Beaucoup plus discrète que sa grande sœur du Creusot, choisie par Emmanuel Macron pour annonce la construction d’un nouveau porte-avion nucléaire en décembre 2020 et par Agnès-Pannier-Runacher en mars 2023 pour acter la relance du nucléaire civil, l’usine Saint-Marcel de Framatome est pourtant l’élément industriel clé de la construction de nouveaux réacteurs en France. Voire son maillon faible.
C’est en effet elle qui assemble les générateurs de vapeur – il en faut 4 par réacteur – et les cuves des réacteurs à eau pressurisés du parc historique, des EPR anglais de Hinkley Point C (HPC) et Sizewell C et des futurs EPR2 français, une version optimisée pour être plus simple à construire et à maintenir. C’est aussi là que seront fabriquées les deux cuves de la tête de série de Nuward, le SMR d’EDF. 1 299 personnes travaillent sur le site, logé au bord du canal de Bourgogne pour faciliter le transport des grosses pièces, qui héberge aussi, dans des bâtiments dédiés, la direction industrielle d’EDF, une école d’inspection nucléaire et un centre de calcul mécanique spécialisé dans la corrosion des métaux.
Agrandir l'usine de 27 300 m²
Las, l’usine peine déjà à tenir les délais alors qu’elle ne produit depuis 10 ans que les pièces des EPR anglais. Certes, il s’agit de composants immenses : un générateur d’EPR est composé de 5 viroles de 5 mètres de diamètres, forgées et usinées au Creusot. Il fait, une fois soudé, 25 mètres de haut. Un processus long – il faut quatre ans pour assembler un générateur de vapeur. Or, pour produire 1,5 EPR par an, voire 2, en respectant coût et délais, l’usine doit se transformer. L’usine de 39 000 m² – qui accueille l’école de soudure créée en 1975, une nouvelle école de contrôle non destructif et les différents ateliers, de montage, d’assemblage, de soudures à chaud et à froid des immenses pièces d’acier – a beau être immense, elle n'est pas assez grande.
Pour la préparer au passage à la production d’EPR2 en série, un investissement de 300 millions d’euros est prévu. Il permettra notamment d’étendre les deux travées plus hautes de l’usine qui en compte quatre, sur 170 mètres, à l’emplacement de l’actuel parking. Cela ajoutera 27 300 m2. Les travaux débuteront en 2024 pour finir en 2028. Mais avoir plus de place ne suffira pas.

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De nouveaux process mis en place
Toute l’organisation de l’usine va aussi devoir être revue pour produire à la chaîne au minimum, 6 générateurs de vapeur par an et trois cuves en deux ans. En septembre 2021, «nous avons mis en place une démarche de lean manufacturing 5S, pour chasser les gaspillages de temps entre deux opérations», explique Stéphane Ecoffeyr, responsable technique du projet d’augmentation de capacité de l’usine de Saint-Marcel. Avec son équipe de trois personnes, il a aussi réalisé un value-stream mapping (VSM) sur toutes les étapes de réalisation d'un générateur de vapeur jusqu’au départ de l’usine en analysant, durant un an, la production des pièces pour HPC.
Une production qui n’est pas «un long fleuve tranquille, reconnait Christophe Vergne, le directeur de Saint-Marcel. Mais on s’interdit les changements sur ce programme, et celui de Sizewell C, car on sait traiter les difficultés». La nouvelle organisation, plus fluide, ne sera mise en place que pour les EPR2 français. «On a défini 30 étapes à cadencer pour un générateur de vapeur, explique Stéphane Escoffier. On doit maintenant créer, avec les opérateurs, 120 postes de travail plus polyvalents afin d’adopter afin de passer d’une logique d’heure de travail au "takt time".»
120 postes de travail redessinés
Révolution dans le nucléaire français, le takt time est le rythme nécessaire pour achever un produit afin de répondre à la demande des clients. Il est bien connu des industries du transport. Pour l’adopter, Saint-Marcel est d’ailleurs allé chercher les bonnes pratiques chez Dassault Aviation et le constructeur de tracteurs Claas. L’objectif visé est de sortir un générateur de vapeur tous les deux mois ! Pour y parvenir, certains postes de soudures seront automatisés et robotisés.
«Il nous faut aussi améliorer notre qualité de fabrication», explique Christophe Vergne. Des postes de contrôle non destructif automatisé vont être installés. Trois nouveaux robots vont être acquis dont un, destiné à réaliser le revêtement acier inox des cuves des EPR2 arrivera en 2024. Pour former les soudeurs, un robot a déjà été installé à l’école de soudure. Qui elle aussi va grandir. Le nombre de cabines de soudure va doubler d’ici à 2028. Deux formateurs et un ingénieur de formation ont déjà été recrutés. Une équipe d’ingénieurs process planche également sur la meilleure façon d’industrialiser les dizaines de modifications spécifiques aux EPR2, qui visent à faciliter la construction, la maintenance et les contrôles des générateurs de vapeur et des cuves.
Enfin, pour tenir la cadence, les opérateurs devront aussi se familiariser avec les méthodes qualité et au management visuel de type QRQC, qui est mis progressivement en place à Saint-Marcel depuis début 2023. Il leur faudra aussi perdre leurs mauvaises habitudes. Pour faire comprendre aux équipes le point du facteur humain dans les erreurs, des sessions de formation de neuroscience appliquée à la sécurité de la docteure Isabelle Simonetto sont même organisées. L’effectif va lui aussi grossir, avec 70 recrutements par an prévus dans les trois années à venir.



