De manière contre-intuitive, ce n’est pas avec Air Liquide qu’Engie s’est associé pour développer les équipements de production d’hydrogène vert liquide pour le transport lourd et le maritime, mais avec ArianeGroup. Le 10 septembre, la co-entreprise de Safran et Airbus a signé un partenariat avec le groupe énergétique français "pour développer des liquéfacteurs d’hydrogène vert compétitifs et fournir des produits et services au maritime et au fluvial", a indiqué Claire Waysand, la directrice générale par interim d’Engie.
Pourtant, ce n’est pas ArianeGroup qui liquéfie l’hydrogène dont il a besoin pour propulser ses lanceurs spatiaux dans l’espace, mais des spécialistes comme Air Liquide ou AirProduct. Pour Ariane 5, il en faut 30 tonnes pour envoyer 10,5 tonnes de charges utiles dans l’espace.
Equipes conjointes à Vernon (Eure)

- 2.3139+3.59
10 Avril 2026
Gazole France TTC€/litre
- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
ArianeGroup a d’autres atouts qui intéressent Engie. Sur son site de Vernon (Eure), où le champion européen aéronautique développe et teste le propulseur Vulcain des fusées Ariane 5 et 6, il a développé une maîtrise dans les composants et matériaux pouvant résister aux très fortes pressions et températures en toute sécurité. Une expertise indispensable pour développer les systèmes capables de produire de l’hydrogène liquide à -250 ° (contre -160°C pour le GNL), le transporter et l’injecter dans des réservoirs mobiles.
A Engie, la chaîne d'avitaillement d'hydrogène liquide
L’objectif est d’avitailler, avec une économie de volume, dans les ports, des bateaux qui fonctionneraient à l’hydrogène, pour leur alimentation électrique via des piles à combustibles géantes, comme les développe le bordelais HDF Energy, mais aussi pour leur propulsion. Ce qui est inenvisageable aujourd’hui pour des grands bateaux. Avec l’hydrogène comprimé à 300 ou 700 bars, d’aujourd’hui, les volumes à embarquer seraient beaucoup trop importants.
A ArianeGroup, la production des premiers liquéfacteurs
Et puis "les équipes [des R&D d’Engie et d’ArianeGroup] se sont bien entendues", explique aussi Claire Waysand. Ce projet, "on en discute depuis six mois", précise André-Hubert Roussel, PDG d'ArianeGroup. Dans le partenariat, c’est son entreprise qui va développer la technologie et produire dans une unité pilote, à Vernon, les premiers liquéfacteurs, développés par des équipes conjointes aux deux entreprises jusqu’en 2024. Engie en sera "l’utilisateur", explique Claire Vaysand. Un premier démonstrateur dans un port, en partenariat avec l’armateur français CMA CGM, est prévu pour 2025 et une commercialisation pour 2030.
L'avion hydrogène en ligne de mire
En revanche, ArianeGroup "n’a pas vocation à développer des moteurs" hydrogènepour les bateaux, prévient Jean-Christophe Henoux, responsable des nouveaux programmes chez ArianeGroup. Selon lui, la propulsion hydrogène est la partie la plus mature de cette chaîne d’hydrogène énergie pour décarboner le transport lourd, mais aussi les avions. "Il n’y aura pas d’avion hydrogène sans hydrogène liquide", prévient André-Hubert Roussel, PDG d'ArianeGroup.
Un projet européen
Pour financer ce projet "de plusieurs dizaines de millions d’euros", selon Jean-Christophe Henoux, Engie, ArianeGroup et CMA CGM ont déposé un dossier d’IPCEI (Important project of common european interest) qui permet aux Etats de l’Union de s’affranchir de certaines limites de financement pour soutenir de projets privés ayant une dimension européenne sur des secteurs spécifiques. Dans le cadre de la stratégie nationale pour développer l’hydrogène décarboné de la France, le gouvernement a prévu une enveloppe de 1,5 milliard d’euros pour soutenir de tels projets. Le projet de production d’hydrogène vert, à Vernon, annoncé par le gouvernement dans le cadre du plan de relance, n’a lui rien à voir avec ce partenariat.



