.

Mais les recours et blocages multiples n’ont pas aidé à motiver ses acteurs. GazelEnergie n’entend pas abandonner cette unité, toujours à l’arrêt. "Il y a un avenir pour Gardanne, assure le porte-parole. Il passe par la biomasse, par la filière bois, insiste l’entreprise. Nous en sommes à 195 jours de grève depuis le 7 décembre 2018. Sans compter les blocages intempestifs, les intrusions malveillantes et les dégradations du quotidien. Cela pénalise fortement les chances du site et de chacun de ses salariés. La reprise normale est un prérequis afin de donner les garanties nécessaires à l’actionnaire pour qu’il effectue des investissements".

L'Etat en arbitre

La direction du site, qui souhaitait cet automne "une trêve de six mois, jusqu’en mars 2020", ajoute que depuis le 1er juillet 2019 elle n’a tourné que "500 heures, c’est quinze fois moins que le nombre d’heures de fonctionnement qu’on peut attendre de ce type d’installation". Quand elle a tourné en août, elle utilisait "un mix de 50% de plaquettes de bois d’importation, 25% de plaquettes de bois locales (rémanents forestiers, résidus d’élagages, déchets verts), le reste étant réparti entre bois de recyclage et un seuil minimum de cendreux".

Les investissements à réaliser pour la remettre en route restent "à déterminer", le vol de plusieurs kilomètres de câbles jugés indispensables à la sécurisation du site ayant, outre le conflit avec la CGT, retardé la perspective. "Nous avons remplacé pour 300 000 euros ces câbles essentiels", précise le porte-parole de la direction. Et d’ajouter, alors que la venue d’Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique, est prévue ce 30 janvier, "pour le développement de projets, il nous faut le soutien de l’Etat et de l’actionnaire. Nous ne l’obtiendrons pas avec des voitures sur le toit".

1000 emplois directs et indirects en jeu

L’Etat évoque "une stratégie en cours d’élaboration" sur le bois et l’économie circulaire, l’énergie et la mobilité décarbonée, avec les maires de Gardanne et Meyreuil, la métropole, le département, la région, l’Ademe, la Banque des Territoires, mais aussi le port "pour compenser la perte de trafic liée au charbon". A Gardanne, près de 100 salariés travaillent sur les deux unités (pour 250 emplois de GazelEnergie en France), un millier d’emplois dépendrait des activités dans les Bouches-du-Rhône, selon l’INSEE. Des observateurs locaux soulignent qu’en empêchant le site de tourner en hiver, la CGT agit contre ses intérêts en démontrant l’inutilité de ces unités dans le "mix énergétique local", puisque leur interruption ne gêne aucunement les besoins de consommation électrique régionaux.

La centrale charbon pas indispensable au réseau

Une éventualité que RTE avait évoquée dans la synthèse de son bilan prévisionnel 2018 de l’équilibre offre-demande en France sur la période 2018-2023 : "Si certaines centrales au charbon venaient à fermer ou à ne pas être en situation de produire avant mi-2020, cela ne signifierait pas pour autant que le système électrique serait soumis à un risque de black-out". Et plus loin : "Les analyses de réseau menées sur la zone Provence-Alpes-Côte d’Azur ne mettent pas en avant de problème d’alimentation locale lié à la fermeture de la centrale au charbon de Provence. Cette analyse suppose le maintien des cycles combinés au gaz présents dans la zone. Elle est établie dans un contexte de stabilité de la consommation électrique observée depuis une dizaine d’années dans la région et demeure en cas d’augmentation modérée de la consommation électrique". Dans un document plus récent sur le développement du réseau électrique français à l’horizon 2035, RTE écrit même que "la sécurité d’alimentation locale sur la région est assurée au cours des prochaines années, même durant une vague de froid extrême".

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