Comment EDF espère régler son problème de corrosion dans les réacteurs nucléaires avant l'hiver

Alors que 31 des 56 réacteurs nucléaires d’EDF sont à l’arrêt pour maintenance ou pour des problèmes de fissures, l’électricien national assure qu’il va tous les redémarrer pour l'hiver. Un gros défi industriel.

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Vues aériennes centrale nucléaire de Civaux
Après Chinon B3, les travaux de réparation des fissures sur les circuits primaires de refroidissement ont commencé sur le réacteur Civaux 1.

Du jamais vu. Sur les 56 réacteurs nucléaires du parc français, 31 étaient à l’arrêt début septembre 2022 pour visite décennale, maintenance courante, économie de combustible et/ou des problèmes de corrosion sous contraintes (CSC) sur le circuit primaire. Obligeant la France à importer, comme durant tout l’été, de l’électricité produite par ses voisins. Une situation qu’EDF assure pouvoir rétablir.

L'électricien national s’est engagé à redémarrer tous les réacteurs à l’arrêt pour l’hiver et a même fourni un calendrier des redémarrages. 11 réacteurs doivent être redémarrés en septembre, 4 en octobre, 7 en novembre, 4 en décembre, 2 en janvier et 2 en février.

Sans surprise ce sont les 13 réacteurs arrêtés pour cause de contrôle de corrosion sous contraintes, dont certains à l’occasion d’une opération de maintenance, qui seront redémarrés parmi les derniers, même si certains pourraient l'être dès cet automne, comme Bugey 4 le 30 septembre ou Flamanville 2 le 9 octobre. Car, pour tous les réacteurs où la corrosion est avérée ou plus que probable, il va falloir remplacer les pièces de tuyauterie des circuits RIS (circuit d’injection de sécurité) et RRA (circuit de refroidissement du réacteur à l’arrêt). Un travail complexe et pénible, en zone irradiée, qui limite les durées d’intervention par un même opérateur. Et qui allonge les arrêts de tranche pour maintenance jusqu'à 25 semaines...

16 réacteurs sensibles ou fortement sensibles à la CSC

Or les analyses menées par EDF confirment «le caractère prépondérant de la géométrie des lignes» comme cause d’apparition de ces fissures. Autrement dit, c’est, comme l’Autorité de sûreté nucléaire en avançait l’hypothèse en mai dernier, parce que le design initial des réacteurs de 900 MW, conçu par l’américain Westinghouse, a été «francisé sur les paliers 1300 et 1450», ou P4A et N4, afin d’en augmenter la puissance. En conséquence, les lignes du circuit RIS des 12 réacteurs de 1300 MW de type « P’4» (2 à Belleville, 4 à Cattenom, 2 à Golfech, 2 à Nogent et 2 à Penly) et des circuits RIS et RRA des 4 réacteurs N4 de Chooz et Civaux seraient «sensibles ou fortement sensibles» au phénomène de CSC.  

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Soit 16 réacteurs au total potentiellement à réparer. Mais le pire n’est pas toujours sûr et les réacteurs Cattenom 2, de Belleville 1 et 2, Golfech 2 et les 2 de Penly, n’ont pas encore été arrêtés pour cause de corrosion. Les 32 réacteurs du palier 900 MW et les 8 réacteurs du pallier 1300 MW dits P4 (4 à Paluel, 2 à Flamanville et 2 à Saint-Alban), seraient eux peu ou très peu sensibles au phénomène de CSC.

Chinon B3 seulement à moitié réparé

Dès le 19 mai, EDF assurait que «les cadences de production» avaient été «optimisées pour livrer les premières pièces de rechange avant l’été», que les interventions étaient bien planifiées, et que des «dizaines de soudeurs ont bénéficié de formations et d’entraînements spécifiques afin de garantir une haute qualité de réalisation». Le 28 juillet, EDF indiquait avoir entrepris les travaux sur le réacteur Chinon B3. Début septembre, ces réparations étaient terminées sur le circuit auxiliaire RIS et se poursuivaient sur le circuit RRA de ce réacteur. Et le chantier de remplacement des lignes RIS débutaient à Civaux 1. Toujours positif, EDF confirme «la disponibilité des pièces de rechange dans les délais annoncés».

Reste que personne ne semble croire à la tenue du planning annoncé par EDF, à commencer par le gouvernement français, qui a négocié avec l’Allemagne, pour les pics de l’hiver, de lui envoyer du gaz en échange d’électricité. De fait, même si les réacteurs arrêtés étaient démarrés dans les temps, d’autres réacteurs devront eux aussi être arrêtés pour maintenance ou chargement de combustible, même si EDF fait ce qu’il peut pour repousser ces arrêts après l’hiver. Et si le planning d’arrêts de tranches nucléaires, déjà totalement chamboulé depuis 2020 par la pandémie, ne cesse d’être optimisé, rien ne semble en mesure de rassurer les marchés de l’énergie.

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