Reportage

Comment l’armée teste ses moyens de lutte anti-drones pour protéger les Jeux Olympiques de Paris 2024

Capture par filet, pistolet et fusils brouilleurs, destruction par rayonnement laser… Dans la base aérienne 107 de Villacoublay (Yvelines), l’armée de l’Air a mené un exercice grandeur pour tester les solutions anti-drones qu’elle déploiera pour sécuriser les JO.

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LAD Coubertin Lutte antidrone
Du 11 au 15 mars, sur la base aérienne de Villacoublay, l'armée a testé différentes solutions technologiques de neutralisation de drones.

Gare aux drones pendant les Jeux Olympiques ! Dans l’un des grands espaces verts de la base aérienne 107 de Vélizy-Villacoublay (Yvelines), l’armée de l’Air et de l’Espace (AEE) simule une attaque. Deux mini-drones surgissent de nulle part, volent à une vingtaine de mètres de hauteur et foncent vers leur cible.

A moins d’une cinquantaine de mètres, des policiers et des gendarmes les ciblent avec leurs armes : des fusils et des pistolets d’un genre particulier. Aucun son ni aucun projectile ne sortent des armes, mais l’effet est là : un des drones est immobilisé sur place dans les airs en vol stationnaire, le second s’éloigne de la zone. Il s’agit d’armes de brouillage. «Dès qu’on actionne la gâchette, l’arme émet un champ électromagnétique dans un cône d’environ 30°. Cela coupe la liaison entre le drone et la radiocommande du télépilote, puis le drone s’immobilise», explique l’un des policiers. Le pistolet peut atteindre un drone jusqu’à 600 m, le fusil jusqu’à 1200 m et sur une gamme de fréquences plus larges.

Cette simulation se déroule dans le cadre de l’exercice interarmées Coubertin LAD 2 (Lutte anti-drones) qui s’est tenue sur la base aérienne du 11 au 15 mars. L’armée de l’Air et de l’Espace y a testé toute une panoplie d’armes anti-drones, avec en ligne de mire la protection des Jeux Olympique. La menace drones est prise très au sérieux, d’autant plus qu’il est très facile de se procurer un mini-drone et d’en détourner l’usage à des fins malveillantes.

Des systèmes lourds déployés aux Jeux Olympiques

Tous les scénarios sont envisagés. «Cela peut aller du petit malin qui souhaite filmer des épreuves, avec le risque de chute du drone sur les athlètes ou sur les spectateurs, jusqu’au drone qui embarque une charge explosive, explique le général Arnaud Bourguignon, chargé de la protection aérienne et anti-drones de Paris 2024. Le dispositif est prévu et dimensionné pour neutraliser des attaques de drones sur plusieurs sites en même temps, voire de plusieurs drones sur un même site».

L’Armée compte s’appuyer sur l’expérience positive de la coupe du monde du Rugby «On sécurisait un match à la fois, soit une épreuve dans un stade donné à un moment donné. Pour les JO, il faut protéger plusieurs sites en même temps sur des grandes plages horaires sur plusieurs semaines. C’est un autre défi», explique le général.

Outre les moyens légers (les fusils et les pistolets brouilleurs), les militaires comptent également sur des systèmes lourds. Une fois positionnés sur les sites à protéger, ces systèmes combinent des radars pour détecter la présence des drones à plusieurs kilomètres de distance, des caméras pour opérer l’identification visuelle, des goniomètres qui interceptent les fréquences des drones pour les localiser avec précision et le brouilleur capable de neutraliser la menace sur 360°.

L’armée dispose de quatre types de ces systèmes lourds (Parade, Bassalt, Radiant et Milad). «Une quinzaine de systèmes lourds seront déployés dans Paris», précise le général Arnaud Bourguignon.

Des informations centralisées

Dans sa panoplie anti-drones, l’armée peut compter sur d’autres dispositifs, notamment l’arme laser. Fourni par la PME Cilas, le système Helma-P est capable de neutraliser une cible distante d'un kilomètre. Et ce avec un taux de succès de 100%, d'après une évaluation menée par la direction générale de l'armement (DGA) dans son centre d’expertise et d’essais de missiles à Biscarrosse en 2020 et 2021.

Plus rustiques, l’armée mise aussi sur des... filets pour capturer les drones malveillants sans risque de chute. Ils peuvent être mis en œuvre de différentes manières. Le filet peut être encapsulé dans une cartouche spéciale tirée par un fusil en direction du drone malveillant. Une fois attrapé, un parachute se déploie pour amortir la chute. Autre solution : le filet est embarqué par un drone intercepteur qui va chasser le drone malveillant et le ramener dans un lieu sûr. L’armée a fait le choix du drone Rapid Eagle et a investi dans deux systèmes de quatre appareils.

«Chaque système a ses avantages et ses inconvénients. On combine différents moyens pour avoir des actions complémentaires et in fine faire face à tous les types de menaces qui peuvent se présenter», justifie le militaire. Tous ces capteurs sur le terrain remontent en temps réel leurs informations vers un QG équipé d’une plateforme de supervision agissant au niveau national. Cela permet aux superviseurs de distinguer les drones autorisés des drones malveillants. Pour la sécurité des JO, l’armée de l’air mobilise jusqu’à 1300 aviateurs dans le cadre de la lutte antidrones.

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