Comment le normand Drone XTR détecte les drones amateurs aux abords des aéroports

[L'instant tech] En lice face à Thales ou CerbAir, c'est la start-up havraise Drone XTR qui a décroché le contrat pour repérer les drones amateurs aux alentours de huit aéroports régionaux. Sa solution a séduit par sa simplicité et son coût.

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Drone
La menace d'une collision entre un drone et un avion oblige les aéroports à s'équiper d'un système de détection des drones.

Qui est Drone XTR ? Cette start-up basée au Havre a remporté, avec le groupe Seris Security, le marché de la direction des services de la navigation aérienne (DSNA) en vue d’installer son système de détection des drones autour de huit aéroports régionaux. Sa technologie a été préférée à celle d’autres acteurs plus connus comme Thales ou CerbAir. Décryptage de son système qui lui permet de remporter ce contrat de 7,2 millions d’euros pour une durée de 5 ans.

Des capteurs et des antennes

Jean-François Adam, président de Drone XTR, affirme simplement proposer «un service correspondant au marché et aux besoins». Les systèmes de surveillance de l’espace aérien peuvent coûter des milliers voir des millions d’euros lorsqu’il s’agit de détecter tous les objets volants, des drones de loisirs aux drones kamikazes. Mais la DSNA souhaite seulement détecter les drones amateurs qui n’ont pas obtenu d’autorisation de vol ou ne respectent pas leur plan de vol. Aux abords des aéroports cela peut entraîner de graves accidents.

La start-up se contente donc d’installer des capteurs radiofréquences et des antennes, dont le coût est moindre par rapport à des radars ou des caméras HD, pour repérer toute irruption d’un drone dans un espace aérien dans un rayon de 10 kilomètres. Un gros travail est fait en amont pour évaluer où positionner les capteurs et les antennes selon la géographie et le bâti puisqu’un immeuble peut brouiller un signal.

Le système est passif : les capteurs et les antennes cherchent seulement à capter les signaux émis par drones. Le signal est émis soit par un drone ayant obtenu l’autorisation de survoler la zone, soit par un drone dans l’illégalité. Dans cette dernière hypothèse, une alerte est remontée en temps réel aux services concernés. Le système édite une fiche avec le numéro de série du drone, l’heure et la position GPS de son décollage, la vitesse et son périmètre de vol. Drone XTR précise si le drone est dans l’axe de la piste. Aux services concernés d'indiquer s’ils agissent ou non.

Une liste des fréquences émises par les drones

L'intérêt de cette solution est qu’elle ne peut pas détecter de 'faux positif' puisque Drone XTR repère les protocoles émis par des drones ou une télécommande. «Nous ne faisons pas de l’analyse de fréquence», explique Jean-François Adam. La start-up recense environ 500 protocoles de drones. Dès qu’un drone est commercialisé, Drone XTR l’achète, l’amène sur son banc de test à l’aéroport du Havre où sont situés ses bureaux et ajoute la fréquence à sa liste. Elle fait de même lorsque des mises à jour de drone sont faites. Un véritable travaille de veille pour la pépite. Les tests de détection des fréquences sont faits à plusieurs paliers pour savoir précisément à quelle distance le drone est repéré. Le logiciel est mis à jour à distance pour être en capacité d'identifier quotidiennement les nouveaux drones.

Ce dernier est développé par la start-up qui fait appel à cinq ingénieurs indépendants. Les capteurs sont aussi conçus par la pépite qui s’approvisionne en Asie pour certains composants. Ils sont changés tous les deux à trois ans, réparés et remis en service. Le fonctionnement des antennes est vérifié au même moment. La start-up se targue de détecter 150 000 drones à l’année et d’en avoir détectés plus de 400 000 depuis son lancement. Elle dispose donc d’une base de données importante. Des informations précieuses qui lui permettent de peaufiner son signal d’alerte. Par exemple, elle peut déterminer les drones survolant un entrepôt en vue d’y commettre un vol.

50 sites sensibles équipés du système Drone XTR

Jean-François Adam a fondé sa société en 2013. A l’origine, il proposait des services de prise de vue en tant que pilote de drone professionnel. Voyant que d’autres proposaient un travail similaire sans faire les demandes d’autorisation de survol des zones, notamment du côté du Havre, il a décidé de se lancer dans la détection de drone en 2018. «Le but de la détection est d’améliorer la gestion de l’espace aérien et aider le professionnel qui dispose des autorisations nécessaires», explique Jean-François Adam. La start-up a levé 500 000 euros à ses débuts pour industrialiser son système de détection breveté. Aujourd’hui, avec son équipe de cinq salariés et cinq ingénieurs logiciels indépendants, Drone XTR équipe plus de 50 sites sensibles français qui s’engagent avec cette solution sur une durée de trois ans.

D’ici à la fin de l’année, la start-up envisage recruter 3 à 4 personnes dont un ingénieur logiciel. Elle se concentre sur l’installation de sa solution sur les aéroports. Cette mise en lumière et l’arrivée des Jeux Olympiques et Paralympique pourraient lui faire décrocher de nouveaux contrats. En parallèle, la pépite réfléchit à améliorer sa solution. Pourquoi pas avec un radar ou une caméra.

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